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IBK change de premier ministre parce qu’il refuse de changer de comportement politique. Préoccupant ! (3/4)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Crise malienne • • mardi 22 avril 2014 à 04h27min
IBK change de premier ministre parce qu’il refuse de changer de comportement politique. Préoccupant ! (3/4)

Samedi 5 avril 2012. 22 h. Flash spécial. Le secrétaire général de la présidence de la République du Mali annonce la démission du premier ministre Oumar Tatam Ly, en fonction depuis sept mois. On attendait cette annonce au lendemain de la victoire du parti présidentiel (le Rassemblement pour le Mali/RPM) aux législatives ; au plus tard à la suite de l’installation de l’Assemblée nationale et de l’élection de son président. Pas si tardivement ; et hors de toute échéance politique ! Plus encore, peu d’observateurs doutaient que le premier ministre ne soit reconduit dans ses fonctions.

En fait Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) a changé de premier ministre parce qu’il refuse de changer de comportement politique. Non pas que Tatam Ly ait été incompétent, loin de là ; mais nommé dans l’euphorie de l’accession à la présidence de la République de celui qui l’espérait depuis longtemps mais n’y croyait plus, il n’était plus en adéquation avec un chef de l’Etat qui se voulait « normal » alors que le pays vit encore dans l’anormalité. Tatam Ly était dérangeant.

Inattendu de la part d’un homme que Saouti Labass Haidara qualifiait dans L’Indépendant (7 avril 2014) de « banquier inoffensif venu prêter main-forte à son tonton devenu président ». Sauf qu’un banquier ne peut pas quémander l’argent de la « communauté internationale » sur la base de projets de développement structurés et le dépenser dans les incessants déplacements présidentiels qui ne visent à rien d’autre qu’à satisfaire l’ego du chef de l’Etat. Tout cela coûte cher au budget de l’Etat ; et, dans le même temps, paralyse l’action gouvernementale. Les conseils des ministres sont à périodicité aléatoire ; et quand ils se tiennent, il y est décidé qu’il est urgent de ne rien décider. Ajoutons à cela que le RPM, après de longues années de disette, est affamé alors que la gestion financière de Tatam Ly ne permet pas de remplir les écuelles d’hommes et de femmes qui ne manquent pas d’appétit.

Exit donc Oumar Tatam Ly. Sans que l’on sache s’il s’est lassé d’être le bouc émissaire d’un système affairo-politique qui n’était pas sa tasse de thé ; ou si IBK en a fait un fusible bien pratique en ces temps diplomatico-économiques troublés pour le Mali. Le communiqué officiel laisse tout autant penser que l’un a voulu partir et que l’autre a voulu le virer. « Le président de la République, chef de l’Etat, a mis fin aux fonctions de M. Oumar Tatam Ly, Premier ministre, sur présentation par celui-ci de la démission du gouvernement de la République ». Sauf bien sûr que le calendrier politique malien ne justifiait en rien la démission du premier ministre. On note que le communiqué est laconique quant à l’action menée par Tatam Ly et que dans le même temps de l’annonce de sa démission, un nouveau promu était annoncé : Moussa Mara.

Une nomination qui va à l’encontre des motivations qui avaient conduit à celle de Tatam Ly. Dans Le Pays, quotidien privé burkinabè, Boulkindi Couldiati (lundi 9 septembre 2013), expliquait alors : « Le choix de IBK d’un homme nouveau, politiquement vierge, se comprend assez aisément. Premièrement, comme annoncé dans son discours d’investiture, le nouveau président malien entend rompre avec le passé. Il semble avoir entendu la voix de son peuple qui en avait marre de sa classe politique corrompue et sclérosée. Deuxièmement, en nommant un technocrate à la primature, IBK entend rassurer les partenaires techniques et financiers (PTF) que les fonds qui seront injectés au Mali seront judicieusement utilisés ».

Le nouveau promu est le contraire de ce qu’était Tatam Ly. Ajoutons qu’il était membre de son gouvernement : mais en 17ème position, avec le portefeuille de l’urbanisme et de la politique de la ville. Autant dire que cette promotion est dérangeante – pour ne pas dire infamante – pour Tatam Ly si tant est que quelqu’un se préoccupe, désormais, de son point de vue.

