Mathieu Sawadogo, président des ressortissants burkinabè à Washington : « Que l’on évite de tester la colère des gens »

mardi 1er avril 2014 à 23h45min

Le torchon brûle actuellement entre les Burkinabè de Washington, aux Etats-Unis. Et pour cause, l’ancien président de l’Association des ressortissants burkinabè de la région de Washington, Guy Lingani, est accusé par ses compatriotes d’avoir confisqué les biens de l’association qu’il a présidée pendant 6 ans

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Mathieu Sawadogo, président des ressortissants burkinabè à Washington : « Que l’on évite de tester la colère des gens »

. Ce qui fait encore plus mal aux membres de l’Aburwa est que ce dernier jouit de façon « illégitime » du titre de délégué du Conseil supérieur des Burkinabè de l’étranger (CSBE). Dans cet entretien, le président entrant de l’Aburwa, Mathieu Sawadogo, revient sur les dessous de la crise qui couve et parle des mesures prises par l’association si d’ici au 2 avril 2014, Guy Lingani ne remettait pas au bureau le patrimoine de l’Aburwa. Lisez !

Lefaso.net : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Mathieu Sawadogo :Je m’appelle Sawadogo Mathieu. Je vis aux Etats-Unis depuis 2001 et je suis dans le bâtiment. Actuellement je suis le président de l’Association des ressortissants burkinabè de la région de Washington (Aburwa).

Vous avez fait le déplacement à Ouagadougou pour assister à la rencontre des délégués CSBE. Vous n’avez pas eu accès à la salle de la rencontre, que s’est-il passé ?

Je n’ai pas pu participer à la rencontre car quelqu’un d’autre y était bien présent au nom de l’Aburwa. Ce qui pose la nécessité d’avoir des clarifications.

Parlez-vous de Guy Lingani ?

Oui. Je vais dire les choses crument. Il a été comme préféré au président de l’Aburwa qui a été mandaté par la communauté lors d’une assemblée générale pour la représenter. Mais à notre grande surprise, à la décision finale, l’administration a décidé que seul celui qui a la carte qui participera à la rencontre des délégués CSBE.

A un moment donné, il était dit que Guy était toujours le délégué CSBE. Mais qui connait l’Aburwa sait bien que c’est le président de l’association qui est en même temps le délégué CSBE. On nous a brandit une carte établie en 2013 au nom de Guy Lingani alors que celui-ci était en fin de mandat à la tête de l’Aburwa. La validité de la carte va jusqu’en 2016. L’Assemblée a alors demandé qu’il arrête de mener toute activité liée à ce poste.

Les membres de l’Aburwa ont adressé une mise en demeure à Guy Lingani. Que lui reprochez-vous concrètement ?

Nous reprochons à Guy de ne nous avoir pas remis le patrimoine de l’Association. Nous considérons comme patrimoine le site de l’Aburwa. Car quel que soit ce qu’il a mis pour financer la création du site, au moment de partir, il doit remettre le domaine du site à l’association. En plus de cela, nous n’avons pas accès aux contacts des membres, c’est-à-dire les emails, les numéros de téléphone. Le troisième point est le compte bancaire. Nous n’avons toujours pas accès au compte bancaire. Ce qui est dommage est que Guy s’est tellement investi pour la création de l’Aburwa qu’il va devoir quitter la direction par la petite porte. Il n’y a pas de raison qu’on se sacrifie et qu’on accepte de sortir de cette façon. Nous lui reprochons ces choses mais j’espère que dans peu de temps, il va se ressaisir.

Quels sont les recours auxquels vous pensez pour récupérer ce qu’il doit à l’association ?

Nous avons perdu trop de temps. En notre sein, nous avons créé un comité de sages qui regroupe ceux qui ont été là à la naissance de l’Aburwa pour contacter M. Lingani afin de lui demander d’œuvrer à améliorer la situation. Mais personne n’a pu mettre la main sur lui. Avant cela, il y a eu les appels téléphoniques, les mails. Mais rien n’a bougé. Nous l’avons juste vu lorsque la rencontre des délégués CSBE a été annoncée.

Après les sages, nous avons été à l’ambassade et il a promis de nous remettre ce qu’il doit à l’association. Mais nous attendons toujours qu’il s’exécute. Car si jusqu’au 2 avril, il ne nous remet toujours pas les documents, nous allons l’assigner en justice. Nous n’allons pas le faire parce que nous sommes contre Guy mais parce que nous sommes mandatés par une communauté qui veut récupérer son dû.

Que fait donc l’ambassade pour résoudre cette crise ?

L’Aburwa se veut apolitique. Il y en a qui pense qu’amener le problème à l’ambassade ce serait lier l’association à l’ambassade et à la politique. De ce fait, nous essayons de régler le problème sans l’intervention de l’ambassade.

Entre temps, nous avions pensé que l’administration allait résoudre le problème mais au regard de ce qui s’est passé lors de ce forum, nous pensons que ce n’est pas une situation à calmer les esprits. Pour cette rencontre, je ne voulais pas venir bien que j’étais mandaté par la communauté. M. Lingani devait aussi faire pareil. Nous allions expliquer cette décision à la communauté. Je pense que tout administrateur sauterait cette situation conciliante. Mais l’administration a choisi de faire venir Guy. L’ambassadeur nous a dit que la décision a été prise par le Secrétariat permanent des Burkinabè de l’étranger. Etant à Washington, Guy Lingani est bien placé pour savoir ce qui pourrait advenir si la plainte est déposée. J’ai même eu à dire une fois qu’il ne fallait pas tester la colère des gens. Ce qui se dessine en filigrane, lorsqu’on peut l’éviter, il faudra le faire. Je ne suis pas actuellement là-bas mais les échos que j’ai me font croire qu’une crise menace d’éclater.

