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Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

Accueil > Actualités > Culture • • mercredi 4 décembre 2013 à 05h37min
Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique :  Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

Joseph Ki-Zerbo nous a quittés le 4 Décembre 2006. A l’occasion du 7ème anniversaire de son décès, nous nous intéressons à son œuvre léguée pour un véritable développement de l’Afrique, qu’il a présentée comme étant le Berceau et l’Espoir de l’Humanité.

Le legs de Joseph Ki-Zerbo contenu notamment dans ses six livres posthumes publiés par la Fondation qui porte son nom : « Repères pour l’Afrique » en 2007 ; « Histoire critique de l’Afrique » en 2008, « Regards sur la société africaine » en 2009, « A propos de culture » en 2010, « Education et développement en Afrique : cinquante ans de réflexions et d’action » en 2010, et « Réflexions sur le développement » en 2012, ainsi que dans l’édition de 2013 de « A quand l’Afrique ? » est disponible à Ouagadougou (notamment au Centre de Documentation de la Fondation Joseph Ki-Zerbo pour l’Histoire et le Développement Endogène de l’Afrique : http// :www.fondationki-zerbo.org / 226.50.45.00.81). Il est proposé en partage, notamment aux chercheur(e)s pour murir la réflexion contemporaine pour un développement véritable et authentique de l’Afrique.

« On ne développe pas, On se développe ». Cette devise de Joseph Ki-Zerbo est loin d’être un slogan creux, bien qu’étant une brève formule, elle est frappante et lancée pour propager une idée, mais aussi soutenir l’action. Il s’agit d’une des plus brèves formules de Joseph Ki-Zerbo qui ont un sens symbolique mais fort, puisqu’elles expriment une pensée, un sentiment, une règle de vie et de conduite.

Joseph Ki-Zerbo fait remarquer que la réduction de la dépendance en matière de technologie ne sera possible que si les Africain(e)s multiplient les efforts, font le « pas décisif » pour adapter les technologies savamment créées par les générations qui nous ont précédées. Cette aptitude à améliorer les technologies endogènes et à en créer de nouvelles répondant aux problèmes et besoins actuels doit remplacer la capacité à s’endetter et à consommer les productions d’autrui.

Il met en garde celles et ceux qui pourraient penser que les techniques sont neutres, qui négligent notre patrimoine de savoirs et de techniques, renoncent à être des conquérants de l’esprit scientifique et préfèrent recevoir et consommer des gadgets et recettes venant d’ailleurs.

C’est cette idée qui est contenue dans le proverbe africain : « Dormir sur la natte des autres, c’est comme si l’on dormait parterre » et qui est le sous-titre d’un livre consacré au développement endogène écrit sous la direction de Joseph Ki-Zerbo. Le véritable défi c’est de rester éveillés, en alerte ; car « Nan laara an Saara » en dioula, langue nationale du Burkina Faso : « Si nous nous couchons, nous sommes morts ».

« C’est par son « être » que l’Afrique pourra vraiment accéder à l’avoir. À un avoir authentique ; pas à un avoir de l’aumône, de la mendicité. Il s’agit du problème de l’identité et du rôle à jouer dans le monde. Sans identité, nous sommes un objet de l’histoire, un instrument utilisé par les autres : un ustensile. Et l’identité, c’est le rôle assumé. »

Pour que ce développement soit effectif, Joseph Ki-Zerbo invite les Africain (e)s à s’interroger et apporte des éléments de réponse notamment dans son livre « A quand l’Afrique ? » réédité en 2013 :

Où va notre Afrique ? Où allons-nous ? Où devons-nous et pouvons-nous aller ?
Où voulons-nous aller ? Que voulons-nous devenir ?
Mais tout d’abord : Qui sommes-nous ?  :

Quels moyens ? C’est la question finale et non la première et non l’unique.

Le premier moyen disponible, ce sont les Africain (e)s qui depuis des millénaires ont « généré et élevé jour après jour ce continent en puisant presque uniquement dans leurs propres réserves. » Il faut constituer d’urgence le patrimoine africain, capitaliser les savoirs et techniques.

Joseph Ki-Zerbo recommande de faire un bilan des « savoirs paysans » des « savoirs accumulés ». Ce travail de fourmis et titanesque a commencé. Des chercheurs ont établi des nomenclatures de termes scientifiques africains en matière de botanique et sciences vétérinaires. Il en a été de même pour les méthodes autochtones de conservation de graines. Cependant, les stocks de connaissances sont en voie de disparition.

