Gestion du CFOP sous le mandat de maître sankara : L’ex-chef du service financier sort du bois

jeudi 10 avril 2014 à 02h01min

Voilà déjà plus d’une année que maître Bénéwendé Stanislas Sankara a passé le témoin à Zéphirin Diabré à la tête de l’institution « Chef de file de l’Opposition politique du Burkina Faso (CFOP/BF) ». Une passation de service qui s’est faite sur fond de rumeurs faisant état d’une mauvaise gestion des subventions allouées par l’Etat pour le fonctionnement de l’institution et la prise en charge des délégués des bureaux de vote. Dans les lignes qui suivent, nous vous proposons les explications détaillées de celui-là même qui a assuré la gestion administrative et financière de l’institution, pour une bonne partie du mandat de maître Bénéwendé Sankara. Boureima Thiombiano, c’est son nom, est par ailleurs Secrétaire national chargé des finances et du budget de l’Union pour la renaissance /Parti sankariste (UNIR/PS). Et à ce titre, il donne son avis sur les récentes démissions que son parti a connues, ainsi que l’avènement du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP).

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Gestion du CFOP sous le mandat de maître sankara : L’ex-chef du service financier sort du bois

Que s’est-il exactement passé dans les finances du Chef de file de l’opposition pour que l’on en arrive à parler de gestion « chaotique » sous maître Bénéwendé Sankara ? C’est la question centrale qui nous conduit à la rencontre de Boureima Thiombiano, engagé depuis janvier 2011 en qualité de chef de service administratif et financier du CFOP/BF. Jusqu’en 2013 donc, c’est lui qui a tenu le cordon de la bourse de l’institution. Il s’étonne qu’après tant d’efforts fournis et tant d’engagements pour garantir la transparence dans la gestion financière du CFOP/BF, l’on parle de gestion calamiteuse ou de tentative de faire main basse sur les ressources de l’institution. « Ceux qui le disent sont des gens qui ne dorment pas mais qui demandent à ce qu’on les réveille », dit-il. Car pour lui, il n’en est rien. La gestion de la subvention allouée par l’Etat pour la prise en charge des délégués dans les bureaux de vote lors des élections couplées de décembre 2012, était au centre de la polémique. « Juste parce qu’il y a eu un reliquat », précise Boureima Thiombiano. La somme totale reçue vaut 60 millions 358 mille francs CFA, dont 58 millions 976 mille FCFA pour la première phase et seulement 1 million 382 mille FCFA pour la seconde phase qui concernait très peu de partis politiques. L’ex-chef du service administratif et financier du CFOP rappelle que pour la gestion de ces fonds, son patron d’alors, Maître Bénéwendé Sankara, avait mis en place une commission présidée par un cadre de Le Faso autrement et dont les membres étaient issus d’au moins 5 partis politiques. La commission en question avait décidé de n’allouer les fonds aux partis politiques que lorsque ces derniers auraient fait parvenir la liste des délégués commis à la surveillance dans les bureaux de vote. Les conditions d’éligibilité aux fonds étaient donc claires. Au bilan, la commission a déboursé la somme précise de 33 millions 353 mille 595 francs. A cela s’ajoute une somme complémentaire de 2 millions 817 mille 500 francs CFA débloquée sur ordre de l’ex-Chef de file de l’opposition, pour payer des partis politiques qui avaient fait des réclamations sur la base des listes qu’ils avaient déposées auprès de la commission. Tout compte fait, il restait une somme globale de près de 23 millions de francs que les responsables des partis politiques avaient voulu se partager. Mais maître Bénéwendé Sankara s’est opposé à cette idée de partage et a ordonné le retour du reliquat dans les caisses de l’Etat, toujours selon les explications de Boureima Thiombiano. « Nous avons donc fait un rapport que nous avons adressé au ministre de l’Administration territoriale qui, en retour, a salué la transparence qui a caractérisé notre gestion et a autorisé le Chef de file de disposer de cet argent », explique Boureima Thiombiano. Et comme la subvention annuelle de 75 millions de francs qui était allouée par l’Etat au CFOP n’a jamais suffi, une partie des 23 millions, soit précisément 7 millions 294 mille 214 francs aurait été utilisée pour faire face à un certain nombre de passifs (factures impayées), et assurer un certain fonctionnement jusqu’en avril 2013 date à laquelle Zéphirin Diabré a pris la relève.

