Vote des burkinabè de l’extérieur : Les inquiétudes de l’UPC

vendredi 15 novembre 2013 à 00h35min

Déclaration de l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC) :
VOTE DES BURKINABE DE L’EXTERIEUR

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Vote des burkinabè de l’extérieur : Les inquiétudes de l’UPC

Depuis l’adoption par l’Assemblée nationale de la loi n 019-2009/ du 07 mai 2009 instituant le vote des Burkinabè de la diaspora, l’opérationnalisation de cette disposition a connu une hibernation qui en disait long sur l’absence de volonté réelle du pouvoir de la IVème République de faire de ce principe une réalité.

En 2010, alors que tout le monde s’attendait à l’effectivité du vote de la diaspora après que la CENI eût effectué des missions à travers le monde, le parti au pouvoir fit modifier la loi électorale pour renvoyer l’exercice de ce droit en 2015.

Dans la perspective du prochain scrutin présidentiel prévu en 2015, nous constatons depuis un certain temps un regain d’intérêt et d’activisme unilatéral autour de la question du vote des Burkinabé de l’extérieur comme si un fait nouveau galvanisant venait soudainement convaincre le pouvoir de son intérêt à parachever le processus de vote des Burkinabé de l’extérieur.

C’est fort de ce constat et au vue de la démarche organisationnelle (n’incluant pas en amont tous les acteurs concernés et particulièrement les partis politiques de l’opposition) entreprise par le pouvoir que l’Union pour le progrès et le changement (UPC) porte à la connaissance de ses militants, sympathisants et de l’opinion publique en général sa vision sur la question, mais surtout ses inquiétudes sur le processus électoral, tel que envisagé par le pouvoir et l’administration électorale.

I. DU PRINCIPE DU VOTE DES BURKINABE DE L’EXTERIEUR

Aussi bien dans son manifeste que dans son programme de gouvernement, notre parti a annoncé clairement qu’il ne concevait pas le développement du Burkina Faso sans la participation pleine et entière de la diaspora.

Pendant longtemps, celle-ci fut ignorée et/ou inconsidérée. Dans les faits, nos compatriotes de l’étranger se sont vus déniés leurs droits élémentaires de citoyens, celui de prendre part aux débats sur les grands questions de la vie de leur pays, et d’être une voix de décision qui compte.

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Notre diaspora fait partie intégrante de nous-mêmes. Sa participation à l’économie nationale est très importante. Ses contacts alimentent une coopération décentralisée très fructueuse. Son rôle dans le rayonnement de l’image de notre pays est incomparable. Le savoir et l’expérience qu’elle acquiert dans les pays d’accueil, est un puisant levier de progrès pour notre pays.
C’est de là que vient la volonté manifeste de l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC) de faire du vote des burkinabé de l’extérieur un principe cardinal non négociable.
Nonobstant ces faits spécifiques, rappelons que le vote des burkinabé de l’extérieur a longtemps été le cheval de bataille de l’opposition et d’une partie de la société civile. C’est en conformité avec cette lutte que l’UPC a salué l’adoption de la loi portant vote des Burkinabé de l’extérieur dans son principe.

En vue de traduire tout l’intérêt qu’il accordait au vote de nos compatriotes de la diaspora, l’UPC en a fait son thème unique et central lors de ses deuxièmes journées parlementaires tenues le samedi 14 Septembre 2013 à Oueleni dans la province de la Leraba.

L’UPC, tout en saluant l’adoption du principe de vote des Burkinabé de l’extérieur émet cependant des réserves sur la conduite du processus tel que menée par le gouvernement et la CENI.

II. DU PROCESSUS ELECTORAL PREPARATOIRE

L’UPC a découvert comme tous les Burkinabè à travers la presse, que le processus électoral est en préparation dans certains pays de la sous région, notamment en Côte d’Ivoire. Elle dénonce ce processus de préparation unilatérale du scrutin n’incluant pas en amont tous les acteurs concernés en particulier les partis politiques de l’opposition.

1. Des structures de gestion et de contrôle à l’étranger

De toute évidence, la CENI s’appuiera sur les ambassades et les consulats du Burkina à l’étranger pour organiser le scrutin. Un tel dispositif structurel pose déjà un problème de crédibilité dans la mesure où certains ambassadeurs et consuls généraux se comportent plus en serviteurs zélés du régime de Blaise Compaoré, qu’en représentants de toute la nation burkinabè dans sa diversité.