Les savoirs endogènes de l’Afrique (relatifs aux sols, à la biodiversité, à la nutrition, à la médecine vétérinaire) doivent être davantage répertoriés, documentés et disséminés à travers le continent.

Selon Joseph Ki-Zerbo, il y a des positions stratégiques à tenir. La culture n’est pas un objet de consommation à exhiber au cours des festivals aussi prestigieux qu’il soit. C’est une ressource, une source, une énergie autogénérée.

Des actions s’imposent :

1. Il faut d’abord « réactiver l’initiation en relayant les schémas traditionnels à travers des dispositifs actualisés de dialogue entre jeunes et vieux, citoyens d’ethnies et Etats différents ; »

2. Il est indispensable de « se connaître mutuellement «  : il faut éviter de renoncer à des savoirs-faire, des découvertes qui sont à portée de main par simple ignorance ou mépris de soi et des autres Africains.

3. Il faut des pôles d’excellence vivants, pouvant être des centres de formation et d’exhibition du savoir-faire de nos créatrices et créateurs (telle que la cérémonie annuelle des Koras pour la Musique, le Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou - SIAO. Joseph Ki-Zerbo propose par exemple une foire panafricaine de la nutrition qui mettre en lumière la richesse multiforme de l’Afrique et la capacité qu’elle a de trouver en elle-même les ressources pour produire et se reproduire.

4. Il faut enfin « conjuguer et marier les identités », le savoir-être et le savoir-faire.

L’Afrique doit être responsable. Elle doit inventer. Il est évident que l’industrialisation ne peut être octroyée à l’Afrique par un don des pays industrialisés qui tire satisfaction de l’actuelle division internationale du travail. Il faut aller au-delà de l’autosuffisance alimentaire vivement recommandée aux Africains.

Selon Joseph Ki-Zerbo, « l’agro-industrie doit être une des réponses à ce défi. » Ce travail est en cours. Pour preuve récente, l’organisation des Journées de l’Agro-Alimentaires ) à Ouagadougou du 25 novembre au 04 décembre 2013 organisées par la Fédération Nationale de l’Industrie Agro-Alimentaire du Burkina (FIAB) ayant pour défis notamment la valorisation de la recherche et l’émergence de petites et moyennes entreprises ou industries prospères et durables. Il faut poursuivre ce travail sans relâche en impliquant le maximum de personnes-ressources, de toutes disciplines, de toutes générations, de tous horizons au-delà des frontières officielles de nos pays, dans le cadre des nouvelles frontières de référence, celles de l’intégration régionale.

La science n’évoluera que lorsque les chercheurs de toutes disciplines sortiront des « ghettos micro-nationaux » et auront des rapports entre eux. « Car la recherche scientifique avance par … l’obtention d’une masse critique de matière grise en dessous de laquelle rien de décisif ne se passe. » Il faut coaliser les savoirs.

Nous avons des créneaux porteurs, surtout au niveau des industries culturelles. Nous avons les chercheurs, les inventeurs, les producteurs, les créateurs en matière de musique, de danse, des arts plastiques, du théâtre, de la vie en commun, de la convivialité, de la prise en charge des plus faibles, du management originel de l’environnement, du rapport à la santé … de la gestion des conflits,…En matière juridique et économique, il existe des formes d’organisations traditionnelles pratiquées par plusieurs ethnies d’Afrique.

Joseph Ki-Zerbo met en exergue l’importance des langues et de l’écriture. Nous devons non seulement apprendre aux sages africains à écrire, mais aussi apprendre nous-mêmes à écrire nos langues, afin que nous puissions nous retrouver tous. « La lente asphyxie des langues africaines serait dramatique, ce serait la descente aux enfers, pour l’identité africaine. » Le savoir endogène doit en effet constituer un point de départ et un point de retour pour contrôler le processus du développement.

Il montre que dans les cultures africaines se trouvent depuis toujours les ferments d’une autre société, qu’il faut partir des traditions pour penser et construire un avenir. Il faut donc se connecter ou rester connecté aux valeurs culturelles, aux savoirs de l’Afrique.

En conclusion, paraphrasant Joseph Ki-Zerbo, nous rappelons que le « développement clés en mains » n’existe pas. Le seul développement possible est le « développement clés en têtes ».