Ce qui se dit aujourd’hui en termes de mauvaise gestion étonne Boureima Thiombiano d’autant plus que les partis politiques avaient commandité une sorte d’audit auprès d’une commission qu’ils ont mis en place à cet effet. « Le bilan détaillé de cet audit a été déposé et tout était clair jusqu’au franc près », précise l’ex-chef du service administratif et financier du CFOP pour qui, maître Bénéwendé Sankara est un « bon encaisseur », au regard des nombreuses critiques « non fondées » qui ont été formulées à son encontre sans qu’il ne réagisse. « Dans cette gestion, je vous assure qu’il n’a même jamais vu la couleur de l’argent. Il ne faisait que signer des états, ordonner les dépenses afin que nous puissions satisfaire les besoins des partis politiques ».

En quittant le Chef de file de l’Opposition, Boureima Thiombiano dit avoir déposé un bilan sans encombre, notamment pour ce qui concerne la gestion des 75 millions de francs alloués par l’Etat. « En prenant fonction en janvier 2011, se souvient-il, le Chef de file d’alors, Bénéwendé Sankara m’avait prévenu qu’il voulait d’une comptabilité propre, parce qu’il allait publier ses comptes. Ceux qui se sont intéressés à la vie de l’institution ont dû constater qu’en chaque fin d’année, le CFOP publiait son rapport de gestion dont des copies étaient même remises à la presse ». L’ex-chef du service administratif et financier se satisfait aussi du fait que l’équipe permanente sortante dont il était membre laissé un cadre bien meublé, avec tout le nécessaire pour travailler, après un investissement de plus de 30 millions de francs, alors que la subvention de 75 millions allouée par l’Etat ne couvrait pas les dépenses d’investissement.

Au chapitre purement politique, puisqu’il est le Secrétaire national de l’UNIR/PS chargé des finances et du budget, Boureima Thiombiano dit ne rien comprendre dans l’attitude de ses ex-camarades qui, courant février et mars 2014, ont démissionné du parti de l’œuf. « Dans tous les partis politiques, explique-t-il, il y a des démissions. Mais combien parmi les démissionnaires font des conférences de presse pour tenter de couler le bateau qu’ils ont quitté ? » Et il va plus loin pour dire, au sujet des démissionnaires de l’UNIR/PS que « ce sont des gens qui ont travaillé à couler le parti bien avant de le quitter. Et comme ils n’ont pas réussi à le faire, ils quittent mais ils cherchent toujours à couler le bateau. Je ne sais pas ce qu’ils gagnent dans cette démarche-là ». Du reste, ces départs de l’UNIR/PS, loin de constituer un non-évènement aux yeux de Boureima Thiombiano, sont plutôt un gros boulet qui a été ôté des pieds de l’UNIR/PS. « L’UNIR/PS souffle mieux sans eux. Ce sont leurs tubes digestifs qui les ont conduits au MPP. Ils auraient pu y aller sans bruit », conclut Boureima Thiombiano qui se dit mal à l’aise du fait qu’un sankariste aille s’inféoder avec le MPP qui se réclame de la sociale démocratie.

A propos justement de l’avènement du Mouvement du peuple pour le progrès et de la ruée des petits partis politiques vers ce regroupement des dissidents du CDP, Boureima Thiombiano fait remarquer que le Burkinabè aime bien tout ce qui est tout nouveau. Il explique aussi cette ruée par le besoin de positionnement des responsables des partis politiques. « En vérité, chacun veut se faire de l’ombre sous le soleil accablant du Sahel », explique Boureima Thiombiano qui ne croit pas que le MPP soit capable de réaliser « l’alternance alternative », parce que pour lui, le MPP est dirigé par ceux-là qui ont animé le régime de Blaise Compaoré pendant 27 ans. « Aujourd’hui, ils veulent se faire une nouvelle virginité sous un autre maillot ! », conclut-il.

Par D. Justin SOME

Notre Temps

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