Assimi Kouanda, secrétaire exécutif national du CDP : « A force de médire et mentir, on finit par être victime de ses propres turpitudes »

samedi 14 décembre 2013 à 00h30min

Né le 31 décembre 1956, il est historien de formation, titulaire d’un doctorat de 3e cycle en histoire obtenu à Paris, Panthéon-Sorbonne. Il débute sa carrière professionnelle en 1984 à l’université de Ouagadougou comme assistant au département d’histoire et d’archéologie. En 1989, il est inscrit sur la liste d’aptitude au fonction de maître assistant et deviendra le chef du département d’histoire et d’archéologie avant d’être nommé vice-doyen des affaires académiques à la faculté des langues, des lettres, des arts, des sciences humaines et sociales de l’université de Ouagadougou. Il serait l’un des meilleurs spécialistes de l’Afrique et du monde arabo-musulman.

Assimi Kouanda, secrétaire exécutif national du CDP : « A force de médire et mentir, on finit par être victime de ses propres turpitudes »

Assimi Kouanda, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a également un parcours politique impressionnant. Il fut maire de la commune de Nongr-Massom de 1989 à 1991 ; conseiller municipal de la ville de Ouagadougou de 1995 à 2000. L’homme a occupé le poste d’ambassadeur du Burkina Faso à Rabbat au Maroc et est actuellement ministre d’Etat, ministre chargé de Mission auprès de la présidence du Faso et directeur de cabinet du président Blaise Compaoré. Il s’est vu confié les rênes du parti au pouvoir, le CDP, à l’issue de son dernier congrès ordinaire tenu à Ouagadougou les 2,3 et 4 mars 2012.
Si pour ces détracteurs, celui qui semble bénéficier de l’entière confiance du chef de l’Etat n’est qu’« un arriviste », force est de reconnaître que le parcours professionnel et politique de l’actuel secrétaire exécutif national du CDP impose le respect. Il ne serait donc pas venu de nulle par comme veulent le faire croire certains. Assimi Kouanda aura été de bien de batailles politiques depuis son plus jeune âge à nos jours. Décrit comme un travailleur dévoué, un homme de paix et de compromis doté d’une grande sagesse, il sait cependant sortir de ses gongs et rendre coup pour coup lorsque les circonstances l’exigent.
Le 06 décembre nous l’avons rencontré et passé en revue des questions d’intérêt politique majeur touchant à la vie du CDP et du Burkina. Lisez plutôt !

HB : Comment se porte le CDP après son dernier congrès qui vous a porté à la tête de ce parti ?

Assimi Kouanda (AK) : Je remercie la rédaction du journal l’hebdo pour l’intérêt porté à la vie de notre parti, le CDP. Je vous rassure tout de suite que malgré les sautes d’humeur, les montages fantaisistes et les délations de toutes natures, souvent relayés par certains journaux de la place, le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) se porte très bien.

Le cinquième Congrès a donné à la Direction, une feuille de route que nous sommes en train d’exécuter. Les instances du parti se tiennent régulièrement, les sorties en province sont effectuées suivant le chronogramme établi, pour donner toutes les informations nécessaires à la base.

Je profite de cette occasion pour saluer une fois encore, l’engagement, le courage et la détermination de tous les membres du Secrétariat Exécutif National (SEN), qui s’investissent quotidiennement pour un fonctionnement efficient du parti et de ses nombreux cadres d’échanges, de réflexion et de débats.

Actuellement, le CDP s’organise et se prépare pour les élections partielles de février prochain dans les 7 communes et arrondissements où les conseils ont été dissouts.

HB : Le Vème congrès tenu en mars 2012 avait pris d’importantes décisions. Voulez-vous nous en rappeler les principales et surtout où en êtes-vous avec leur mise en œuvre ?

AK : Des principales conclusions issues du Vème Congrès ordinaire du Parti, nous pouvons retenir entre autres (i) le renforcement de la cohésion et de l’unité,(ii) la promotion de l’esprit d’ouverture, de dialogue et de camaraderie, (iii) la consolidation de l’action politique du parti à l’échelle provinciale et communale, (iv) une plus grande responsabilisation des jeunes et des femmes, (v) la victoire aux élections législatives et municipales couplées de 2012, (vi) le renouvellement des structures de base du parti.

Pour ces principales conclusions, je puis vous affirmer que la mise en œuvre se passe très bien. Certaines de ces recommandations ont été exécutées, d’autres sont en cours.

Cela s’illustre d’abord par la victoire effective remportée aux élections législatives et municipales couplées, les nombreuses sorties des membres du bureau politique et du SEN dans les régions, les provinces, les communes, les villages et secteurs, le démarrage du processus de renouvellement des structures, etc.

Toutes ces actions entrent dans le cadre d’une mise en œuvre efficace des conclusions du Vème Congrès.

HB : Les difficultés qui ont prévalu à la désignation de vos candidats pour les dernières élections couplées et qui ont fait des mécontents et des gorges chaudes sont-elles aplanies ?