Il nous faut donc, « Creuser les puits d’aujourd’hui pour les soifs de demain ».
Découvrons donc ou redécouvrons le message-testament de Joseph Ki-Zerbo adressé à la jeunesse africaine, mais au-delà à tous les fils et filles de notre cher continent qu’il a présenté comme Berceau et Espoir de l’Humanité, car : « …La convocation d’un présent médiocre ou calamiteux comme témoin à charge contre nous, peut mettre en doute notre passé et mettre en cause notre avenir. C’est pourquoi chaque Africaine, chaque Africain doit être, ici et maintenant, une valeur ajoutée. Chaque génération a des pyramides à bâtir ».

Me Françoise Ki-Zerbo


A voir aussi :

Semaine du Professeur Ki-Zerbo

Dans le cadre de la Semaine du Pr Ki-Zerbo, la Génération Joseph Ki-Zerbo (GJKZ)
Organise un thé-débat au Centre National de Presse Norbert Zongo le mercredi
4 décembre 2013 à 18 h 30 sous le thème : « La jeunesse face aux crises socio-politiques en Afrique’’.

Le rencontre se veut un cadre d’échanges entre tous les jeunes qui veulent apporter leur contribution au développement du continent africain.

Vos commentaires

  • Le 4 décembre 2013 à 07:49, par El Hadj YANOGO En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    Nous saluons la mémoire de ce digne fils d’Afrique ! Que son âme repose en paix !

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  • Le 4 décembre 2013 à 08:09, par ouedassi En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    QU’ATTEND LE POUVOIR POUR DENOMMER L’UO UNIVERSITE JOSEPH KI-ZERBO ? LE PREMIER MINISTRE, LES MINISTRES EN CHARGE DES ENSEIGNEMENTS, EN CHARGE DE LA RECHERCHE, EN CHARGE DE LA CULTURE, EN CHARGE DE ... EXCEPTE EN CHARGE DE LA DEFENSE SONT INTERPELLES.

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  • Le 4 décembre 2013 à 08:36, par ouedassi En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    QU’ATTEND LE POUVOIR POUR DENOMMER L’UO UNIVERSITE JOSEPH KI-ZERBO ? LE PREMIER MINISTRE, LES MINISTRES EN CHARGE DES ENSEIGNEMENTS, EN CHARGE DE LA RECHERCHE, EN CHARGE DE LA CULTURE, EN CHARGE DE ... EXCEPTE EN CHARGE DE LA DEFENSE SONT INTERPELLES.

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  • Le 4 décembre 2013 à 09:29, par Jeunesse consciente du BF En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    Repose en paix Ki-Zerbo, tu as joué ta partition très honorablement. Nous sommes fier de toi et allons essayer de suivre ton chemin.

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  • Le 4 décembre 2013 à 09:50, par Salaka En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    Hommage à KI Zerbo. Ce grand homme d idée pouvait sauver le Burkina mais imposible sous ce regime. Il tente de suprimer son histoire mais grace à ses oeuvres et son idéologise il demeure toujours. Paix à son âme. La jeunesse suit tes pas car tu es inoubliable.

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  • Le 4 décembre 2013 à 09:54, par nts En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    Lire le Pr. Ki Zerbo est un véritable dîner, pas pour s’empiffrer de bouffe mais pour nourrir son tapis cérébral. Mais comment inviter l’Afrique à la conquête du monde si on lui apprend pas le danger et le risque, seuls gages d’une auto-promotion à long terme. Nos ancêtres nous ont habitués à vivre en harmonie avec la nature, et il nous ont enseigné l’humilité à outrance. En soi ce n’est pas pas très mauvais mais son application systématique peut jeter la boue sur les capacités à inventer, à créer, à imaginer, à avancer, à transformer...un équilibrage s’impose donc car la culture africaine n’est pas une culture agressive et conquérante, elle est plus humaine c’est peut être ce qu’il faut revoir et s’adapter aux réalités du monde contemporain.

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  • Le 4 décembre 2013 à 10:36, par RV En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    Repose en paix Grand Homme.
    Il faut lire ses livres pour comprendre que le Burkina Faso a gâché sa chance.

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  • Le 4 décembre 2013 à 11:05, par Jeunesse consciente du BF En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    Repose en paix Ki-Zerbo, tu as joué ta partition très honorablement. Nous sommes fier de toi et allons essayer de suivre ton chemin.

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  • Le 4 décembre 2013 à 11:30, par Carlos En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    Très bel article . Merci Me Françoise Ki-Zerbo pour ce partage. le Pr, un vrai monument....

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  • Le 4 décembre 2013 à 14:31, par dao En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    le professeur Ky Zerbo est immortel !

