Alternance politique au Burkina : « L’opposition politique est à la recherche d’une courte échelle », Aly Badra Ouédraogo

mercredi 18 décembre 2013 à 00h45min

Dans la présente déclaration, Aly Badra Ouédraogo, celui qui a été il y a peu, le porte-flambeau du parti majoritaire, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) dans le milieu universitaire Burkinabè, livre son analyse sur l’actualité politique nationale. En ce qui concerne, le référendum proposé pour charcuter l’article 37 de la Constitution, Aly Badra Ouédraogo invite l’opposition à aller sur le terrain pour mesurer ses forces, si réellement, elle dit avoir le monopole de la mobilisation des populations autour de ses idéaux. Lisez Plutôt !

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Alternance politique au Burkina : « L’opposition politique  est à la recherche d’une courte échelle »,  Aly Badra Ouédraogo

« Depuis l’avènement de la démocratie sous nos tropiques, nos Etats se sont évertués avec des fortunes diverses à s’adapter à cette forme de gouvernance. Notre pays le Burkina Faso, de par son histoire s’illustre comme l’un des pionniers de la démocratie en Afrique et pour preuve, les toutes premières élections démocratiques libres et transparentes du continent ont été enregistrées au Burkina Faso en 1978. Et déjà sous la première République, des partis et formations politiques existaient et ont contribué à poser les bases d’une démocratisation du Faso. Il faudra attendre les années 91 pour voir notre pays à l’instar d’autres pays d’Afrique s’engager résolument dans ce processus. Pour notre part, le devoir d’honnêteté intellectuelle nous impose de constater que c’est après les événements du 15 octobre 1987 que le président Blaise Compaoré dans sa toute première et mémorable adresse à la nation du 19 octobre 1987 avait appelé alors à la création d’espaces plus grands de libertés et à la renaissance des partis politiques qui avaient été dissouts du fait des régimes d’exception.

Ce bref rappel historique pour introduire notre point de vue vient nous éclairer sur la marche qu’a entreprise notre pays sur le chemin de la démocratie. Une marche, il faut le reconnaitre jalonnée d’embuches et de progrès à inscrire au passif et à l’actif de ses filles et fils. Force est de reconnaitre cependant que de nos jours, nos compatriotes ont retrouvé un regain d’intérêt supplémentaire pour la chose politique. Ainsi donc, la vie politique nationale est traversée par des questions politiques majeures. Au nombre de ces questions actuelles et de portée nationale nous en retenons trois : le Sénat, l’article 37 et les déclarations sur la gestion du Secrétariat exécutif national du Congrès pour la démocratie et le progrès.

Pour expliquer cet état de fait, on peut noter que les récentes révolutions vécues dans le monde arabe ainsi que la force de pénétration et de transformation des mentalités que les technologies de l’information et de la communication ont acquise ; ont achevé par susciter un éveil de conscience de la communauté humaine surtout des jeunes. Toute chose qui participe à l’ancrage de la démocratie entendue comme le système de gouvernance le plus vertueux.

Du Sénat

L’existence ou la création d’une institution dans un pays est le reflet de l’ambition de celui-ci. Dans cette optique, les autorités de notre pays ont décidé de la création d’un Sénat à l’effet de renforcer notre démocratie et de parfaire nos textes de lois en impliquant pour leur adoption des forces vives de la Nation autres que celles politiques. Nous faisons l’économie du processus de la mise en œuvre du Sénat ainsi que la levée de boucliers qui s’en est suivie pour entraver son effectivité. Mais ce que nous pouvons dire c’est qu’un parti politique selon son essence première se crée pour conquérir et gérer le pouvoir d’Etat. Ayant donc bénéficié en 2010 du suffrage largement exprimé par les populations à son endroit, donc à son programme de société, le président Blaise Compaoré se devait d’appliquer ledit programme dans lequel le Sénat est inscrit et de rendre compte au peuple à la fin de son présent mandat en 2015. Tel est le principe. Pour l’opposition et une certaine opinion publique dont il convient de saluer l’action quand bien même des pratiques peu orthodoxes et peu recommandables sont à dénoncer, le Sénat serait un subterfuge voire une ruse pour modifier l’article 37 de notre Constitution. Pour notre part, nous disons que ses positions antagonistes qui ont fini par créer un blocage quant à l’effectivité du Sénat laissent entrevoir des atteintes graves aux principes démocratiques auxquels nous avons tous souscrits. En clair, l’opposition se sert de la question du sénat pour distiller des délations savamment orchestrées dans le seul but d’assouvir sa boulimie du pouvoir.

