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Mort du juge Salifou NEBIE : Les magistrats s’inquiètent de l’inertie de la Justice

Accueil > Actualités > Société • DECLARATION • vendredi 30 mai 2014 à 00h12min
Mort du juge Salifou NEBIE : Les magistrats s’inquiètent de l’inertie de la Justice

Dans la nuit du Samedi 24 mai 2014 aux environs de 20 heures 19 minutes, le corps sans vie du Camarade Salifou NEBIE, magistrat de grade exceptionnel et précédemment Juge constitutionnel, a été découvert sur la route départementale N°39 (route Saponé, bretelle de Kalkuidigin).

Les premières constatations de l’enquête révèlent que la victime porte une blessure béante à la nuque et une autre aussi sur l’avant-bras droit et au flanc gauche. Il a aussi été découvert à quelques mètres de son cadavre son bracelet en argent blanc et sa paire de lunette dont une des lentilles est sortie de son cadre. De même, l’une des montures de ses lunettes était tordue. Les yeux ont visiblement été crevés parce que du sang en coulait. Tous ces éléments achèvent de convaincre que la victime a été volontairement tuée par des inconnus avant d’être abandonnée sur la bretelle de Saponé.

Au-delà de cette laborieuse enquête, ce sont les balbutiements et les hésitations dans la conduite de cette affaire qui laissent les magistrats perplexes et dubitatifs sur son aboutissement à des résultats utiles. Cela est d’autant plus vrai que :

- Aucune information judiciaire n’a été ouverte, ne serait-ce que contre X, plus de cinq jours après la mort ;
- Aucune autopsie n’a encore été pratiquée sur le corps ;
- Les relevés des appels téléphoniques ne sont toujours pas disponibles.

Cette mort inexpliquée, violente et atroce laisse la famille de la magistrature en générale et les militants du SAMAB en particulier perplexes, atones, en colère et en révolte. Quel est le mobile de ce crime ? Qui en sont ses auteurs et commanditaires ? Quel est le message que les auteurs et commanditaires veulent-ils adresser à la famille judiciaire ?

Faut-il le rappeler, le camarade Salifou NEBIE fût un loyal et infatigable serviteur de l’Etat. Il était un magistrat courageux, amical, respectueux, aimable et rassembleur. Sur le plan syndical, il était un militant très engagé du SAMAB. Il constituait un trait d’union entre la jeune génération de magistrats et les ainés du SAMAB. Des aînés de la Magistrature, il était le plus disponible et proche du Comité Exécutif. Aussi, les collègues avec qui il a travaillé témoignent qu’il avait le sens élevé du travail bien fait et exprimait toujours sans crainte ses opinions.

Au-delà de la personne du camarade Salifou NEBIE, cette mort suspecte interpelle tout magistrat et pose avec acuité la question de la sécurité des magistrats.En effet, les charges qu’assument les magistrats, les secrets et les confidences qui leur sont faits dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions sont des risques et des menaces pour leurs vies et celles de leurs proches.

Pour cette raison, leur sécurité mérite une attention particulière, ce d’autant plus qu’ils accomplissent leurs fonctions au nom du Peuple burkinabè mais ce n’est malheureusement pas le cas.

En effet, Il y a quelques mois madame BAMBA Sita, Magistrat à la Cour de Cassation avait été victime de coups et blessures volontaires dans son bureau. Un autre Magistrat nommé TINDE Z. Maxime a reçu la visite de délinquants dans sa chambre à coucher pendant qu’il était plongé dans un sommeil profond. Ayant senti une présence étrangère dans sa chambre, il s’est réveillé et à la suite d’une lutte avec son visiteur, il a reçu de son agresseur des coups de poignard à plusieurs endroits de son corps. En 2011, le Tribunal Administratif de Ouagadougou, les Tribunaux de Grande Instance de Ouagadougou et Fada ont fait l’objet de pillages et de vols par des militaires en colère contre une décision de justice condamnant certains de leurs frères d’armes.

On note encore que beaucoup d’autres magistrats font régulièrement l’objet de menaces, d’injures ou d’outrages dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de leurs fonctions.

La liste des faits mettant à nu l’insécurité des Magistrats est longue et inépuisable. Le comble de tout cela, tous ces faits se sont déroulés sans que cela n’émeuve le Gouvernement.

Chaque magistrat doit dès à présent se considérer comme une victime potentielle tant que les circonstances de cette mort ne seront pas élucidées et les responsables arrêtés et punis.

Le SAMAB s’indigne de ce que ni le Conseil Constitutionnel ni le Gouvernement n’aient fait aucun communiqué officiel sur l’assassinat de Salifou NEBIE. Le communiqué fait par le Procureur Général ne doit nullement être évoqué comme une excuse.

Le SAMAB s’indigne encore de ce qu’aucune information ne soit encore ouverte. Trop d’indices se sont déjà volatilisés en raison de la grosse pluie qui s’est abattue sur les lieux du crime et du long temps qu’ont mis les éléments de la police technique et scientifique pour se transporter sur les lieux. Le peu d’indices qui restent est malheureusement entrain de se dissiper en raison de la lourdeur et la lenteur de l’enquête. Que c’est bien triste !!!

Le SAMAB invite donc tous les magistrats à la vigilance et à la prudence.

Le SAMAB, tout en présentant ses vives condoléances à la famille éplorée, surtout à la veuve qui a toujours reçu avec joie et amour les magistrats à son domicile :
- condamne avec la dernière énergie cet acte ignoble et lâche, digne d’un comportement moyenâgeux ;
- exige ici et maintenant toute la lumière sur ce crime crapuleux ;
- invite les autorités judiciaires à tout mettre en œuvre pour que ce crime soit élucidé dans les meilleurs délais et que les auteurs, qui qu’ils soient et où qu’ils soient, soient punis conformément à la loi ;
- invite le gouvernement à mettre tous les moyens aussi bien humains, matériels que financiers à la disposition des enquêteurs pour que les circonstances de la mort du Camarade Salifou NEBIE soient élucidées ;
- appelle tous ses militants, sympathisants, tous les magistrats et tous ceux qui ont connu le Camarade Salifou NEBIE à rester mobilisés pour que justice lui soit rendue. »

Pour le Comité Exécutif
SORY Moussa Stéphane

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