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  • Le 5 décembre 2013 à 12:21, par SOME En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    Certes le Pr ki zerbo est un intellectuel mais il y a un hic, un gros hic meme…. Son parcours ideologique et ses prises de position n’ont pas ete a la hauteur de ce qu’on etait en droit et meme en devoir d’attendre d’un personnage comme lui. Il s’est tout simplement etre un opportuniste un equilibriste qui a surfé sur sur son titre pour se fabriquer son nom sans reellement porter dans son cœur (et dans les faits donc) la realité de ses idees.
    Pour avoir ete le premier africain agregé en histoire, mais à quoi cela lui a servi en realité : se faire bien voir des occidentaux et se lancer en politique sans en a voir vraiment les capacites. Etre intellectuel n’implique pas automatiquement s’y connaître en politique et inversement ne pas etre intellectuel ne disqualifie pas de la politique, meme si l’intellectuel dispose d’un large avantage. Mais ce qui fera la difference c’est l’engagement face a l’avenir de son peuple en particulier et plus exactement des causes humaines en general. En cela je doute fort des vraies motivations du Pr ki zerbo qui s’est revelé etre un intellectuel de pacotille qui n’a pas reellement servi les peuples africains malgré les discours qu’il tenait. JE NE PEUX PAS ACCEPTER QUE DANS SA POSITION, KI ZERBO N’AIT JAMAIS SOUTENU ACTIVEMENT ET REELLEMENT DANS LES FAITS LA POSITION DU Pr CHEIKH ANTA DIOP SUR L’HISTOIRE DE L’AFRIQUE. Il connaît l’importance de l’histoire et pire pour un peuple comme l’afrique. Cette position peut etre comprehensible mais est inadmissible. Cela fait tache un peu chez un intellectuel. Mais cela est coutume chez les intellectuels africains et c’est pourquoi l’afrique est restée si en retard malgré ses intellectuels
    SOME

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  • Le 29 septembre 2014 à 19:28, par François MAUGIS En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    Bonjour,

    Voici un texte inédit que je viens de rédiger sans connaître Joseph KI-ZERBO.
    Sans le savoir, j’avais en tout cas choisi le même titre que lui.
    Ce texte représente l’intime conviction d’un citoyen du monde blanc de 73 ans que je suis.
    J’ai eu la chance de connaître l’Afrique à l’age tendre de 14 ans, une chance sans doute de mieux comprendre les choses par instinct :

    962 Cap d’Agde le 2 septembre 2014.
    xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

    L’âme africaine, berceau et avenir de l’humanité ?