Du côté de la présidence du Mali, via le porte-parole du chef de l’Etat, Mahamadou Camara, on évoquera, avec quelque peu d’arrogance, « une prérogative [qui] est exclusive au chef de l’Etat, il a décidé de le changer maintenant ». Justification de cette décision abrupte : « Le président a estimé qu’il fallait actionner une nouvelle phase de son mandat. Une phase post-législatives avec un nouveau gouvernement pour amplifier l’action qui a été menée et aller plus vite ». Dans le même temps, Camara refusera d’associer le départ du premier ministre à sa mésentente avérée avec le fils du chef de l’Etat, l’omniprésent député Karim Keïta : « Il n’y a aucun lien. Il fallait ouvrir cette seconde phase du mandat qui doit être consacrée à l’accélération des chantiers du développement. Pour ce faire, il a estimé qu’il fallait insuffler un nouveau souffle en changeant de chef de gouvernement ». On notera cependant la personnalisation de l’opération : on n’évoque jamais un changement de gouvernement mais, seulement, un changement de « chef du gouvernement ». Pas question non plus de lier la nomination de Moussa Mara, « réputé pour ses actions anticorruption », au reportage du quotidien Le Monde sur les connexions entre IBK et le très sulfureux Michel Tomi (cf. LDD Mali 0129/Lundi 7 avril 2014). Pas étonnant.

Moussa Mara n’est pas un inconnu. Sauf que personne ne le connaît. Candidat au premier tour de la présidentielle du 28 juillet 2013 au titre de sa formation politique : Yéléma, il n’avait pas brillé dans ce scrutin démocratique, ne recueillant que 1,5 % des suffrages. Autant dire que sa campagne était passée inaperçue. Mais l’essentiel n’était pas là ; il s’agissait d’être présent au premier tour pour basculer dans le camp du vainqueur au deuxième tour. Le 5 septembre 2013, Moussa Mara entrait au gouvernement ! Il sait compter ; normal, il est expert-comptable.

Né à Bamako le 2 mars 1975, Moussa Mara va décrocher son CEP en 1986 et le DEF en 1989 ; il rejoindra alors le lycée Askia Mohamed en 1989 où il obtiendra un bac série SE (sciences exactes) en 1992. Il entend alors poursuivre des études supérieures en France, mais recalé dans son ambition d’intégrer une université pour y étudier les sciences économiques, il se rabattra sur un BTS de comptable, obtenu en 1994. En 2000, il obtient son diplôme d’études supérieures comptables et financières qui le qualifie comme expert-comptable.

De retour au Mali, il va être intégré au sein du cabinet Diarra. Secrétaire général de l’Ordre des experts-comptables du Mali pendant cinq ans, il aura aussi l’occasion, dit-on, de diriger une école de gestion (2004-2009). Mais son ambition est, d’abord, politique. En 2004, il présente une liste indépendante aux élections communales dans la commune IV du district de Bamako ; mais elle sera invalidée par le tribunal administratif : aucun des candidats n’est inscrit sur la liste électorale. Il va revenir à la charge en 2007. Il va mettre en ballottage la liste d’IBK mais sera battu au second tour. En 2009, enfin, il parvient à ses fins : il s’installe dans le fauteuil de maire de la commune IV. Peu de temps. Le 26 novembre 2009, la Cour suprême confirmera la décision du tribunal administratif qui avait annulé cette élection pour irrégularités.

Moussa Mara va entreprendre, dès lors, de structurer son action politique. En juillet 2010, il va créer le parti Yéléma. Le 7 mars 2011, il conquiert enfin le poste de maire de la commune IV, Yéléma décrochant 19 des 41 sièges. Il a obtenu le soutien de l’Union pour la République et la démocratique (URD), de Soumaïla Cissé, et du Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) face à Alfousseini Kanté de l’Adema-PASJ, le parti au pouvoir.

Il pense que les portes de la présidentielle lui sont ouvertes. Dans cette perspective, Yéléma va rejoindre la coalition « Partis unis pour la République » (ils sont au nombre d’une quinzaine dont la Convergence pour le développement du Mali/Codem). Moussa Mara milite alors pour « un rassemblement de nos forces sur des bases objectives pour arriver à une plus grande stabilité politique et mettre fin à des divisions stériles ». Mais la coalition ayant choisi de soutenir le président de la Codem, Housseini Amion Guindo, Yéléma s’en retirera. Le « rassemblement » a ses limites.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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