Michel Gohou, artiste-comédien ivoirien : "En Afrique, nous croulons sous le poids des dérapages des politiciens"

mercredi 9 février 2005

Gohou ! Ce nom est désormais familier des téléspectateurs burkinabè qui se sont détectés des épisodes de la série ivoirienne "Ma famille" où Gohou occupe justement la vedette à travers des scènes de ménages époustouflantes avec sa "femme" Clémentine (qui le dépasse pratiquement deux fois en taille et en masse).

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Le comédien qui a gardé dans la série "Ma famille", son nom à l’Etat civil séjourne actuellement à Ouaga, dans le cadre du tournage de la série burkinabè "Quand les éléphants se battent ..." du réalisateur Abdoulaye Dao. Dans ce feuilleton, Gohou s’est vu confié le rôle d’un gardien de propriété.

A quelques heures du tournage, nous l’avons rencontré. Malgré un coup de fatigue qu’il accuse, Gohou a accepté parler de sa carrière, de sa vie en famille, de la crise ivoirienne et donne des conseils aux maris.

Sidwaya (S.) : Peut-on connaître la raison de votre présence à Ouagadougou ?

Michel Gohou (M.G.) : Je suis là pour un tournage d’une série burkinabè : "Quand les éléphants se battent ..." de la structure de production "Artistes Productions". J’ai été approché pour jouer un rôle dans cette série. J’étais là, il y a quelques années, pour l’épisode zéro. Cette fois-ci, je suis là pour le tournage proprement dit.

S. : Est-ce la première fois que vous tournez au Burkina ?

M.G. : Oui, c’est la première fois. J’espère que les choses vont bien se passer pour le présent tournage.

S. : Retracez-nous un peu votre carrière de comédien ?

M.G. : Ma carrière de comédien a réellement débuté en 1985 avec une troupe que j’ai formée à Gagnoa, "Le fromage théâtre". Ce groupe n’existe plus, mais il a connu ses beaux jours. Après, j’ai intégré une autre troupe à Abidjan.

J’ai flirté aussi avec le "Zassa théâtre", le "Atouglan Théatre", le "Forum théatre", le "théâtre national", la Compagnie nationale de théâtre et le "Gaska théatre" d’Adzopé. J’ai joué ensuite dans une émission satirique en 1993, qu’on appelait "Télé gags". Après cela nous avons formé "Les Guignols d’Abidjan", la même année. J’ai également joué dans une pièce de théâtre avec "Le village Guihi ...".

Voilà un peu, le petit parcours que j’ai eu, jusque-là.

S. : Il est vrai qu’on vous a connu avec les "Guignols d’Abidjan". Mais, le feuilleton "Ma famille" vous a rendu célèbre en Afrique. Parlez-nous de cette expérience ?

M.G. : Disons que c’est l’initiative privée d’une comédienne, Akissi Delta. Elle a eu l’intention de tourner une série télévisée. Donc, elle a ressemblé les comédiens de planche qu’elle connaissait déjà, contrairement à ce que les autres réalisateurs font en prenant des acteurs par copinage. Si aujourd’hui, cette série accroche, c’est peut-être dû à cela.

Et si elle est aussi appréciée en dehors de la Côte d’Ivoire, c’est parce que toute l’Afrique se retrouve dans cette histoire.

S. : Dans la série "Ma famille", vous êtes dominé par votre femme Clémentine. Et pour vous venger, vous devenez un grand coureur de jupons. Pensez-vous que c’est de cette manière que les Africains doivent se comporter ?

M.G. : Pas seulement les Africains. On en voit partout. Vous allez en Europe, aux Etats-Unis, vous trouverez ce comportement. Il n’est pas propre seulement aux Africains.

Dans le rôle que j’ai joué, c’est quelqu’un qui est effectivement dominé par sa femme.

La femme pense dominer l’homme mais ... Il y a une petite leçon derrière cette histoire.

La femme a beau maîtriser son homme, celui-ci finit toujours par s’échapper. C’est dire que quand tu as ton homme et que tu veux vivre un foyer paisible, il ne faut pas toujours avoir l’œil sur lui. Eviter de toujours fouiner dans ses culottes, chercher à savoir ce qu’il fait ou ne fait pas dehors, etc.

Je crois qu’il faut fermer les yeux et les oreilles là-dessus quand on veut vivre un foyer paisible.

Vous constatez dans le film que la pression que Clémentine met sur Gohou le pousse dehors avec des maîtresses.

S. : Mais, dans la même série, votre grand ami Bohiri n’est pas dominé par sa femme. Et malgré tout, il a de nombreuses maîtresses !

M.G. : C’est vrai qu’il est coureur de jupons et il n’est pas dominé ...

Mais ce que les gens doivent savoir, c’est que la femme soumise à la maison, qui ne cherche pas à "dépister" son mari, ou qui ne cherche pas à avoir une mainmise sur lui, a toujours un foyer paisible. Dans le film, malgré les nombreuses copines de Bohiri, Delta est la femme adulée. Elle est la femme de maison et de foyer. Ils sont allés même jusqu’au mariage. Cela veut dire que lorsqu’on est patient et pacifique, tout arrive.

S. : Y a-t-il d’autres messages que vous véhiculez dans cette série ?

M.G. : Il n’y a pas que les problèmes de foyer. Il y a aussi les problèmes de société en général. Quand on regarde "Ma famille", après le côté humoristique, il y a beaucoup de leçons à tirer. Il ne suffit pas de rire seulement. Après le rire, il faut chercher à savoir quels sont les messages véhiculés.

Il y a plusieurs messages qui ne se ressemblent pas.