Dans le cas spécifique de la Côte d’Ivoire où le gouvernement a confié la confection des cartes consulaires à un operateur privé, des voix se sont déjà élevées pour émettre de sérieuses réserves sur la procédure qui a conduit au lancement d’une telle opération. L’UPC est en parfaite symbiose avec les citoyens qui se sont déjà exprimés notamment en soulevant les questions suivantes : la CENI a-t-elle été associée au choix de l’opérateur ? A-t-elle donné son aval ? Comment s’est opéré le choix de cet operateur ? Y a-t-il eu un appel à candidature ? Sur quelle base ce marché a été octroyé ? Ce sont là des inquiétudes fondées et légitimes de l’UPC. En raison de ce qu’il y a un lien entre cette opération de délivrance de cartes consulaires et le vote de la diaspora en 2015, il nous semble que la CENI aurait dû être fortement impliquée dans la réalisation d’une telle l’opération. Or tel semble n’avoir pas été le cas.

Notre inquiétude se fonde surtout sur la personnalité de l’opérateur retenu, en l’occurrence la société Snedai Groupe, propriété de l’homme d’affaires ivoirien Adama Bictogo.

Ceux qui suivent l’actualité politique de la Côte d’ivoire sont familiers du parcours de Mr Bictogo, qui, tout en brassant des affaires multiples, a occupé de nombreuses fonctions politiques. Son dernier poste est celui de Ministre de l’intégration Africaine d’où il fut brutalement limogé le 22 Mai 2012 par le Président Alassane Ouattara, suite à sa mise en cause dans l’affaire des déchets toxiques. C’est dans le cadre de cette fonction qu’il a officié au Mali en tant que représentant du Président Alassane Ouattara au titre de la CEDEAO, en tandem avec notre ministre des affaires étrangères, qui lui représentait le médiateur Blaise Compaoré.

Mr Bictogo fait partie de la galaxie des personnages qui fréquentent assidument le palais de Kossyam, notamment depuis le début de la rébellion en Côte d’Ivoire, en 2002. C’est un secret de polichinelle qu’il entretient avec des personnalités éminentes de l’entourage de notre chef d’Etat, de solides relations d’amitié. Une certaine presse a établi, que l’un de ses nombreux domaines d’activités, c’est la négoce de cacao. A ce titre, il aurait géré un entrepôt dans la région de Bobo Dioulasso.

Mr Bictogo offre-t-il les garanties de compétence pour un tel travail, vu qu’en fait, il fait plusieurs métiers à la fois ? A-t-on prêté attention aux critères d’impartialité et de probité, qui doivent gouverner le choix d’un opérateur pour délivrer des cartes devant être utilisées dans le cadre d’élections ? Faut-il laisser l’important fichier des burkinabè en Côte d’Ivoire, où résideraient près de sept à huit millions de nos compatriotes selon les statistiques 2009 du Conseil Supérieur des Burkinabé de l’Etranger (CSBE) dans les mains de personnes aussi partisanes, lorsqu’on sait toutes les manipulations que cela pourrait favoriser ?
Toutes ces questions, de nombreux burkinabè, ici et à l’étranger se les posent. Le gouvernement leur doit une explication.

2. Des pièces exigées pour l’inscription sur la liste électorale

La carte consulaire est l’unique document exigé pour l’inscription sur la liste électorale. C’est en effet avec la carte consulaire que les électeurs doivent s’inscrire sur les listes pour l’obtention de la carte d’électeur biométrique.

Le coût de la carte consulaire qui est fixée à sept mille francs (7000) cfa fait couler beaucoup d’encre et de salive. Tout semble être mis en œuvre par le gouvernement pour écarter la grande majorité de l’électorat de la diaspora africaine. Le coût de la pièce est prohibitif pour la plupart de nos compatriotes vivant à l’étranger. La carte consulaire fut-elle biométrique est d’abord avant toute chose un document administratif que tout Etat responsable doit pouvoir mettre à la disposition de ces citoyens. Maintenir le prix de la carte en l’état (7000 F), c’est manœuvrer pour que puissent s’inscrire et prendre part au scrutin les militants acquis à la solde du pouvoir dont les prix des cartes seront subventionnés indirectement par nos ressources publiques mises à la disposition d’ambassadeurs ou consuls acquis.

