Mahamadi Tassembedo, coordonnateur de la CPAK : « La précarité est présente mais, il ne faut pas occulter la dignité et le respect de soi »

jeudi 27 février 2014 à 00h52min

La province du Kadiogo compte près d’un millier d’associations de jeunesse, chacune exerçant dans son domaine d’action spécifique. Pour plus d’efficacité, elles ont désormais décidé d’agir dans un cadre mieux structuré en créant la coordination des associations de jeunesse de la province du Kadiogo (CPAK). Les objectifs de la CPAK, son plan d’action 2014, le rôle de la jeunesse dans l’apaisement de la situation politique nationale… étaient au menu de cet entretien avec le coordonnateur de la structure, Mahamadi Tassembédo.

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Mahamadi Tassembedo, coordonnateur de la CPAK : « La précarité est présente mais, il ne faut pas occulter la dignité et le respect de soi »

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis Mahamadi Tassembedo, le Coordonnateur provincial des associations de jeunesse du Kadiogo. En dehors du monde communautaire, je suis un conseiller des affaires économiques, spécialisé en droit de la propriété intellectuelle, actuellement en service au Centre national de la propriété industrielle, du ministère de l’industrie, du commerce et de l’artisanat comme chef du département des études, de la formation et du partenariat.

Vous êtes le premier responsable de la CPAK, présentez-nous cette structure ?

La CPAK est la Coordination Provinciale des Associations de jeunesse du Kadiogo qui a été créée en novembre 2013 par plus 855 associations reparties dans les 12 arrondissements de la ville de Ouagadougou et dans les six communes rurales. Elle est représentée par des coordinations communales dans les arrondissements et dans les communes rurales et est dirigée par un bureau exécutif de vingt-trois membres.

Pourquoi avez-vous décidé de réunir l’ensemble des associations dans une coordination ? Et comment en êtes-vous arrivé à le faire ?

La mise en place de la CPAK répond à un besoin du moment. Avec le nouveau découpage des communes à statut particulier comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, décidés par les plus hautes autorités de notre pays pour rapprocher, l’administration des administrés, conjugué avec le désir ardent d’une jeunesse consciente, engagée et participative d’apporter sa pierre à l’édification de communes prospères, il était nécessaire pour nous, leaders de Mouvements et Associations de Jeunesse, de fédérer nos énergies, nos expériences et nos compétences pour surmonter les défis qui se posent à nous et partant pour l’amélioration du bien-être de la jeunesse.

Le but de la CPAK est de permettre aux associations et mouvements de jeunesse d’optimiser leur contribution au développement socioéconomique de la province du Kadiogo par la mise en commun de nos efforts au sein d’un cadre qui garantit notre plein épanouissement.

Les objectifs de la CPAK sont entre autres la concertation permanente entre les organisations de jeunesse, la mobilisation des ressources techniques et financières au profit de la jeunesse, la formation civique, technique et professionnelle des jeunes, la participation des membres à des activités d’intérêt local et national...

La création de la CPAK est le couronnement d’un long processus consensuel et ascendant qui a permis de mettre premièrement en place les coordinations d’arrondissements et de communes rurales et en dernier ressort la coordination provinciale.

En quoi ce cadre garantit-il l’épanouissement socio-économique des associations de jeunesse du Kadiogo ?

L’épanouissement socio-économique des associations de jeunesse passe par la satisfaction des besoins primordiaux de la jeunesse qui sont multiples et variés. Il y a un adage qui dit que l’union fait la force. En mettant ensemble nos forces, nos idées, nos expériences, nos réseaux, notre voie portera mieux et plusieurs préoccupations de la jeunesse du Kadiogo trouveront certainement des solutions. Notre souhait est de faire en sorte que cette coordination puisse faire école dans les autres localités du Burkina.

Quel est le plan d’actions de la CPAK pour 2014 ?

Le plan d’action 2014 est le premier du genre pour cette nouvelle organisation. Il a été bâti sur quatre grands axes que sont le renforcement des capacités institutionnelles de la CPAK et des capacités opérationnelles des jeunes et des structures associatives de jeunesse ; la culture de la paix, du dialogue et de la non violence ; et l’employabilité des jeunes.

La CPAK, au regard de sa jeunesse, a-t-elle les moyens pour mettre en œuvre un tel plan d’actions ?

La CPAK est certes jeune mais comme disait un penseur « Il n’est de richesses que d’hommes ».

C’est conscient de cette réalité, nous avons travaillé à faire en sorte que toutes les composantes de la frange jeune soient prises en compte dans la formation des équipes dirigeantes de notre structure. J’en veux pour preuve l’existence dans la coordination provinciale et dans les coordinations d’arrondissements et de communes rurales des représentants des personnes vivant avec un handicap, du secteur informel, des étudiants, des élèves et j’en passe. La composition multidisciplinaire de nos organes constitue la première richesse.

Aussi, nous sommes convaincus de l’entière disponibilité de notre parrain permanent, le ministre de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, de notre ministère de tutelle, le ministère de la jeunesse, de la formation professionnelle et de l’emploi, de la mairie de Ouagadougou et de bien d’autres départements, institutions et bonnes volontés, à accompagner des initiatives novatrices et les structures faitières de pourvu que la loyauté et la transparence soient de mise.