AK : André Gide disait bien à propos que « tout choix est une élimination ». A sa suite, nous reconnaissons que tout choix est difficile et appelle un « non choix ». Le CDP est un grand parti avec de nombreux cadres compétents, disponibles et capables de représenter le parti dans toutes les sphères de décision. Il a donc fallu opérer des choix.

Certains de ceux qui n’ont pas été retenus, sont mécontents. C’est humain. Ce qui nous réconforte, c’est que dans l’ensemble, la compréhension a prévalu. La très grande majorité des militants ont privilégié l’intérêt supérieur du parti. C’est ce qui explique l’éclatante victoire aux élections.

HB : Ces derniers temps, le secrétariat exécutif national est accusé à travers certains écrits dans la presse de ne pas respecter ses propres textes. Que répondez-vous aux accusations portées contre vous ?

AK : Le CDP est un parti bien structuré, organisé et doté de textes clairs et précis, avec des cadres de débats internes connus par tout militant sincère, attaché aux idéaux et au renforcement du parti.

HB : Oui, mais pour nos lecteurs et vos nombreux militants dites-nous quelque chose, parce que après les tracts, vous avez un membre du BPN qui a signé de son identité.

AK : Le compte rendu de la réunion du SEN du 2 décembre 2013 diffusé dans les organes de presse indique que ce dossier a été confié à la Commission contrôle et vérification qui fera son travail conformément aux textes fondamentaux du parti.

HB : Il serait même question en quelque sorte de mainmise de François Compaoré sur le CDP. Qu’en est-il ?

AK : Ce genre d’accusation n’est pas nouveau. Ses auteurs qui sont toujours les mêmes visent des objectifs inavoués. L’équipe du SEN composée simplement de militants responsabilisés par le Congrès, ne fonctionne pas avec des logiques de main mise, de terreur intellectuelle, de mensonges et d’intrigues.

Elle privilégie le travail collectif, l’esprit de camaraderie pour renforcer la cohésion et l’unité du parti, et accompagner efficacement la mise en œuvre du programme du Président du Faso, Son Excellence Monsieur Blaise Compaoré.

HB : A lire le tract anonyme dont la presse a fait écho et l’écrit de M. Lankouandé, on se convainc qu’il y a des courants divergents qui traversent le CDP. Un commentaire ?

AK : Vous savez, les tracts rédigés par des anonymes, de même que les commentaires de petits copains démultipliés à travers la toile, avec de fausses identités, visent principalement à saper le moral, à désorienter, à démobiliser les militants sincères, en distillant les mensonges, les contre vérités et l’intoxication.

La Direction politique du CDP est bien avisée de ces méthodes et pratiques propres aux individus et groupes de personnes à court d’arguments convaincants. Le CDP est une formation politique dont la grandeur avérée se fonde sur un parterre de cadres compétents, engagés et à même d’animer un débat interne riche par la diversité des vues, et convergent par la profondeur des analyses et des conclusions.

Indépendamment de la question en rapport avec le parti, il faut remarquer que les sociétés démocratiques sont fondées avant tout sur le respect des individus et des groupes multiples qui tantôt collaborent, tantôt s’opposent. Elles sont donc confrontées au défi du pluralisme et à des revendications de plusieurs natures politiques, économiques, sociales et culturelles. En théorie, cette diversité peut amener à renoncer à un ordre parfait élaboré en fonction d’un seul critère. Mais la réflexion sur les formes de régulation et les types de compromis permettant le vivre pacifiquement ensemble est utile car elle débouche sur la nécessité d’un dialogue permanent pouvant aboutir à une forme de construction politique de la différence fondée sur le respect et la reconnaissance mutuelle de l’autre.

HB : On dit aussi que vous avez traité des burkinabè d’étrangers, et que vous avez été hué à la mosquée. Qu’en est-il exactement ?

AK : Lors de la marche pour la paix au Burkina Faso organisée par le Front républicain le 6 juillet 2013, j’ai livré publiquement à la Place de la Nation devant des milliers de personnes, le message du CDP dans lequel il n’a jamais été question « d’étrangers », mais d’anciens ministres du Président Blaise Compaoré, reconvertis en politiciens opposants, longtemps hors du territoire national et insuffisamment imprégnés des préoccupations réelles des populations. Cette intervention écrite ainsi que nos enregistrements sont conservés dans nos archives.

L’honnêteté intellectuelle et la rigueur professionnelle que certains bafouent allègrement, doit être de mise à tous les niveaux et surtout dans les métiers nobles. Ceux qui ont voulu déformer le contenu de mon intervention pour des raisons qui leur sont propres, ne pourront nullement tromper le peuple qui connait tous les acteurs politiques.

A force de déformer, transformer, tronquer, médire et mentir, on finit toujours par être victime de ses propres turpitudes, car Dieu aura ôté sa généreuse protection.
Je profite de l’occasion pour adresser mes remerciements à tous ceux et à toutes celles qui sont intervenus dans les médias et dans d’autres endroits, afin de rétablir la réalité et la vérité dans ces deux affabulations.

