Journée nationale de protestation à Bobo : Encore plus de monde dans les rues

lundi 20 janvier 2014 à 01h33min

« Historique, du jamais vu, inédit, parlant »…, les adjectifs ne suffisent pas pour décrire la grande mobilisation des Bobolais au cours de la Journée nationale de protestation (JNP). Regroupées autour de la Coordination provinciale de l’Opposition du Houet (CPOH), des milliers de personnes ont envahi la place Tiéfo Amoro de Bobo ce samedi 18 janvier 2014. Avant d’entamer conformément à l’appel du Chef de file de l’Opposition (CFOP) une marche, suivie de meeting et d’animation pour dire non à la modification de l’article 37 et à la mise en place du Sénat au Burkina Faso.

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Journée nationale de protestation à Bobo : Encore plus de monde dans les rues

La forte et surprenante pluie de la veille ne les a pas dissuadés. En grand nombre, des Bobolais ont répondu massivement à l’appel du Chef de file de l’opposition politique burkinabè (CFOP). Le temps des consignes et de l’appel à une marche pacifique, le comité d’organisation piloté par la Coordination des partis politiques de l’Opposition du Houet (CPOH) a été inondé par la ferveur des manifestants.

Pas question de former des colonnes, n’y même d’attendre le top de départ du représentant du CFOP, Moussa Zerbo. De la place Tiéfo Amoro, les Bobolais s’opposant à la modification de l’article 37 et à la mise en place du sénat, ont commencé à marcher à 8 h 53 mn. Trop pleins d’énergie, les marcheurs du jour n’avaient pas la tête à la modération. Il a fallu des cordes pour arrêter les plus pressés et les obliger à attendre le reste du groupe.

Mais à 9 h 10 min, le mal était déjà fait et le cortège scindé en deux. Entre les plus pressés et les plus organisés, le faussé était grand. Et c’est une fois sur le boulevard de la République (Ex boulevard de la révolution) que les images sont parlantes. Vue d’en haut, la marée humaine témoigne de la présence des milliers de personnes à la marche. Difficile d’estimer mais une chose est sure, rarement Bobo-Dioulasso a connu une telle marée humaine dans ses artères. C’est historique et c’est du jamais vu selon des organisateurs.

9 h 34 mn, c’est déjà le retour à la place Tiéfo Amoro. Les Cibals et cibelles (Membres du mouvement Balai Citoyen) en place, c’est évidemment un tube de l’artiste Sams’K le Jah, un des promoteurs du mouvement qui a accueilli le monde. De la musique, et des slogans anti-Compaoré dans les rangs : « Le pays n’appartient pas au clan Compaoré", "Mon vieux, 27 ans c’est trop, je veux connaître un autre président", "Chantal Compaoré doit faire attention", etc.

Entre temps, Moussa Zerbo et le staff de la CPOH délivre le message de Zéphirin Diabré, le Chef de file de l’Opposition politique sous des acclamations.

Une journée bien remplie

C’est le moins que l’on puisse dire, la Journée nationale de protestation à Bobo a été chargée. Des messages des associations et partis politique associés à la marche, il a été donné à voir d’autres choses. Notamment, une animation faite par Cibal Fm sur place. Occasion pour le jeune universitaire Anselme Somda, un des animateurs du jour de placer les politiques face aux faits. Tour à tour, coordonnateur du CFOP, députés de l’Opposition, représentants des associations ont été interviewés et des mises en garde contre d’éventuels retournements de veste, formulées.

Des heures durant, l’on a parlé des stratégies et sacrifices nécessaires pour contrer Blaise Compaoré dans sa volonté de rester à Kosyam (Palais présidentiel) au-delà de 2015. Après les débats, la musique a repris ses droits. Et des artistes engagés de la ville sont montés sur scène. La faim, la fatigue ont par la suite gagné les rangs des marcheurs.

L’exemple sénégalais fait cas d’école.

Avec un public largement minoritaire par rapport au cortège du matin, la place Tiéfo Amoro a continué à vibrer toute la nuit. Avec des débats et autres invectives à l’encontre du pouvoir. Encore présents à 23 h sur les lieux, des Bobolais ont troqué leur week-end pour une des attractions de la nuit.

