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Eductour 2013. Quatrième et dernier jour : Le Musée du Poni et la grotte d’Arbi

Accueil > Actualités > Culture • • mercredi 30 octobre 2013 à 01h45min
 Eductour 2013. Quatrième et dernier jour : Le Musée du Poni et la grotte d’Arbi

Après les visites des Ruines de Loropéni, la rencontre avec le Roi Gan et la visite des sanctuaires de ses prédécesseurs, l’équipe de L’Eductour est arrivée à Gaoua aux environs de 20h30mn. C’est l’hôtel Nongtaaba, nouvellement ouvert qui nous accueille. Chacun prend possession de la clé de sa chambre, le temps de se débarbouiller et on se retrouve pour le repas du soir.

Le lendemain 25 septembre, deux sites sont au programme de la matinée : Le musée ethnographique des civilisations du Sud-ouest communément appelé Musée du Poni, et la grotte d’Arbi, à Diébougou. Au plus tard à 12 heures, on devrait avoir terminé de les visiter pour prendre la route du retour à Ouagadougou.

Le guide, Baziemo Bapio nous accueille à l’entrée du musée, implanté sur « la colline du pouvoir », une des trois collines de la ville en 1920. Ancienne résidence du commandant de cercle au temps des colonies, cette bâtisse coloniale a été transformée en musée après la semaine nationale de la culture en 1984, sur décision du président de l’époque, Thomas Sankara.

Cosmogonie Lobi, rôle de la femme dans la société, rapports au sacré, processus de socialisation des enfants, place des ancêtres dans la vie sociale, pratique religieuse, etc., le musée du Poni est un véritable concentrée de l’histoire et la culture des populations Lobi. «  Quant on parle des Lobi, il faut savoir que c’est un grand ensemble sociologique qui comprend les Birifor, les Dyan, les Gans et les Lobis. Ils sont venus du Ghana actuel et se sont installés ici vers le 19e siècle  », explique le guide. Avant de nous entrainer dans la visite du Musée, il rappelle qu’il est formellement interdit de faire des photos et de filmer, à l’exception des journalistes des médias publics et des représentants du ministère de la Culture et de l’ONTB.

Le musée comporte quatre salles où sont exposées près d’un millier de pièces en bois, en fer, en terre cuite et des photographies en noir blanc. Des pièces rassemblées en grande partie par Madeleine Père, une sœur religieuse française qui a consacrée sa vie aux œuvres sociales et à l’étude ethno-anthropologique des populations de la région du sud-est. Décédée en novembre 2002, elle repose à Gaoua, dans la cour de sa maison qu’elle avait construite, et en hommage à son engagement aux côtés des habitants, le prédécesseur de l’actuel Roi Gan lui a décernée le titre de « Reine honoraire ».

A l’aise avec son sujet, le guide déroule son discours. Il rappelle que les Lobi représentent 7% de la population nationale, et sont un peuple guerrier qui s’est farouchement opposé, armés de flèches, de fusils et de carquois, à la pénétration coloniale.

Dans la salle consacrée à la femme, le guide explique que c’est un hommage au sexe dit faible, véritable pilier de la famille et du clan. Société matrilinéaire, ici, l’enfant porte le nom de sa mère, «  parce qu’on est sûr que c’est bien l’enfant de sa mère, alors qu’on n’est pas à 100% certain de la paternité  ».

Connus pour leur allergie à la centralisation du pouvoir, excepté les Gans, les Lobis n’ont pas de chef comme on en trouve chez les Mossés. Venus du Ghana, ils se sont installés ici en traversant le fleuve Volta et sont en majorité animistes. Et dans le musée, on y découvre les autels, témoins des croyances religieuses des Lobi sur lesquels on sollicitait la protection des ancêtres, la fécondité pour les femmes frappées de stérilité, les instruments de musique dont le balafon, appelé « Yolon », héritage des ancêtres.

La structure de leur habitat, sorte de forteresse, est faite de terre battue et ne comporte pas de fenêtres, juste des trous par où envoyer des flèches. Le toit du Sukala (la maison familiale) repose sur des planches et mesure à peine 1,5 m de hauteur. « L’intrus qui s’y introduit ne peut que cogner violemment sa tête contre les planches », commente le guide un habitant. Le Sukala peut comporter plusieurs chambres, chacune étant équipée d’une échelle donnant accès à une porte de sortie par le haut, un échappatoire en cas de danger. C’est sur le toit que se trouve la chambre du chef de famille, une position stratégique qui lui permet de voir venir d’éventuels dangers, et d’accueillir, en toute discrétion, l’épouse qui est de semaine.

