Benjamin Yaméogo, Député UNDD à propos de la révision du statut de l’opposition : L’obligation de « serment d’allégeance était contraire à l’esprit de la loi »

dimanche 10 novembre 2013 à 23h40min

Lui c’est Benjamin Yaméogo, l’unique député de l’UNDD à l’Assemblée nationale du Burkina. Non inscrit de surcroît, il fait figure d’électron quasiment libre au sein de l’Hémicycle, où il apparait souvent comme une curiosité pour bien de gens. Quand bien même que ce n’est pas lui qui ait inventé la non inscription. Alors, pour une des rares interviews accordées à la presse nationale, le député s’est lâché dans les bonnes feuilles de notre confrère du quotidien « Le Soir » et sur un sujet qui semble l’intéresser ; à savoir le projet de révision du statut de l’opposition. Lisez plutôt.

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Benjamin Yaméogo, Député UNDD à propos de la révision du statut de l’opposition : L’obligation de « serment d’allégeance était contraire à l’esprit de la loi »

Le Soir : Honorable quelles sont vos réflexions au sujet du texte de loi que le gouvernement vient de transmettre à l’Assemblée pour modifier le statut de l’opposition ?

Benjamin Yaméogo : Mes sentiments en tant qu’élu de l’UNDD sont de deux types. Je suis d’abord satisfait que l’exécutif ait enfin saisi la représentation nationale, pour correction d’une anomalie substantielle qui affectait le fonctionnement du CFOP, de notre constitution et de notre système démocratique. À l’UNDD nous avons toujours critiqué le fait qu’une loi soit intervenue pour obliger les partis politiques voulant se réclamer de l’opposition d’en informer préalablement le CFOP, par une lettre, constituant de fait affiliation. Je dirai même allégeance au regard du monopole de représentation et d’expression légalement aménagé pour le chef de file de l’opposition.

En quoi cette obligation est-elle anormale ?

Pour nous, cette obligation de serment d’allégeance était contraire à l’esprit de la loi, qui en son article 13 affirme la liberté de constitution et de fonctionnement des partis politiques. A l’UNDD, nous sommes donc satisfaits que, suivant le CCRP, le gouvernement ait décidé de mettre en harmonie le fonctionnement du CFOP avec la constitution. Le projet de loi dont l’Assemblée est saisie vise en effet, d’abord et avant tout, l’objectif de conformer la loi à la constitution. Je ne pense pas qu’il existe une démocratie au monde où il est fait obligation à des partis d’opposition (dans le cadre d’une institution de chef de file de l’opposition ou non) de faire serment de subordination au premier parti de l’opposition. Pour la saine information des burkinabés je prends ici, la liberté de dire et d’affirmer ceci : le statut de l’opposition a été conçu à l’Assemblée, comme un corset pour formater une opposition jugée trop teigneuse et humilier Me Hermann YAMEOGO en le contraignant à aller prêter serment de fidélité au patron du CFOP de l’époque Me SANKARA. C’est tout.

Mais, il se trouve que des gens soutiennent que la modification n’a que le CFOP actuel pour cible et qu’elle ne vise que le déverrouillage de l’article 37 ?

Vous voyez, ça ce n’est pas sérieux. La demande de modification à été portée, notamment par l’UNDD à un moment ou la plus part des dirigeants actuels du CFOP n’étaient pas en responsabilité. La politique ce n’est pas le « mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ». Attention, ça peut vous discréditer à jamais. Quant à la dénonciation de la modification comme cheval de Troie de l’article 37, je dirai être de ceux qui ont connu la détention pour la défense de leurs convictions. Si en tant que républicains, nous ne contestons pas le droit constitutionnel reconnu au Président de réviser la Constitution, nous nous en sommes toujours écartés pour des considérations de morale républicaine. Et nous avons défendu nos convictions. Le CODECO, étant entre autres une des manifestations concrètes de notre position. Au CCRP, nous nous sommes également opposés à l’examen de ce point. Personne ne nous donnera des leçons sur la lutte contre la révision de l’article en question. Nous nous inscrivons donc en faux contre toutes ces allégations mensongères.