Mais au-delà des attitudes et propos triomphalistes exprimés par elle et ses affidés suite à la suspension du processus de mise en œuvre du Sénat, il faut reconnaitre que dans cette situation, le seul vainqueur est la paix sociale encore sous le leadership éclairé et éprouvé de Son Excellence Blaise Compaoré. Car pour peu certaines Nations se sont embrasées. Que Dieu nous en préserve !

De l’article 37 de la Constitution

A l’évocation de cet article de la Constitution burkinabè, les critiques et questionnements suivants sont très souvent formulés :
- il est illégitime de modifier l’article 37 vu le contexte socio-politique de notre Pays,
- l’alternance dans une démocratie garantie la viabilité de celle-ci, modifier l’art 37, c’est consacrer la gestion clanique du pouvoir, etc…
Cependant, retenons que si généralement en dictature, les intellectuels sont réduits au silence par le pouvoir, en démocratie ce sont certains ignorants et dictateurs qui veulent au Burkina Faso faire passer la pensée unique sur une question qui du reste est devenue problématique du fait de contradictions liées à des divergences de stratégies. Mais pour sûr, la thèse la plus plausible dans ce débat demeure celle qui met en opposition la problématique juridique de la question à celle politique.

De la problématique juridique de l’art 37

Article 37 de la Constitution du Burkina : « Le Président du Faso est élu pour un mandat de 5 ans au suffrage universel direct, égal et secret. Il est rééligible une fois ». Notons que sur le plan de la pratique, cette disposition a acquis une super puissance que la Constitution elle-même n’a pas prévues. Parce qu’elle touche au chapitre relatif au premier magistrat du pays, elle puise sa force dans une jurisprudence de facto et non de jure. En effet, selon la Constitution, tous les articles la composant sont susceptibles d’être révisés à l’exception de l’article 165 : « Aucun projet ou proposition de révision de la Constitution n’est recevable lorsqu’il remet en cause :
- la nature et la forme républicaine de l’Etat ;
- le système multipartiste ;
- l’intégrité du territoire national.

Aucune procédure de révision ne peut être engagée ni poursuivie lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité du territoire ».

Donc, la norme fondamentale elle-même a scellé de façon définitive le sort de l’article 37 en ce que juridiquement sa révision est des plus possibles. Et pour ce faire, elle renseigne sur la procédure de révision en ces termes : article 161 de la Constitution : « L’initiative de la révision de la Constitution appartient concurremment :
- au président du Faso ;
- aux membres de l’Assemblée nationale ;
- au peuple (fraction d’au moins 30 000 personnes ayant le droit de vote, qui introduit devant l’Assemblée nationale une pétition constituant une proposition rédigée et signée) ».

De la problématique politique de l’art 37

Au plan politique, certains acteurs accordent du prix à la question de l’article 37, arguant à souhait que sa limitation serait inéluctablement la clé de voûte pour une alternance au sommet de l’Etat. Si fait que de nos jours le débat politique national s’est cristallisé sur la question. La classe politique se trouve alors divisée entre les partisans de la légalité et ceux de la légitimité. Cet état de fait remet au goût du jour, la vérité qu’aucune question ne constitue un problème public à priori et qu’aucun problème public ne l’est par essence ni automatiquement. En effet, il est plutôt une construction sociale et/ou politique. La problématique de l’article 37, serait-elle uniquement le fait d’une collision de stratégies et d’intentions contradictoires ? Serions-nous dans une disposition dialectique du juste et du fort ?

De notre point de vue, s’il est vrai que la justice sans la force est faible et que, la force sans la justice est tyrannique, nous estimons que tout pouvoir appartient au peuple. De ce fait, la Constitution elle-même est l’émanation du peuple. La démocratie tire son fondement du peuple. Le vivre en commun devient possible à travers un contrat social librement consenti par tous.