Très attachés à leurs traditions, les Lobis continuent d’organiser tous les sept ans le Djoro, l’initiation par laquelle les adolescents deviennent des adultes. « Il faut avoir sept ans pour être initié et ça se passe en brousse, durant 4 semaines, sans contact avec les parents. L’initié perd son prénom de naissance ; on rase une partie de sa tête et c’est au bout de sept ans qu’on lui rase toute la tête  ». Le dernier Djoro date de l’été dernier et avec un peu de chance, on peut apercevoir dans la rue, ceux qui viennent de passer les épreuves initiatiques auxquelles prennent aussi part les enfants d’expatriés.

« Il reste la grotte d’Arbi à visiter, et si on veut être à Ouaga avant la tombée de la nuit, il faut qu’on parte maintenant », tonne, Mme Bado, chef de mission de l’Eductour 2013. On embarque, mais à peine sommes-tu sortis de la ville que la circulation est bloquée par un attroupement. Renseignements pris, c’est l’armée qui organise les épreuves de courses à pieds pour ses recrutements. Les hommes viennent de terminer l’épreuve du 100 m et les filles, 60 m. Les candidats transpirent, essuient la sueur, se désaltèrent avant d’attaquer l’épreuve du demi-fond, les 3000 mètres, un temps mort dont profite le conducteur du bus pour traverser cette marée humaine, non sans donner des coups de klaxon nerveux.

Trois quart d’heure après, nous voilà au pied de la grotte d’Arbi, à Diébougou, accueillis par le guide Youssef Konaté. Témoignage vivant de la présence coloniale dans la région du sud-ouest, elle aurait été construite en 1900 ( ?) par l’armée française selon certaines sources, par l’armée allemande d’après d’autres sources. Les populations Lobi ont-ils été contraintes de participer à l’édification de ce « bunker », eux dont on raconte que l’hostilité à la pénétration coloniale a été des plus radicales et mieux organisées du pays ? Il manque encore des éléments d’informations et de documents pour apporter des réponses précises à ces questions.

C’est un impressionnant monument souterrain muni de trois portes d’entrée, de plusieurs galeries, de dortoirs servant de sentinelle, de salle de repos et de dépôts d’armes, et d’une partie centrale de ventilation, que le guide va nous faire découvrir. La visite de fait au moyen de lampes-torches, un accessoire indispensable pour explorer cette caserne souterraine à l’allure de labyrinthe, et éviter de s’y perdre.

A l’extérieur côté Est, se trouve une tranchée de protection de plus de deux de mètres de profondeur. La grotte aurait servi de base à l’armée française pour la conquête de la région du sud-ouest, face aux Britanniques et aux Allemands. On dispose de peu de documents sur l’identité réelle des constructeurs de la grotte, de même que les conditions dans lesquelles elle a été édifiée.

A coup sûr, en inscrivant la visite de la grotte au menu de l’Eductour en 2011 et 2013, le ministère de la Culture et du tourisme et l’Office national du tourisme burkinabè vont susciter la curiosité non seulement des touristes, mais aussi des historiens et chercheurs, désireux d’apporter des éclairages sur cette partie de l’histoire de notre pays.

L’Eductour 2013 tire à sa fin. Il faut regagner Ouagadougou et être présent à l’ouverture officielle le 26 septembre, de la dixième édition du Salon international du tourisme et de l’hôtellerie de Ouagadougou (Sitho). Après une heure de route, à la demande de certains passagers, le conducteur du bus, David Kaboré, fait escale à hauteur d’un petit marché. «  Ici, il y a des ignames de bonne qualité et mois chères. Il faut en profiter », confie un confrère. Les vendeuses accourent et c’est dans un indescriptible brouhaha que certaines, les plus fortes, physiquement s’entend, parviennent à placer leurs marchandises. Le bus redémarre à la grande désolation des autres.

A deux kilomètres de Sabou, nous tombons sur un camion remorque de 16 tonnes couché sur le côté. Bilan : trois blessés dont deux évacués à l’hôpital de Sabou. Selon le chauffeur, Arouna Kafando qui s’en tire avec quelques égratignures au bras, « le volant s’est d’un coup bloqué et on est sorti de la route  ». Parti de Lomé, le véhicule transportait 37 tonnes de marchandises, des pièces détachées de tricycle, à destination de Korogho.

Peu après 17 heures, nous sommes de retour au point de départ. Mission accomplie pour le conducteur.

Joachim Vokouma

Lefaso.net (France)

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