Y’en a marre est au Sénégal ce que le Balai Citoyen se veut être pour le Burkina. Et pour cela, le deuxième en rang serré contre le régime de Blaise Compaoré entend se nourrir des expériences du premier. En rappel, "Y’en a marre" a été fondé par de jeunes rappeurs sénégalais pour barrer la route à l’ex président du pays de la Téranga, Abdoulaye Wade. Et à la lumière du film portant sur les péripéties du mouvement "Y’en a marre", il est clair que la lutte pour l’alternance à un prix, un grand prix.

Entre les suspicions, les frustrations et les risques d’explosion, "Y’en a marre", dans sa quête de changement, a vu des hommes tomber suite à des répressions mortifères des forces de l’ordre et de sécurité du Pays de la Teranga. Et au Burkina, l’Opposition politique et le Balai Citoyen à travers l’exemple de "Y’en a marre" se préparent et préparent les mentalités. C’est du moins l’avis des projecteurs du film documentaire.

Ousséni BANCE

Lefaso.net


Dans les coulisses de l’évènement

En amont du 18 janvier 2014

Mobilisation contre démobilisation. C’est ce qui a marqué l’avant 18 janvier 2014. Une semaine durant, l’équipe de Salia Sanou, le maire de Bobo et Secrétaire général de la section Houet du CDP a fait un travail de démobilisation. En sillonnant des départements, des villages et la ville de Bobo-Dioulasso pour convaincre les militants de l’inopportunité de la Journée de protestation. Pendant ce temps, l’opération séduction de l’Opposition politique et de ses affiliés s’est cantonnée à Bobo. Et cette fois, les politiques et les mouvements hétéroclites contre la modification de l’article 37 et la mise en place du sénat sont allés au-delà de leur frontière habituelle. En plus des élèves, étudiants et autres fonctionnaires, le CPOH, le Balai citoyen, la Ligue des jeunes, le Mouvement en rouge sont entrés dans le monde des commerçants, au cœur du grand marché de Bobo. Et là, ça change la donne.

Ce qui a changé par rapport à juin et juillet 2013

Au niveau national, l’arrivée des démissionnaires du CDP dans la lutte contre la volonté du président Blaise Compaoré de modifier l’article 37 et d’instaurer le Sénat a sans doute fait son effet. Mais à Bobo, ce qui a changé entre les marches de juin et juillet 2013 et celle du 18 janvier 2014, c’est évidemment l’entrée des commerçants et des artisans dans le combat pour le maintien de l’article 37. Si on ne peut pas nier l’effet du temps et le travail des Opposants, l’arrivée du monde « informel » dans le débat politique a été pistonné à Bobo par des organisations de la société civile.

Hétéroclites, il y a parmi eux un certain nombre qui se dégagent. Notamment le fameux Balai Citoyen des Cibals et Cibelles. Ayant tout d’abord recruté dans les milieux estudiantins et scolaires, "les balayeurs" sous l’impulsion du tribun Pîga Souleymane Yaméogo, ont orchestré une campagne de sensibilisation qui a visiblement fait son effet. Tout comme le Balai citoyen, la Ligue des jeunes de Bobo est en train de former le pilier de la contestation Anti-Compaoré dans le monde des commerçants. La base de la contestation du pouvoir s’élargit à l’approche de 2015.

De la nécessité de canaliser les ardeurs

L’histoire est en train d’être écrite selon les acteurs de l’alternance. Et pour cela, il y a beaucoup d’hommes et d’organisations qui veulent jouer leur partition. Malheureusement, et c’est le lieu de le dire, il y a des risques. De la création tous azimuts des mouvements et associations en passant par l’affirmation sur le terrain, il y a des organisations qui sont prêtes à tout.

Si du côté des partis politiques de l’opposition, l’heure est à l’unisson (Pas de gadgets à l’effigie des partis politiques à Bobo), au niveau des Organisations de la société civile l’on assiste à un véritable ballet qui donne lieu à des affrontements « Soft ». Les balais étant désormais dans le champ de la lutte anti Blaise Compaoré, l’on a vu à Bobo toutes sortes d’organisations. Avec des agendas différents, et dans le souci d’occuper le terrain, certaines ont failli faire capoter la pacifique marche voulue par les organisateurs.

Pendant que l’on tenait le meeting à la place Tiéfo Amoro, des groupes continuaient à marcher dans des artères autres que l’itinéraire fixé. Heureusement, les forces de l’ordre et de sécurité ont été relaxes.

O.B

Lefaso.net

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