Professeur Joseph Youssouf Drabo : « Le diabète est un état de dysfonctionnement le plus souvent irréversible ».

lundi 25 novembre 2013 à 23h42min

Le mardi 19 novembre 2013, nous sommes allés à la rencontre du Professeur Joseph Youssouf Drabo, en poste au service de médecine interne au centre hospitalier universitaire Yalgado Ouédraogo (CHU YO). Avec lui, il a été essentiellement question du diabète : les facteurs à risque, les complications, les traitements… Entretien.

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Professeur Joseph Youssouf Drabo : « Le diabète est un état de dysfonctionnement le plus souvent irréversible ».

Lefaso.net : Qu’est-ce que le diabète ?

Pr. Joseph Youssouf Drabo : Le diabète sucré se définit comme étant l’augmentation anormale du taux de sucre (glucose) dans le sang de façon permanente. Chez un sujet normal, l’organisme régule le taux de sucre.

L’alimentation apporte nécessairement du sucre qui est une source d’énergie pour le corps humain. L’insuline, substance secrétée par l’organisme permet au sucre d’être utilisé comme source d’énergie. Et chez certains individus, la sécrétion d’insuline est soit absente soit insuffisante ou les deux à la fois. Ce qui fait que le sucre n’est pas utilisé correctement et s’accumule. Et c’est cela qui définit l’état de diabète.

Vous parlez de diabète sucré. Y a-t-il d’autres types de diabète ?

Tout à fait. En général, quand on parle de diabète c’est qu’il s’agit du diabète sucré. Cependant, il existe d’autres types de diabète comme le diabète insipide (qui est une élimination exagérée d’eau due à l’absence d’une hormone). Nous rencontrons très rarement ce type de diabète.

Quelles sont les causes principales du diabète ?

Il existe certaines affections qui peuvent être responsables du diabète. Mais ce ne sont pas les situations les plus fréquentes. En effet, dans la majorité des cas, nous ne connaissons pas les causes exactes du diabète, nous ne connaissons que les facteurs favorisants.

Quelles sont donc les situations qui peuvent conduire au diabète ?

Beaucoup de situations peuvent conduire au diabète. Par exemple, quelqu’un qui a une maladie du pancréas (organe qui secrète l’insuline), lorsque ce pancréas ne fonctionne pas normalement, il peut survenir un diabète. C’est le cas des pancréatites (inflammation du pancréas), du cancer du pancréas…

Aussi avons-nous certaines maladies endocriniennes (les glandes) comme celles des glandes surrénales qui, lorsqu’elles fonctionnent exagérément peuvent être à l’origine d’un diabète sucré. Des médicaments peuvent également induire un diabète sucré.

Notons que tout ceci ne représente pas plus de 1% des cas de diabète. Dans la majorité des cas, on ne détecte pas de cause liée au diabète. Mais il existe des facteurs prédisposants.

Quels sont les facteurs prédisposants ?

Le diabète survient lorsque deux facteurs sont réunis. Nous avons le facteur lié à l’hérédité et le facteur environnemental.

Le facteur héréditaire c’est ce que l’on reçoit de ses parents : une susceptibilité à développer le diabète. Quant au facteur environnemental, nous avons les agressions liées à des virus ou à des toxines ou les facteurs alimentaires qui prédisposent à l’obésité qui est l’un des facteurs favorisants le plus important du diabète de type 2.

Il existe deux grands types de diabète. Il y a le diabète du sujet jeune (surtout de l’enfant) qui est un diabète lié à la destruction du pancréas par les anticorps. L’appellation retenue à ce niveau, c’est le diabète de type 1. Dans ce type de diabète, l’organisme ne fabrique pas d’insuline. De sorte que pour le traiter, on est obligé d’apporter de l’insuline par voie injectable à l’organisme. Le diabète de type 1 représente environ 5% des cas de diabète diagnostiqués.

Les 95% autres cas sont constitués par le diabète de type 2 qui lui survient chez le sujet âgé, qui a le plus souvent un excès de poids et souvent une prédisposition liée à son ascendance familiale.

Pourquoi s’intéresse-t-on de plus en plus au diabète ?