Du reste, la presse fait état de manifestations hostiles lors de la cérémonie de lancement de l’établissement de la carte consulaire à Abidjan, le samedi 2 novembre 2013 du fait de son coût élevé.

L’ambassadeur du Burkina en Côte d’Ivoire, nommé, comme tout le monde le sait, sur des bases purement familiales, faisant fi des principes de la République qui l’obligent à un devoir de réserve, s’est permis d’accuser de façon mensongère l’opposition en qualifiant les manifestants comme étant des gens de l’opposition. Cet ambassadeur doit savoir que les burkinabè, qui le connaissent très bien, suivent de très près ses entreprises d’instrumentalisation des Burkinabè de Côte d’Ivoire. Heureusement, nous y avons des braves compatriotes qui ne se laisseront pas faire. Comment avec de tels ambassadeurs de service peut-on garantir la transparence du processus en cours et de l’élection à venir ?
L’union pour le Progrès et le Changement (UPC) apporte son soutien plein et entier à nos compatriotes, et exige du gouvernement la révision à la baisse (2500 f cfa) du prix de la carte consulaire, pour permettre à un grand nombre de nos compatriotes d’obtenir la carte consulaire et de s’inscrire sur les listes électorales. Il y va de la crédibilité et de la transparence du scrutin de 2015.

Du reste, on est en droit de se demander si le prix fixé ne relève pas de la pratique malsaine de la surfacturation en vue de commissions occultes, à laquelle ce régime nous a tant habituées. De nombreux imprimeurs de notre pays, sont formels qu’il est possible de fabriquer ces cartes à un coût largement inférieur !

L’UPC fait remarquer qu’aux élections couplés de décembre 2012, une des mesures incitatives que le gouvernement avait prise pour permettre l’inscription massive des burkinabé sur les listes électorales était de faire établir la CNIB (document requis pour l’inscription sur les listes) à 500 fcfa au lieu des 2000 fcfa requis.

III. DE LA CREDIBILITE ET DE LA TRANSPARENCE DU SCRUTIN

La crédibilité et la transparence sont les gages d’un scrutin démocratique. Pour y parvenir, un certain nombre de facteurs sont indispensables ; sont de ceux-là :
-  Un taux de participation acceptable ;
-  Un dispositif électoral impartial.

Mais comment une administration électorale comme la CENI qui peine à trouver ses lettres de noblesse à l’intérieur du pays peut donner comme gages qui permettent d’apaiser les craintes de fraudes émises par les partis d’opposition ?

Pour l’heure, l’UPC demande à la CENI des réponses aux questions préliminaires suivantes :
-  Combien y a-t-il de Burkinabé en Côte d’Ivoire ? au Ghana ? au Soudan ? au Niger ? et dans les autres pays de la sous-région ? bref combien y a-t-il de Burkinabé à l’extérieur ?
-  Combien seront-ils à prendre part au scrutin ?
-  Combien y a-t-il d’ambassade et de consulat à l’étranger ?
-  Que feront nous du cas du Soudan où vivent près d’un million de Burkinabé et où il n’existe ni ambassade ni consulat ?
-  Comment est-ce que la CENI compte-t-elle garantir la neutralité et des services de l’ambassade et du consulat ?
-  Quel seuil minimal (en nombre de burkinabé) est-il requit pour mettre en place un bureau de vote ?

L’Union pour le Progrès et le Changement recommande à la CENI l’intégration urgente en amont de tous les acteurs dans le processus, en particulier, les partis politiques de l’opposition, la désignation le moment venu, par les partis politiques prenant part aux scrutins de leurs déléguées dans les bureaux de vote.

L’union pour le progrès et le changement (UPC) lance un appel à tous les burkinabé de l’extérieur, soucieux de l’avenir de notre pays, pour qu’ils saisissent cette opportunité pour matérialiser leur désir de changement politique, économique et social dans leur pays en 2015.

Pour ce faire, ils doivent s’organiser et investir les ambassades et les consulats pour se faire établir des cartes consulaires pour ceux qui n’en disposent pas, et s’inscrire sur les listes électorales afin d’offrir au pays une véritable alternance démocratique.

Démocratie – Travail – Solidarité

Pour le BPN de l’UPC
Le Secrétaire aux Relations Extérieures

Dr Julien COULDIATI

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