Dénier-vous le droit de critique à vos contradicteurs ?

Jamais de la vie. J’appartiens à un parti qui a toujours accordé un grand prix au droit à la différence que nous défendions déjà en plein Front populaire, quand on nous regardait comme des extra- terrestres. Nous avons toujours assumé nos idées, nos critiques contre le pouvoir dans toute la plénitude de ses moyens de répression, mais également contre l’opinion gonflée à bloc prête à ne faire de nous qu’une bouchée. Mais nous nous sommes toujours fait un point d’honneur de ne pas construire notre argumentaire sur l’insulte, le mensonge, la désinformation ... Mais sur des contre- propositions utiles, profitables au plus grand nombre. Je ne vois pas ce genre de préoccupations poindre dans le débat actuel. Mais j’ai espoir que cette façon de faire la politique à la petite semaine, prendra vite fin et que les burkinabés politiquement perspicaces se reconnaitront vite dans des leaderships plus responsables.

Le projet de modification vous inspire encore quelles autres types de réflexions puisque vous sembliez en avoir de plusieurs ordres ?

Au fond de moi, je trouve que le projet de loi n’a pas pris la mesure de toute l’étendue de la violation de la constitution. Il n’y a pas que l’obligation d’affiliation qui viole notre loi fondamentale. Il y a aussi l’application du statut de l’opposition adopté par une loi et pourtant appliqué par une résolution du Président de l’assemblée, au mépris des prescriptions de la Constitution.

Soyez plus explicite Honorable ?

Dans la répartition des compétences entre l’Exécutif et le Législatif, il est prévu que le parlement vote la loi alors que l’Exécutif se charge de son application, de son exécution. Une Assemblée qui vote la loi et l’applique elle-même, c’est un régime d’Assemblée. Une dictature de l’Assemblée. Notre constitution dit (article 48), que dans l’application de la loi, sa promulgation est assurée par décret. Je trouve que l’acte premier ayant mis en application le statut de l’opposition étant faux, tous les CFOP mis en place le sont. Quand les premiers chiffres sont faux, toutes les opérations qui en découlent sont faussées. Il faudrait à mon sens reconnaître l’inconstitutionnalité du CFOP et reprendre l’ouvrage. C’est pour cela que quelque part je reste sur ma faim.

Pensez-vous qu’une telle reculade soit possible ?

Ma foi pourquoi pas ? Souvenez-vous, nous avons pendant des années dénoncé l’illégalité de ce monstrueux découpage électoral qui nous donnait dans le cadre d’un scrutin de liste à la proportionnelle, quinze circonscriptions avec un seul siège à pourvoir. Le parti a même été débouté en justice. Mais nous sommes revenus à la charge durant le CCRP et la modification est maintenant faite. Applaudissements partout avec bénéfices à des gens qui n’ont pas levé le petit doigt à l’époque pour nous appuyer. Napoléon disait qu’il ya les gens qui font les révolutions, et ceux qui en profitent.

Pourquoi ne pas remettre ça, avec l’ambiance de réparation constitutionnelle qui prévaut ? Peut-être auriez-vous encore, même tardivement, gain de cause ?

Je transmettrai votre remarque aux premiers responsables du parti qui en feront pour ce que je sais le meilleur profit, croyez moi.

Un mot pour finir ?

Je voudrais vous remercier de m’avoir approché en cette phase difficile de notre vie politique. L’importance de la presse n’est plus à démontrer. Mais elle n’est pas dispensée des critiques que l’ont fait trop facilement à mon sens aux politiques. Elle peut même indirectement contribuer à la propagation de fausses informations, qui nuisent à la paix sociale. En me tendant avec indépendance votre micro, vous avez permis que s’exerce un droit de réponse et de correction dans un débat ambiant sur les institutions, qui ne laisse pas toujours comme il faudrait, la place à un éclairage contradictoire. Merci pour cela et bonne chance à vos lecteurs dont je sollicite par avance l’indulgence pour les insuffisances éventuelles de mon propos.

Source : Journal Le Soir

NB : Le chapeau est de Faso.net

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