Coton BT : Béninois et Togolais s’inspirent de l’expérience Burkinabè

lundi 16 décembre 2013 à 00h15min

Une délégation du Bénin et une autre du Togo séjournent depuis quelques jours au Burkina. Présents au Faso sur invitation du Réseau africain d’expertise en biosécurité du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique), les membres des deux délégations sont venus s’inspirer de l’expérience du Burkina en matière de culture de coton biotechnologique, communément appelé coton BT.

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Coton BT : Béninois et Togolais s’inspirent de l’expérience Burkinabè

Sur les tenants et les aboutissants de l’initiative, Moussa Sawadogo, chargé de programme biosécurité environnementale du Réseau africain d’expertise en biosécurité du NEPAD, précise : « Nous avons l’habitude chaque année de faire ce genre d’activité au profit des honorables députés du Burkina. Cette année, nous avons voulu l’étendre, aux honorables députés de deux pays de la sous-région, notamment du Togo et du Bénin, qui sont des pays prioritaires pour notre Réseau, suite à leur propre demande ». Et d’ajouter : « Le Burkina étant avancé sur la question, il est un exemple qui inspire les autres pays. Le Togo aujourd’hui est en train de réviser son cadre réglementaire avec l’appui du NEPAD. Le Bénin était sous moratoire jusqu’à tout récemment et le moratoire a été levé. Tous ces pays sont donc intéressés justement à faire avancer la question et à aller de l’avant »

Et au menu de la présente initiative figurent des communications en salle et des visites de terrain pour mieux faire toucher du doigt la réalité de la culture du coton BT aux hôtes du Bénin et du Togo. Le premier contact des Togolais et des Béninois avec le terrain du coton BT du Burkina a eu lieu le 12 décembre dans la Boucle Mouhoun, plus précisément dans le champ de Philippe Tamini, un producteur de la commune de Ouarkoye-50 km de Dédougou sur l’axe Dédougou-Bobo-Dioulasso. C’est un champ tout blanc avec des cotonniers bien chargés de coton que les visiteurs découvrent. « C’est impressionnant ce que nous avons vu », s’exclame Kolani Dindiogue, directeur de cabinet du ministre togolais de l’Agriculture. Et Kakpo Komlan Marcel, point focal du protocole de cartagena sur la prévention des risques biotechnologies du Bénin, de renchérir : « Les résultats que nous avons vus ici sont encourageants. C’est une bonne chose. Nous devons faire venir nos paysans pour voir de visu ce qui se passe avec le coton BT ». « C’est vraiment beau à voir quand on a l’habitude de visiter des champs de coton », notera pour sa part Moussa Sawadogo.

5 à 6 millions de revenus par an

Le propriétaire du champ, Philippe Tamini a expliqué aux visiteurs que cela faisait déjà un bout de temps qu’il était entré de plein pied dans la culture du coton BT, lui qui fait la culture du coton depuis 1985. Cette année, il fait 28 ha de coton BT qui a visiblement donné. Philippe abordé les avantages de la culture du coton BT par rapport au coton conventionnel. « Dans la culture du coton BT deux traitements phytosanitaires suffisent alors que dans le cas du coton conventionnel il faut 7-8 traitements phytosanitaires ». Néanmoins, il a utilisé comme dans la production du coton conventionnel, des engrais et aussi du fumier organique. Avec cela, Il espère, au vu de la physionomie de son champ, un rendement de l’ordre d’une tonne à deux tonnes par hectare. Tamini assure qu’il n’a pas moins de 5 à 6 millions de revenus par an. Des revenus qui lui permettent, confie-t-il, de scolariser ses 13 enfants. Mais le producteur Philippe ne fait pas que du coton. Il produit également des céréales, notamment le maïs et le sorgho. Pour la présente campagne agricole, il a fait 10 ha de maïs et 7 ha de sorgo. Les tiges servent à la production du fumier organique pour son champ de coton BT.

Echanges en salle

Après le champ de Philippe Tamini, les acteurs de la présente initiative du Réseau africain d’expertise en biosécurité du NEPAD ont eu droit le 13 décembre 2013 à Bobo-Dioulasso à une série de communications en salle. Les échanges se sont déroulés sous la présidence du ministre burkinabè de la Recherche Scientifiques et de l’Innovation, Gnissa Isaïe Konaté. : « Le coton BT au Burkina est un long processus qui a commencé il y a dix ans. Les premières expérimentations que la recherche a menées remonte à 2003. Il y a un motif de satisfaction de voir aujourd’hui que d’autres pays de la sous-région s’y intéressent », a-t-il indiqué. Et de saluer la démarche du NEPAD à travers la présente initiative. « C’est une bonne initiative. Le NEPAD a été bien inspiré parce que, de plus en plus, nos organisations continentales et régionales devraient s’atteler à aider nos Etats à s’intégrer et à profiter des expériences des uns et des autres pour gagner du temps et de l’argent ».