Si le légal se conjugue au légitime pour être populaire, c’est parce que toute légalité tire son fondement du peuple qui légifère et que toute légitimité se mesure à l’aune de l’onction de ce même peuple. Ceci pour dire que dans une situation ou toutes les parties estiment avoir raison, il est impérieux, juste, légal, légitime et responsable de consulter le peuple souverain.

Donc, à la lumière de ce qui précède l’article 37 de notre Constitution est révisable. Seulement l’opposition se cache derrière le politiquement incorrect pour trouver une courte échelle afin d’accéder au pouvoir. Et pourtant cette même opposition à l’occasion des marches organisées contre le Sénat, s’est vantée à tout rompre de sa popularité et sa parfaite maitrise de la mobilisation des masses populaires autour de ses idéaux. Comment alors comprendre qu’elle rechigne à aller au référendum en vue d’élucider la question ? Pourquoi vouloir embrigader la liberté de choix du peuple par l’imposition de la pensée unique ?

Fort heureusement, les Burkinabè ne sont pas dupes à telle enseigne qu’ils sauront administrer une réponse qui sied à ses vendeurs d’illusions. Même les récents appels à la désobéissance civile de pseudo intellectuels de service incapables de s’élever au-dessus de la mêlée pour apporter la lumière nécessaire à la marche de la Nation n’y feront rien face à la détermination du vaillant peuple du Burkina qui saura avec esprit de suite négocier avec dextérité le virage dans l’unité et la cohésion. En tout état de cause, l’euphorie puérile et naïve qui a animé l’opposition est en train de retomber à force d’attendre vainement l’avènement de l’apocalypse. C’est sans nul doute ce qui justifie le changement de stratégie qui consiste maintenant à infiltrer le CDP pour lézarder sa cohésion par l’instrumentalisation de certains de ses cupides militants qui n’hésitent plus à sortir honteusement dans la presse pour faire de véritables faux procès à notre parti.

Des déclarations sur la gestion du SEN/CDP

En notre qualité de membre du Bureau politique national du CDP et ayant assumé des responsabilités au sein du parti depuis notre adhésion, nous pouvons affirmer que le CDP est le parti le mieux structuré et qui tient régulièrement ses instances. Ceci pour rappeler sa qualité de structuration et de fonctionnement. Les reproches liés au respect des textes sont des fuites en avant, car la théorie est toujours plus facile que la pratique. Et de mémoire de militant jusqu’à ce jour, nous n’avons pas encore connaissance de l’existence de norme iso pour certifier la qualité de la gestion du parti pouvant donner lieu à des comparaisons en termes de gestion. Le tout pour un parti étant de savoir transformer les aspirations des populations en un programme de société cohérent. Et à ce sujet, le CDP a fait et continue de faire ses preuves n’en déplaisent à ses détracteurs. Tous les dirigeants du parti qui se sont succédé ont toujours fonctionné ainsi. Mieux, le SEN actuel fait d’énormes efforts en impliquant même des militants de base dans des missions de la Direction politique nationale. Il est évident que tout n’est pas rose eu égard à la dimension du parti et autres contingences, mais de là à se mettre dans une position liquidatrice contre le parti est suranné. Nous autres avons choisi de porter la contradiction positive à l’interne pour faire bouger les lignes vu que les cadres de débats existent. Pour notre part, nous réaffirmons notre engagement plein et entier au CDP ainsi que notre adhésion au programme de société du président du Faso, Blaise Compaoré.

Pour clore notre propos, nous tenons à saluer tous les combattants de la liberté et toutes les personnes éprises de paix. Nous avons une pensée positive à l’endroit des dignes filles et fils du pays qui se sont battus et qui se battent pour l’émergence de notre chère patrie.
Puissent Dieu et les mânes de nos ancêtres nous guider et nous combler » !

Ouédraogo Aly Badra

Ancien président des étudiants militants du CDP
Membre de l’équipe d’appui du Secrétariat national chargé du Mouvement associatif /CDP
Membre du Bureau politique national du CDP
Tél : 78 81 84 57
Email : presibadra@yahoo.fr

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