Commémoration de la journée internationale de la femme : Une pensée pour les femmes victimes de harcèlement

mercredi 12 mars 2014 à 23h07min

La commémoration de la journée internationale de la femme, le 8 mars 2014 célébrée sous le thème « L’égalité pour les femmes, c’est le progrès pour toutes et tous » est toujours une occasion de penser aux femmes victimes d’injustices, d’abus et de harcèlement sexuel.

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Commémoration de la journée internationale de la femme : Une pensée pour les femmes victimes de harcèlement

« Moralement réprouvé, légalement réprimé, socialement toléré, le harcèlement sexuel s’étend en toute impunité dans les entreprises privées, les administrations publiques et les milieux scolaires et universitaires burkinabè... ». Ainsi écrivait Ramata SORE, dans le journal « L’Evénement du 30 octobre 2006 » lors d’une enquête sur la question. » Défini comme le « fait d’abuser de l’autorité que confère une fonction pour tenter d’obtenir une faveur sexuelle de quelqu’un par contrainte, ordre ou pression. », le harcèlement sexuel s’exerce très souvent entre des personnes de sexes différents, entretenant des rapports de domination.

Au Burkina Faso, le harcèlement sexuel est une réalité. Il existe dans les milieux professionnels, dans les services publics comme privés, dans les milieux scolaires et universitaires, là il y a un rassemblement d’hommes et de femmes. Une étude réalisée en 2004 au Burkina par l’ONG Marche Mondiale des Femmes, révèle que plus de 65% de femmes ont déclaré avoir été harcelées sexuellement dans leur lieu de travail. Cependant, l’enquête s’est confrontée à la réticence des femmes à parler et souvent même au refus total de se confier. Cela révèle la sensibilité du sujet qui touche à l’intimité et à la dignité des victimes.

Fatou est vigile dans une société de gardiennage. Elle va demander la permission à son chef hiérarchique, un des contrôleurs de la compagnie de gardiennage pour aller se soigner parce qu’elle est souffrante depuis deux jours. Celui-ci qui la « guettait » depuis belle lurette, lui fait cette proposition : « si tu acceptes que je couche avec toi, tu pourras aller tranquillement te soigner et si tu veux tu peux faire le nombre de jours que tu veux et rien ne sera retenu sur ton salaire, je vais te protéger. »

Un autre exemple, Floriane est une femme mariée, mère de deux enfants. Elle travaille dans une structure privée de la place tout comme Zénabo, elle aussi mariée et mère de trois enfants. Les deux femmes ont finalement cédé aux « avances » de leur détracteur qui n’est autre que leur supérieur hiérarchique pour « préserver leur emploi ». Mais depuis, elles sont à la merci de ce dernier.

Un troisième exemple, Bintou vient d’être recruté dans une institution publique de la place après moult dossiers déposés sans suite. Elle refuse les avances de son Directeur Général et est définitivement virée de son poste pour « faute grave ».
Enfin, Rama est enseignante, nouvellement affectée au chef-lieu d’une province. Elle vient d’être mutée dans le village le plus reculé du chef lieu de la province pour avoir refusé les avances de l’Inspecteur.

Et on pourrait multiplier les exemples et les cas. Combien de femmes ne sont-elles pas victimes de harcèlement sexuel ? Les exemples sont légions et parfois, il me semble que l’ignorance de leurs droits, le manque de formations adaptées, fait que beaucoup de femmes sont à la merci de vieux pervers aux appétits sexuels freudiens que dis-je incontrôlés.
Le hic est que les victimes en parlent peu sinon même pas. C’est très difficile de les faire parler. Car ça touche à l’intimité de la victime. Dénoncer un tel fait, c’est quelque part exposer son intimité ». Un autre obstacle à la dénonciation, c’est la difficulté d’apporter les preuves du harcèlement. Il semble même plus courant et plus facile de dénoncer un viol qu’un harcèlement. Si bien qu’on se heurte toujours à ce terrible silence des femmes ! Parce que non seulement on leur fait du mal, les harcèle mais qu’en plus elles ont peur d’être humiliées, licenciées, bannies, répudiées, etc. C’est ça, c’est toujours la double peine pour les femmes. Elles sont coupables d’être victimes.

Et pourtant, le mal est si profond, la gangrène existe dans tous les secteurs d’activités publics, privés. C’est un virus, « une arme de destruction massive de nos entreprises ».

A l’occasion de la commémoration de la journée internationale de la femme, je garde une pensée spéciale et pieuse pour toutes ces femmes qui souffrent dans leur corps, leur cœur, leur esprit, leur chair et leur âme et qui ont le « devoir » de se garder le silence, comme si elles étaient faites pour subir. J’ai de l’admiration pour les vraies femmes, celles qui se lèvent avant le coucher du soleil et qui se couchent après tout le monde, celles qui triment chaque jour au risque de leur vie, à la quête permanente du pain quotidien pour la famille et surtout les enfants, qui sont finalement la raison d’être et de vivre de ces femmes. Ces femmes, ce sont elles nos mères, nos sœurs, nos épouses, les vraies femmes, les vraies battantes.

Ces femmes, ces vraies femmes, sont-elles au courant du 8 mars qui a été commémoré et célébré avec faste à Banfora et même dans toutes les communes du Burkina ? Ces vraies femmes, ont-elles un autre 8 mars en dehors des jours où leur famille mange à leur faim ? Et celles qui sont harcelées, peuvent-elles avoir la tête aux uniformes, aux djandjobas et autres festivités organisées ça et là quant leur dignité est bafouée ? Assurément non ! Pour elles, le combat n’a pas encore commencé et est même loin de commencer ; pour ces femmes, le 8 mars n’existe pas encore. Finalement, le 8 mars, n’est-ce pas dans le comportement et dans l’esprit ? Et si chacun avait son 8 mars ?

Pour revenir à notre sujet, il me plaît de faire allégeance à toutes les femmes qui sont vulnérables, innocentes, ignorantes, meurtries, humiliées, désabusées, impuissantes, victimes de harcèlement, écoute et fais tiennes ces lignes :

« Femme du Burkina Faso, « la terre des Hommes dits « intègres »
De courage, de caractère, d’audacité, de persévérance, tu dois t’armer
Car tu as une dignité à protéger, un honneur à défendre, une intimité à préserver

Aussi loin que voit le vieillard assis à l’ombre du vieux baobab tu dois avoir confiance en toi
Pour que plus jamais la peur, la faiblesse d’esprit, l’ignorance, ne puissent t’habiter

Tu ne dois plus ni subi, ni accepter qu’on abuse encore de toi,
Tu dois refuser, dénoncer, reste digne et comme une Burkinabè digne de ce nom intègre

Femme, vraie femme, tu dois pouvoir faire changer les choses
Le pouvoir d’appartient, à toi d’en faire un bon usage

Il faut que tu te lèves et que tu agisses sans être morose
A toi seule échoit la défense de ton honneur et de ta dignité

Femme, tu vas y arriver et tu dois y arriver, tu dois lutter pour l’égalité
Pour y arriver tu dois t’armer de moral fort et de courage !

Tu es la mère du Faso, l’épouse docile et soumise, qui mérite notre affection, notre admiration, notre amour sans conditions.

Koyir Désiré SOME

GERSTIC

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