Etaient entre autres au menu des échanges les communications suivantes :
-  Défis et sécurité en matière de biotechnologie en Afrique ;
-  Enjeux et harmonisation de la législation sur la biotechnologie
-  Expérience du Burkina en matière de recherche sur la biotechnologie ;
-  -Expérience de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB).

Ces communications ont été appréciées par les participants (représentants des gouvernements, parlementaires, producteurs, techniciens de la biosécurité). Agbo Komlan, député togolais : « Sur certains sujets il y a souvent des cachées pour nous députés parce que nous ne comprenons pas tous les contours. Dans ces cas, nous ne pouvons agir efficacement. Et cela peut expliquer le fait que nous soyons en retard au Togo sur cette question des biotechnologies. Mais, avec ce que nous recevons ici comme informations, nous pouvons faire bouger les choses à notre retour en travaillant à l’adoption de lois adaptées sur la question ».

Même appréciation positive chez son homologue burkinabè Assita Ouattara. « La rencontre nous permet de comprendre même les enjeux liés à l’utilisation des bio technologies parce que pour bien légiférer, il faut d’abord bien comprendre. En outre, nous devons comprendre cette question de biotechnologies qui suscite souvent des interrogations au sein de l’opinion pour mieux informer aussi la population », assure-t-elle.

Le Burkina Faso, faut-il le rappeler, fait partie avec l’Afrique du Sud, des pays les plus avancés sur les questions de biotechnologies sur le continent. Le Faso a révisé l’année dernière sa réglementation en la matière pour mieux en tirer profit au-delà de la culture du coton BT.

Grégoire B. BAZIE

Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 16 décembre 2013 à 15:16, par Amors
    En réponse à : Coton BT : Béninois et Togolais s’inspirent de l’expérience Burkinabè

    Les expériences chinoises et indiennes montrent également que l’intérêt immédiat des cultures Bt par rapport à l’utilisation des insecticides n’est qu’à court terme. En effet, si les pulvérisations d’insecticides sont devenues si importantes, c’est notamment du fait de l’adaptation des insectes prédateurs à ces insecticides. Or, que ces derniers soient pulvérisés ou produits directement par la plante, le phénomène d’adaptation est le même. Il n’y a pas de changement radical de pratiques culturales, donc les conséquences seront les mêmes... voire plus rapides dans le cas des pratiques transgéniques du fait d’une production en continu de l’insecticide par la plante...
    La seule solution, c’est une culture plus respectueuse de l’environnement, comme le coton bio, mais aussi la valorisation sur place en fabriquant nos tissus et nos vêtements plutôt que d’exporter notre coton pour enrichir les multinationales qui nous revendent ensuite leurs semences et leurs pesticides

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  • Le 16 décembre 2013 à 17:46
    En réponse à : Coton BT : Béninois et Togolais s’inspirent de l’expérience Burkinabè

    Vous ne parlez pas des zones refuge pour éviter les résistances. Sur 28 ha, ce monsieur aurait dû avoir 5 ou 6 ha en coton conventionnel. Bizarre, bizarre, vous ne trouvez pas pour une technologie soit disant aussi efficace. Pourquoi emmerdez le production avec des zones refuges ???
    Je crois que vous confondez revenus et recettes avec vos 5 à 6 millions par an. Le rendement est toujours le même que ce soit en coton conventionnel ou en coton Bt. Pour ce dernier, le coût des semences est multiplié par 10 ou 15 pour le plus grand bénéfice de Monsanto + le roundup comme désherbant, une vraie rente pour Monsanto.... et pollution garantie pour nos nappes phréatique. Merci Monsanto !

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  • Le 16 décembre 2013 à 17:49
    En réponse à : Coton BT : Béninois et Togolais s’inspirent de l’expérience Burkinabè

    Et, pourtant, il existe le coton biologique où on n’a pas de risques de s’intoxiquer et qui rapporte plus que le coton conventionnel ou le coton OGM pour le paysan qui peut sortir de sa pauvreté, sans s’endetter et être autonome en intrants chimiques. Cherchez l’erreur. Il y a de l’argent dans le coton pour les multinationales mais pas pour le paysan.

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  • Le 17 décembre 2013 à 09:18, par par bio
    En réponse à : Coton BT : Béninois et Togolais s’inspirent de l’expérience Burkinabè

    le coton bio a des conséquences incalculables pour la santé de nos populations appauvrissement des sols,tumeurs cancéreuses,contamination de la nappe souterraine conséquence a long terme comme la tension

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