Quelle peut-être en termes clairs la conséquence de cette situation ?

Elle va détériorer notre relation avec l’administration. Guy aujourd’hui n’est pas capable de mobiliser les gens pour faire le compte rendu de la rencontre d’ici. Le fait d’amener quelqu’un qui n’est pas légitime est un manque de respect à la communauté. Si parce qu’on est contre Mathieu, on ne l’a pas amené, cela ne pose aucun problème. Mais dans le cas présent, il y a, derrière lui, toute une communauté. Je demande juste qu’on nous respecte puisqu’une Assemblée générale avait décidé que le président est le délégué CSBE, il faudra une autre assemblée pour dire le contraire. Mais le jour où cette association va devenir un tentacule politique, je déposerai ma démission le même jour.

Est-ce que cette situation ne s’explique pas aussi par le flottement dans les durées entre le mandat du délégué CSBE et celui du président de l’Aburwa ?

Il y a effectivement un flottement puisque la durée du mandat du président de l’Aburwa est de 2 ans et celui du délégué CSBE est de 3 ans. Mais les termes de l’accord étaient que vous laissez tout à votre successeur lorsque vous quittez votre poste de président de l’Aburwa. Mais s’il faut nous mettre en règle, il va falloir que l’administration attire notre attention. Nous ne sommes pas administratifs. Nous sommes une association qui veut promouvoir l’amitié et la fraternité.

N’est-il pas temps pour vous de relire les textes pour les adapter aux textes des délégués CSBE ?

S’il faut remettre en cause notre méthode, il faudra aussi reprocher à l’administration d’avoir accepté notre proposition dès le départ. Si l’administration conteste la légitimité de notre revendication qu’elle organise une élection. C’est très simple. Si Guy avait été élu, le débat actuellement n’allait pas exister. La situation actuelle est née d’un consensus. Et si l’administration estime qu’il y a un problème qu’elle organise une élection.

Avez-vous pu rencontrer des membres de l’administration au Burkina Faso pour parler de votre problème ?

Je suis juste venu pour rendre visite à ma mère et aux membres de ma famille. Je souhaitais rencontrer l’ambassadeur mais pour une raison ou pour une autre, je n’ai pas pu le faire. S’il y a lieu qu’on fasse des démarches, on les fera depuis Washington.

Quelle est aujourd’hui la nature de vos relations avec l’Ambassade ?

Je n’ai rien vu de si grand jusqu’à présent mais des choses se dessinent en filigrane. L’administration est responsable de ce qui se dessine. Parce que si une Assemblée qui décide d’envoyer quelqu’un avec toutes les doléances à l’administration ici à Ouagadougou et qu’au niveau de Ouagadougou, on choisit une autre personne à nous avons remis une mise en demeure, c’est un total manque de respect. La frustration est donc là. Je ne devance pas l’iguane dans l’eau mais il y a une grogne. Et notre souhait est qu’on clarifie cette situation pour de bon car il ne faudra pas qu’on se focalise sur quelque chose du genre politique alors qu’au commencement, l’Aburwa est une association apolitique. Si les politiciens pensent qu’on peut nous tirer vers là, ce sera avec un autre bureau. Dès que je sentirai cette approche politique, je démissionnerai parce que je suis allé car je crois qu’on peut travailler à améliorer la fraternité et la solidarité des Burkinabè à l’étranger là-bas. Je n’ai jamais cru que ça pouvait être des tiraillements politiques.

Un adage dit que loin des yeux mais près du cœur. Quel regard portez-vous sur la crise nationale ?

En tant que Burkinabè, c’est réel. Nous lisons les journaux, écoutons la radio et regardons la télévision. Nous voyons ce qui se passe. Mais en tant que président de l’Aburwa, nous souhaitons qu’il y ait un dénouement dans la paix et que le peuple gagne.

Quel est le penchant de Mathieu Sawadogo : Opposition ? Pouvoir ?

En tant que Mathieu Sawadogo, j’ai des convictions politiques mais je ne suis dans aucun parti. Il y a aucun registre politique au Burkina dans lequel on trouvera mon nom.

Quelles sont ces convictions ?

J’aspire à la démocratie.

Comment vivez-vous la situation depuis Washington ?

Avec inquiétude mais on a espoir que la situation se débloquera de façon pacifique. La paix appartient à tout le monde. Les acteurs politiques ont donc pour mission de la sauvegarder.

Il est de plus en plus question du vote des Burkinabè de l’étranger. Comment appréciez-vous cette initiative ?

Presque tout le monde là-bas suit l’actualité. On voudrait d’une manière ou d’une autre contribuer à la vie nationale. Pour cela, il faudra pouvoir voter. Il y a des pays où le vote est un droit. Mais tout est une question d’organisation. Et je pense qu’après les rencontres d’ici, on pourra enfin s’exprimer. Mais on attend de voir les résultats des réunions.

Un mot pour finir ?

Je souhaite que la paix règne toujours au Burkina et que la prospérité ne soit pas juste un mot mais une réalité. Aux Burkinabè de l’étranger, je souhaite l’entente, la fraternité et la solidarité et qu’on pense à nos frères qui sont restés ici.

Jacques Théodore Balima

Lefaso.net

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