Lettre ouverte à l’Ambassadeur des USA au Burkina Faso : Détournement au sein du projet américain R-CLES ?

mercredi 2 avril 2014 à 18h45min

Excellence,

Je suis agent au sein du projet R-CLES financé par le Peuple américain, à travers son Département du Travail (USDOL). Le projet est intitulé « Reducing Child Labor Through Education and Services (R-CLES) qui se traduit en français par Projet de Réduction du travail des Enfants à travers l’Education et les Services.

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Lettre ouverte à l’Ambassadeur des USA  au Burkina Faso : Détournement  au sein du projet américain R-CLES ?

Mais avant tout propos j’aimerais faire un bref résumé des objectifs de R-CLES, dont vous avez procédé au lancement officiel le 26 septembre 2013 à Bobo (après quelques mois de fonctionnement). Ce projet se veut une réponse aux pires formes de travail des enfants particulièrement dans les champs de coton et sur les sites d’orpaillage dans les régions des Cascades, de la Boucle du Mouhoun et des Hauts Bassins.

Son objectif est de contribuer à la réduction de l’incidence du travail des enfants dans les champs de coton et sur les sites d’orpaillages. Il cible les enfants de 6 à 17 ans travailleurs ou à risque de travailler ; et s’exécute suivant quatre composantes que sont :
-  L’éveil des consciences et le bien-être des enfants ;
-  L’éducation et la formation professionnelle ;
-  Les activités génératrices de revenus et l’amélioration des moyens d’existence des ménages ;
-  Et enfin le renforcement des capacités institutionnelles et politiques du gouvernement du Burkina Faso en matière de lutte contre le travail des enfants.

Le projet a son siège à Bobo Dioulasso et est dirigé par Mr Boubacar SOW. R-CLES est co-exécuté par les ONG Counterpart International et Terre des Hommes et vise à offrir ses prestations à 10 000 enfants (dont 4 000 enfants travailleurs dans l’or et le coton et 6 000 enfants à risque) et 1 000 ménages, bénéficiaires directs du projet.

Apres cette mise au point, mon inquiétude au sujet de la mise en œuvre du projet se situe dans ce qui suit :
- selon le document de base du projet, les enfants bénéficiaires seraient réinscrits ou inscrit à l’école pour certains et dans des centres d’apprentissage de métiers pour d’autres. Il était prévu que les enfants bénéficieront de bourses d’études pour l’école formelle, et de frais de formation pour ceux en apprentissage de métiers. Les 1000 ménages seraient appuyés en des AGR.

Malheureusement une fois les enfants identifiés, les responsables de R-CLES nous ont fait savoir qu’il n’y a ni kits de fourniture, ni frais de scolarité (frais APE) pour les bénéficiaires. Après des tractations avec les responsables, ils ont accepté débloquer un million (1 000 000) de francs CFA pour l’achat des fournitures qui seront réparties dans les trois régions. Pour les AGR, les ménages identifiés ne seront pas soutenus financièrement mais qu’ils seront sensibilisé sur les techniques de montage de micro projet, et de recherche de financements.

Pour un projet de 2,5 milliards de CFA, si vous faites un petit calcul, à savoir 10000 frs par enfant et par ans pour les 4 années ; pour les 10 000 enfants, nous sommes à moins de 500 millions de CFA. Il va nous rester 2 milliards, donc imaginez que ces 10 000 enfants n’ont rien.

C’est là que se situe mon inquiétude à quoi l’argent est-il réellement destiné ?
Pour se justifier, nos patrons disent que les frais de fonctionnement, la logistique, les salaires, l’équipement et d’autres frais prennent la grande partie de l’argent. Ici encore il y’a un problème :
-  Pour l’équipement, le matériel est très incomplet (manque d’ordinateurs, de disque durs externes, de kit de sécurité pour les sorties terrain, les locaux sont vétustes, etc.)
-  Pour les véhicules le nombre a été réduit de quatre (3 véhicules pour les régions et 1 pour le siège) à trois, du coup aucune région ne dispose de véhicule pour les activités. Toutes les trois voitures sont garées à Bobo et il faut faire une demande pour en avoir.
-  Les motos ne sont pas adaptées pour les terrains difficiles dans lesquels le projet intervient, et elles ne peuvent pas couvrir plus de 50 km de rayon opérationnel.
-  Pour ce qui est des salaires c’est de la pure exploitation que le projet R-CLES fait subir à ses travailleurs, le salaire servi ne vaut pas le 1/3 de ce qui est prévu par le budget du projet. En plus de cela les responsables ont violé les lois du Burkina Faso en taillant un règlement sur mesure afin de priver les employés de toutes formes d’avantages (frais de missions, primes de rendement, heures supplémentaires, etc.).

Je dénonce cette situation car, en tant qu’agent de terrain en contact avec les populations, je vis leur misère, et il est inadmissible/ inhumain qu’un projet financé pour des enfants qui souffrent, leur soit volé.

Je dénonce également la corruption, l’affairisme et la gestion opaque et subjective du projet par Counterpart International. La mise en place des délégués du personnel est découragée (combattue) par les responsables de Counterpart qui en profite pour installer la division et la dictature au sein du projet. La mal gouvernance a rendu difficile la collaboration avec les structures partenaires (services étatiques, ONG terre des hommes, les associations locales, les personnes ressources, et surtout les populations dites bénéficiaires qui commencent à perdre confiance en nous)

Excellence, vous êtes notre dernier recours, vous avez la possibilité de vérifier nos propos afin de vous assurer que nous disons la vérité.
Je reste persuadé que le Peuple Américain, à travers l’USDOL et R-CLES ont voulu accompagner le Burkina Faso sur les chantiers du développement comme ils l’ont toujours fait.

Mon souhait est que :
- Une mission des bailleurs (USA/USDOL) vienne échanger directement avec tout le personnel du projet R-CLES (équipe du siège de Bobo et les équipes terrain de Houndé, Banfora et Dédougou)
- Que les partenaires nationaux soient associés aux échanges (MENA, MASSN, MJFPE, ...)
- Que des décisions fortes soient prises afin que le projet puisse se poursuivre et que les enfants bénéficient d’un bon accompagnement (comme prévu par le projet) pour les empêcher de repartir ou d’aller sur les sites d’orpaillages/champs de coton.

Bobo Dioulasso, le 02 avril 2014

Signé : Un burkinabè indigné/ agent de R-CLES

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