Aujourd’hui, deux raisons principales font qu’on s’intéresse au diabète : l’ampleur de la maladie et son corollaire de conséquences. Concernant l’ampleur du diabète, selon les dernières estimations il y aura plus de 500 millions de diabétiques dans le monde dans 20 ans. Donc une explosion des cas de diabète (une augmentation prévue de 55% dans 20 ans).

Ce qui est alarmant, c’est que cette augmentation sera plus importante dans les pays en développement que dans les pays développés (110% en Afrique). Cela s’explique par le fait que notre mode de vie s’occidentalise et donc nous sommes en train de rattraper les pays développés.

L’explosion de la maladie pose le problème des conséquences y relatives. Le diabète est une maladie silencieuse qui souvent est diagnostiqué quand il y a des complications. Nous avons les complications aigues mortelles (comas et infections) pouvant être responsables rapidement de décès en l’absence de traitement. Mais ce qui est le plus préoccupant, ce sont les complications chroniques.

Quelles sont les conséquences liées au diabète ?

Les conséquences sont nombreuses. L’impact financier est très important pour les patients. Les soins quotidiens (prise régulière de comprimés et/ ou les injections) ainsi que le régime alimentaire coûtent très chers. Lorsque surviennent les complications leur prise en charge renchérit ce coût. Par exemple, une séance de dialyse a un coût très élevé (60 000 F CFA). Certains patients pouvant nécessiter deux séances par semaine.

Sachez par exemple qu’une personne sur deux aux USA qui fait une dialyse est diabétique. De même en Europe, plus de la moitié des personnes aveugles le sont du fait du diabète. Ensuite, plus de la moitié des gens qui sont amputés du pied le sont du fait du diabète. On peut ajouter aussi les complications des vaisseaux (qui favorisent les accidents vasculaires cérébraux), les complications oculaires (qui entraînent une cécité), les complications rénales, neurologiques…

Le diabète entraîne de nombreuses complications s’il n’est pas diagnostiqué tôt. Ce sont autant de raisons qui justifient que de nos jours on en parle de plus en plus.

Peut-on guérir du diabète ?

En général quand le diabète est installé, il ne se guérit pas mais il peut être contrôlé s’il est détecté tôt. En effet, le diabète n’est pas une maladie infectieuse où il y a un microbe qu’on va traiter et faire disparaître. C’est un état de dysfonctionnement qui est irréversible. Cependant, si on arrive à équilibrer le taux de sucre dans l’organisme, on peut éviter les complications ou les retarder.

Quels traitements faut-il pour retarder les complications du diabète et équilibrer le taux de sucre dans l’organisme ?

Le traitement du diabète fait appel à trois principes. Nous avons premièrement, les règles hygiéno-diététiques. Elles consistent à faire en sorte que le diabétique ait une hygiène de vie qui lutte contre les facteurs de risque et qu’il ait une alimentation équilibrée (avec l’aide d’un diététicien).

Ensuite, nous avons les médicaments (comprimés et injections). Pour le diabète de type 2, on peut prescrire les comprimés et/ ou les injections. Pour le diabète de type 1, les comprimés ne fonctionnement malheureusement pas. Ce sont les injections d’insuline qui sont indiquées.

Le troisième moyen, c’est l’activité physique qui permet de lutter contre l’excès de poids

Disposez-vous de chiffres concernant le nombre de diabétiques au Burkina ?

Selon la fédération internationale du diabète (FID), environ 3 à 4% de la population adulte est concernée par cette maladie. Mais d’ici mars 2014, nous aurons des chiffres exacts du Burkina Faso car le ministère de la santé travaille actuellement dans ce sens.

Nous remarquons également qu’en Afrique, les zones urbaines sont plus touchées par le diabète du fait de l’alimentation surtout.

Comment peut-on prévenir le diabète ?

La prévention commence d’abord par les règles hygiéno-diététiques. La pratique régulière d’une activité physique quotidienne d’une durée minimale de 30 minutes, le maintien du poids à un niveau normal et une alimentation équilibrée permettent de prévenir ou de retarder la survenue du diabète

Afin de permettre une prise en charge précoce de la maladie avant le stade des complications, il est recommandé à tout adulte de plus de 40 ans de faire un dépistage par un dosage annuel de la glycémie veineuse à jeun s’il fait partie d’un des groupes à risque ou dans le cas contraire un dépistage tous les 3 ans.

Interview réalisée par Patindé Amandine Konditamdé

Lefaso.net

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