Il faut également respecter les fidèles venus accomplir une obligation religieuse. A titre d’information, je vous rappelle, que dans les mosquées, on glorifie Allah en toute circonstance. Applaudir, huer, insulter sont des actes proscrits. Ils le sont davantage au cours du mois béni de ramadan, particulièrement dans la dernière décade considérée comme une période de piété revigorée et de quête intense de l’agrément divin.

On peut donc se demander si c’est l’ignorance ou l’islamophobie qui sous tend la pensée et l’action des auteurs de ces différents montages.
Dans tous les cas, le peuple n’est pas dupe.

HB : Il y a une sorte d’immobilisme sur la question du Sénat. Quelle est la position du CDP à l’heure actuelle ?

AK : L’Assemblée nationale a voté la loi portant révision de la Constitution qui confirme le Sénat comme une institution de la République. Il n’y a donc pas d’immobilisme. Les concertations se poursuivent et la mise en place du Sénat reste inscrite dans le programme quinquennal du Président du Faso, en tant que moyen de consolidation de la démocratie et d’élévation de la qualité des lois dans notre pays.

HB : Le débat sur l’article 37 est toujours sur la table et les positions tranchées. Pouvez-vous nous rappeler la position du CDP sur le sujet ?

AK : Sur la question de l’article 37, le 4ème Congrès du CDP a dégagé la position du parti qui est celle de sa révision. Cette position toujours en vigueur au CDP, est bâtie sur l’argumentaire selon lequel, d’une part on n’a pas besoin de clause limitative pour aboutir à une alternance, et d’autre part, l’article 37 ne figure pas parmi les articles non révisables de la Constitution du Burkina Faso.

HB : 2015 ce n’est plus loin. Quelles actions futures comptez-vous entreprendre afin de défendre vos positions sur le sujet ?

AK : L’éloignement et la proximité de 2015 sont des considérations qui restent probablement relatives et fonctions des ambitions et des préoccupations. Si les uns s’attèlent à mettre en œuvre le programme quinquennal du Président Blaise Compaoré, et à réaliser les engagements qu’il a pris avec le peuple, d’autres sont très pressés de montrer leur pseudo popularité. Dans tous les cas, les citoyens honnêtes constatent le bilan largement positif, les progrès et la paix qui règne au Burkina depuis plus de deux décennies. Le peuple qui connait bien tous les acteurs du champ politique, les prétendants déclarés et non déclarés, tranchera au moment venu.

HB : Vous êtes également le directeur de cabinet du président du Faso. Vous qui êtes aussi l’actuel patron du CDP et certainement dans le secret des dieux, quelle est la position du principal intéressé sur la question ?

AK : Je ne me considère pas comme le patron du CDP, mais plutôt comme un camarade que le 5ème congrès a responsabilisé à l’intérieur d’une équipe pour assurer la coordination des activités du Parti. Et, en croyant, j’ai foi en l’assistance du Tout-Puissant dans la conduite de la mission.

Quant à la position du Président du Faso, prenez patience, quand il en parlera vous serez informés.

HB : Peut-on penser d’ici là à l’organisation d’un référendum pour trancher définitivement la question de la révision ou pas de l’article 37 de la constitution ?

AK : Lorsque les acteurs politiques n’arrivent pas à s’accorder sur une question aussi importante que celle de la révision ou de la non révision de l’article 37 de la constitution, il importe de continuer le dialogue et la concertation. Le recours au verdict des urnes par le choix de la volonté des citoyens est à la fois légal et démocratique. Il faut éviter de faire croire à nos compatriotes que seule la démocratie à éclipse qui fait seulement appel aux citoyens uniquement pour les élections présidentielles, législatives et municipales, selon un échéancier préétabli, est bonne. Le recours au peuple souverain et au respect de sa volonté pour des questions d’importance et d’intérêt national, doit être fréquent sinon, on finit par le mettre à l’écart de la décision.

HB : Dans quelques jours auront lieu les obsèques du Président Nelson Mandela. Quels sont vos sentiments ?

AK : Le CDP a adressé à l’ANC et au peuple sud-africain, un message de condoléances et a rendu hommage au combat de l’illustre disparu pour une humanité de liberté et de solidarité. Je salue tous les patriotes sincères et tous les progressistes de notre pays, car ils ont soutenu et appuyé la lutte du Président Mandela contre l’apartheid et contribué à enraciner au Burkina Faso, le refus de l’injustice, de la pensée unique et de toute domination. En baptisant une grande avenue et un grand établissement de notre capitale du nom de cette icône, le peuple burkinabè à sa manière avait déjà immortalisé le Président Mandela.

HB : Avez-vous un dernier mot ?

AK : J’adresse mes vœux de bonheur, de santé et de bonnes fêtes de fin d’année à l’ensemble des militantes, militants, sympathisants et électeurs du CDP. Je souhaite une bonne santé aussi à nos adversaires politiques et prie Dieu de continuer à nous élever au dessus d’eux. J’invite l’ensemble des militants, des sympathisants et les électeurs du CDP à se mobiliser à nouveau pour renouveler leur confiance, leur soutien et apporter toujours leur contribution à la victoire de notre parti aux prochaines élections municipales partielles et les autres consultations électorales à venir.

Angelin Dabiré

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