    J’ai longtemps souffert du mépris que nous, les hommes blancs, avons trop souvent pour les hommes noirs. A côté de cela, je jubilais devant leurs succès sportifs et certaines vérités ou révélations glanées au cours des ans dans mes lectures « Le sang de tous les hommes est rouge » ou « L’Afrique noire est le berceau de l’humanité » ou encore le fait que certains cadres des armées arabes (les Sarazins) qui ont envahi la France jusqu’à Poitier, étaient des noirs. Et je ne parle pas de certains royaumes africains qui, avant l’arrivée des blancs, avaient atteint un degré de civilisation qui, encore aujourd’hui, étonne et surprend ou le fait que les premiers pharaons d’Egypte étaient noirs.
    Mais c’est une réflexion plus globale et plus profonde sur l’origine de l’humanité et son évolution, qui apporte pour moi un point final à tout jugement négatif sur les blacks. A la lumière des plus récentes découvertes scientifiques sur l’histoire des hominidés, il semble se confirmer que le passage de l’animal à l’homme, se situe bien en Afrique tropicale. Or, cette lente et progressive hominisation serait intervenue au cours d’une longue période de dérèglement climatique. Au cours de cette période, l’animal, confronté à de grandes difficultés et à des problèmes de survie, a été contraint d’évoluer. Sa nourriture habituelle se faisant rare, notre très lointain ancêtre fut contraint de modifier son alimentation et ses comportements. Puis, l’apparition d’un grand désert (le Sahara) coupa l’Afrique en deux parties. Certains pré-hominidés furent chassés vers le Nord, les autres purent rester dans leur milieu d’origine. Stressés par des conditions climatiques défavorables, les hommes du Nord ont fui dans toutes les directions pour retrouver le soleil. Cette quête désespérée du bonheur les a amenés au bout du Monde mais la plupart n’ont jamais retrouvé leur monde d’origine. Alors, ils ont inventé mille stratagèmes pour retrouver le bonheur et la paix, en vain. Le peuple d’Israël et bien d’autres illustre de façon dramatique cette histoire des hommes du Nord que toute sagesse a aujourd’hui quitté. Seule l’âme africaine, lorsqu’elle n’a pas été totalement polluée par les hommes du Nord, a gardé les pieds sur terre. Il n’est jamais bon d’aller trop vite. Cela semble bien une loi universelle du monde vivant. La crise mondiale actuelle serait donc une conséquence de cette précipitation. La course saisonnière vers le soleil, l’amour de la peau bronzée, le succès des rythmes africains, le développement des voyages et des échanges, tout cela me paraît cependant positif. Si les hommes du Nord ne détruisent pas l’âme africaine, il peuvent peut-être encore espérer retrouver un jour un nouveau rythme de vie plus favorable. « Il faut tout un village pour élever un enfant » voici bien une manifestation de cette sagesse africaine. L’amour appelle l’amour et la femme blanche voit de plus en plus dans la sensualité du corps et dans la pureté de l’âme noire, un nouvel horizon, un avenir plus radieux et réciproquement pour ce qui concerne les rapports entre l’homme blanc et la femme noire. On le dit souvent, l’avenir de l’humanité c’est le métissage (les Africains préfèrent parler d’ouverture) mais je ne suis pas sûr que l’on ait mesuré que ce métissage là, est la dernière chance de l’humanité de se remettre sur les rails d’une évolution plus raisonnable. Ce qui me séduit dans l’âme africaine authentique, c’est cette proximité avec la Nature et la Terre nourricière. Chez les Africains, même les plantes ont une âme. En allant trop vite en besogne, les hommes du Nord ont conquis le Monde, c’est vrai, mais ils ont perdu l’essentiel. Ils ont perdu cette conscience du vivant, cet attachement aux valeurs les plus profondes et les plus authentiques que sont l’amour de la vie, l’instinct de survie. Un peu par accident, la dernière espèce animale apparue sur Terre, est l’hominidé. Mais l’histoire de la vie nous apprend que l’adaptation au milieu, l’évolution, la stabilité d’une espèce, tout cela prend du temps et le temps ne pardonne pas ce qui se fait sans lui. Oui, les Africains sont en retard par rapport aux hommes du Nord. Et alors ? Mon sentiment est que les Africains sont dans le bon tempo de l’évolution des espèces. Nous, les hommes du Nord, avons déréglé notre machine évolutive. Nous avons pété les plombs et risquons l’asphyxie et la mort si nous ne mettons pas un bémol à notre schizophrénie consumériste de développement, de production, de vitesse et de complexité. Se rattacher comme des désespérés aux vraies valeurs de l’âme africaine, est probablement une solution pour sauver l’humanité tout entière. Les sociétés africaines authentiques nous apportent la chaleur humaine que l’on peut opposer à notre indifférence et notre mépris. Elles nous apportent la convivialité pour lutter contre notre égoïsme, l’instinct et la spontanéité pour lutter contre nos calculs bien souvent sordides. En opposant liberté du corps et de l’esprit à nos contraintes et nos frustrations, en opposant son naturel à notre propension à l’artificiel, en opposant sa sensibilité à notre tripotage cérébral, en opposant sa simplicité à notre complexité, l’âme africaine va devenir un modèle à suivre.
    La France est aujourd’hui dirigée par le dernier quarré des hommes fermés, repliés sur des valeurs aujourd’hui dépassées. Or, une société repliée sur elle-même n’a pas d’avenir. Le comprendrons-nous assez tôt pour éviter notre disparition ?

    François MAUGIS
    Président de l’association Energie Environnement
    Membre du Conseil économique, social et culturel du Parc national de la Réunion
    45 bis chemin des Pruniers - 97490 Ste CLOTILDE
    Ile de La Réunion (France DOM)
    Tel : 0262 13 18 25 - GSM : 0692 12 19 77
    A l’international : + 33(0)262131825 – GSM : + 33(0)692121977
    E mail : energie.environnement@wanadoo.fr

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    Le Quotidien 22 sept. 2014.

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  • Le 1er août 2017 à 11:07, par yeo gnenegafolo fousseni En réponse à : Le plaidoyer de Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique : Savoirs endogènes et positions stratégiques pour l’auto-développement

    bonjour, je suis un jeune étudiant ivoirien je travaille sur ki-zerbo je suis à l’université Alassane Ouattara de Bouaké ; je voudrais avoir si possible toutes les oeuvres ce messie merci

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