N’est-ce pas prétentieux, votre initiative, quand on sait que le monde associatif est très divers, varié et avec des intérêts souvent contradictoires ?

Absolument pas, au-delà de la diversité et de la variété qui caractérisent le monde communautaire en général et le millier d’associations qui composent la CPAK en particulier, il y a un aspect et pas les moindres sur lequel tous les acteurs du monde communautaire s’accordent et se rejoignent, celui de contribuer chacun à sa manière à l’amélioration des conditions de vie et d’existence des populations et partant au développement de notre chère patrie, le Burkina Faso.

Quel est l’intérêt pour une association quelconque de faire partie de la coordination ?

Il y a plus d’un intérêt à faire partie de la CPAK. Pour se rendre compte, il suffit de jeter un petit regard sur les objectifs de la structure et sur les grands chantiers pour 2014. Comme son nom l’indication, la CPAK est chargée de la coordination, tout ce qui sera réalisé sera fait par et pour les associations. Connaissant les réalités du monde communautaire, toute structure associative de la province du Kadiogo a intérêt à rejoindre la CPAK.

J’invite celles qui n’ont pas encore franchi le pas à le faire car c’est sans exclusive aucune que nous comptons mener nos actions afin que toutes les couches de la société que nous représentons soient prises en compte.

Rendez-vous sur les chantiers de développement de notre capital et partant de notre pays dans l’unité et la paix.

Que pensez-vous des griefs de ‘’mal gouvernance’’ qui sont faits aux responsables d’associations ?

On ne peut pas nier l’existence de cas de mal gouvernance dans le monde communautaire, les brebis galeuses on en trouve partout et il faut travailler à assainir les milieux en extirpant les dealers, permettez-moi le terme, et en renforçant les capacités managériales des différents responsables des associations. C’est conscient de cette nécessité, que le lancement officiel de nos activités qui a eu lieu le 8 février 2014 a été consacré à la formation sur le leadership et la vie associative au profit des membres du bureau exécutif de la coordination provinciale et des coordinations communales et des communes rurales.

La coordination est née à un moment où l’atmosphère politique n’est pas des plus sereines, ne pensez-vous pas que ce climat délétère pourrait constituer un handicap pour la réalisation de votre plan d’actions ?

Vous savez que la paix et la stabilité sont des atouts indispensables au bon rayonnement du monde communautaire et à l’attraction des partenaires techniques et financiers, principaux pourvoyeurs de fonds pour le pays en général et le monde communautaire burkinabé en particulier. C’est pourquoi, nous exhortons les différents acteurs qui mesurent les enjeux que revêt pour tous les burkinabé la poursuite d’une vitalité démocratique à privilégier les voies du dialogue, de la négociation et du compromis pour trouver des solutions idoines aux préoccupations du moment.

Quels sont vos rapports avec les politiques ?

La CPAK est une structure apolitique et laïque. A cet effet, pour l’atteinte de sa mission qui est d’optimiser la contribution de la jeunesse au développement socioéconomique de la province du Kadiogo, la CPAK est amenée à travailler avec les institutions publiques et privées qu’elles soient nationales ou internationales et avec les bonnes volontés.

En tant que ‘’leader’’, que pensez-vous de la situation politique actuelle du Burkina ?

Effectivement, la création de la CPAK intervient à un moment ou l’actualité nationale est marquée par des débats contradictoires sans précédent. Au regard de la situation, j’ai foi que les différents acteurs trouveront des voies et des moyens à travers les ressources de la sagesse africaine et du droit burkinabé pour que nous puissions préserver la paix, la stabilité et la cohésion sociale et nous consacrer aux actions de développement de notre pays.

A votre avis, la jeunesse peut-elle jouer un rôle déterminant dans l’apaisement du climat socio-politique ?

Nous savons que la jeunesse représente plus de la moitié de la population burkinabé et serait la plus touché en cas de détérioration du climat social, que dieu nous en garde. Pour s’en rendre compte, il suffit de suivre l’actualité internationale. Les préoccupations de la jeunesse sont déjà immenses, il y a donc lieu d’œuvrer pour la paix, le civisme et la non violence pour accroitre les chances de solutionnement de ces différents problèmes auxquels la jeunesse fait face. Et je pense que c’est à ce niveau que la jeunesse peut vraiment jouer sa partition.

Au regard de la situation de précarité à laquelle elle est soumise, la jeunesse burkinabè a-t-elle les moyens de ne pas se laisser instrumentaliser par les politiques ?

Certes, la précarité est présente mais il ne faut pas non plus occulter la dignité et le respect de soi-même. De nos jours, la jeunesse burkinabé n’a rien à envier à la jeunesse d’ailleurs en terme de compétences, de formation, de responsabilité, de vision et de maturité. Je demeure confiant que la jeunesse burkinabé dans sa grande majorité est éclairée, responsable, mature et animée d’une vision de paix, de cohésion sociale et, partant, de développement.

Entretien réalisé par Moussa Diallo

Lefaso.net

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