S. : Gohou est-il marié ? Et est-ce que Gohou se comporte dans la vie courante comme dans la série "Ma famille" ?

M.G. : Gohou à la maison, est un homme normal qui tient à donner une bonne éducation à ses enfants. C’est quelqu’un qui se veut respectueux et respectable, qui n’aime pas se faire marcher dessus. Disons que je suis un chef de foyer normal. C’est tout à fait le contraire de ce vous voyez à la télévision.

S. : Vous venez de parler de vos enfants. Combien en avez-vous ?

M.G. : J’ai une seule fille. Mais j’ai aussi avec moi, quelques neveux.

S. : Quel âge à votre fille ?

M.G. : Elle a dix ans.

S. : Il semble que vous êtes adulé dans toute l’Afrique de l’Ouest avec la série "Ma famille " ?

MG. : Je ne sais pas si je suis adulé. Mais à partir du moment où vous êtes adulé, ça interpelle. Cela veut dire que vous n’avez plus droit à l’erreur, vous avez maintenant des yeux sur vous. Donc, vous devez contrôler vos entrées et sorties, vos faits et gestes.

Quelque part, c’est une corde au cou. Mais, ça fait chaud au cœur de savoir qu’on est aimé, adulé.

S. : Avec les "Guignols", vous êtes connu aussi comme chanteur !

MG. : Il faut dire que je suis d’abord comédien. Pas seulement acteur de cinéma. Et quand on dit comédien, on fait référence à quelqu’un qui a plusieurs cordes à son arc. Le comédien peut chanter, danser, dessiner, faire de la poésie. Contrairement au chanteur. Un chanteur-musicien ne peut pas faire forcément de la comédie. Alors que le comédien a été formé à tout cela. Donc, ce n’est pas du tout étonnant de voir un comédien chanter, ou avec un djembé entre les jambes en train de faire de la percussion.

S. : Quels conseils avez-vous pour les maris afin qu’ils ne se laissent pas dominer par leurs femmes ?

MG. : Pour ne pas se laisser dominer, cela dépend du départ. Quand vous rencontrez la fille, avant même qu’elle ne vienne à la maison, c’est qu’il faut mettre le verrou à côté, et lui faire connaître le droit de veto. Parce que, si vous montrez une certaine ouverture, un certain laisser-aller, qu’on peut vous marcher dessus, pendant votre moment d’amitié, vous oubliez que demain, votre petite amie peut devenir votre femme. Et le comportement que vous avez commencé dehors viendra s’aggraver à la maison.

Donc, il ne faut pas attendre que la fille soit épousée, avant de lui donner votre propre éducation, parce que la femme est comme un enfant. Si avant de l’avoir épousée, vous vous laissez traîner dans la boue, arrivé à la maison, ne soyez pas étonné qu’elle soit pour vous, un "chapeau".

S. : Que faites-vous en dehors de votre métier de comédien ?

MG. : Je n’ai pas le temps de m’occuper d’autres choses. car l’activité que je mène m’amène, a voyager beaucoup. Mes fréquentes absences de la maison font que ma fille se plaint assez souvent. Mais, c’est ce qui me permet de vivre.

S. : Comment les artistes ivoiriens vivent la crise que traverse ce pays et quelles solutions envisagez-vous pour sortir d’une telle situation ?

MG. : Personne ne peut dire qu’une crise est la bienvenue dans un pays. En Afrique nous croulons sous le poids des dérapages des politiciens. Nous artistes, nous ne faisons pas la politique. Nous égayons la population afin qu’elle surmonte les fatigues, les problèmes, etc.

La crise ivoirienne a porté un coup à la famille artistique. Déjà, nous n’arrivions pas à vivre décemment de notre métier lorsque le pays était un. Maintenant qu’il est divisé, c’est plus difficile. Un homme de théâtre vit de ses spectacles. Mais quand tu fais une création et que tu ne peux pas la diffuser à travers tout le pays, autant ne pas la faire. Le pays étant coupé en deux, c’est un problème criant pour les artistes ivoiriens.

Vivement que cette crise finisse pour que nous puissions retrouver notre intégrité territoriale et retrouver aussi notre champ d’expression. Aujourd’hui, les artistes ivoiriens qui n’ont pas la chance comme nous de sortir, vivent complètement dans la désolation. Nous qui avons la chance d’être connus ailleurs, nous pouvons sortir et revenir avec de quoi nourrir la famille ;

J’en appelle à la conscience des gouvernants, de penser à la population et non pas seulement à leurs intérêts. Car c’est cette population qui les a élus et c’est grâce aussi à elle qu’on les appelle gouvernants. Donc, ce n’est pas la peine de sacrifier le peuple, il faut plutôt le protéger.

S. : Gahou a-t-il joué dans un film qui sera au prochain FESPACO ?

MG. : Je ne sais pas trop. J’ai joué dans plusieurs films mais je ne sais pas s’il y en aura au FESPACO. Mais cela ne va pas me surprendre de ne pas voir un de mes films au FESPACO parce qu’aucun réalisateur ne m’a fait signe pour me parler d’un film auquel j’ai participé et qui sera au FESPACO.

S. : Un message pour vos fans burkinabè.

MG. : Je les adore. Je suis avec eux. Qu’ils continuent de me soutenir et je ne les décevrai pas. Je continuerai toujours de travailler d’arrache-pied pour leur faire plaisir. Soutenez-nous , parce que la "drogue" même de l’artiste, c’est son public. A partir du moment où le public le soutient, il a encore la force et le courage de transcender et faire plaisir à ses nombreux fans. Donc, je leur demande de ne pas me lâcher. Parce que s’ils me lâchent, j’irais planter des choux.

Interview réalisée par Gabriel SAMA
Sidwaya

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