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Deux ans après, les sites touristiques de sud-ouest et l’ouest du Burkina étaient à nouveau au programme de l’Eductour 2013

Accueil > Actualités > Culture • • dimanche 20 octobre 2013 à 23h38min
Deux ans après, les sites touristiques de sud-ouest et l’ouest du Burkina étaient à nouveau au programme de l’Eductour 2013

La dixième édition du Salon internationale du tourisme et de l’l’hôtellerie de Ouagadougou (Sitho) qui s’est tenue du 26 au 26 septembre a été précédée, comme chaque année, par un Eductour organisé du 22 au 25 septembre dans l’ouest et le sud-ouest à l’intention des Tours opérateurs et de la presse. Après 2011, le choix s’est donc finalement à nouveau porté sur les sites de ces régions du Burkina, assurément mieux médiatisés que les autres, en particulier les régions du Nord et du Sahel.

Forte, de 16 personnes, l’équipe d’Eductour qui était composée de Tours Opérateurs, des représentants d’agences de voyage venus de France, du Canada, du Togo, de Côte d’Ivoire, de journalistes, de représentants de l’Office national du tourisme burkinabè (ONTB) dont la chef de mission, Mme Béatrice Bado, également présidente de la commission Découvertes et Eductour, de deux guides touristiques et de membres du Comité national d’organisation du Sitho, l’équipe est partie à la découverte des richesses touristiques des régions du Sud-ouest et de l’ouest. Elle sera rejointe plus tard à l’étape de Banfora pour le patron d’une agence venu du Niger, également gérant d’un hôtel à Niamey.

Il est 8 heures en ce dimanche 22 septembre quand l’équipe quitte la capitale en direction de l’ouest et du sud-ouest. Jour du seigneur, les rues de Ouagadougou sont encore quelque peu désertes, exceptés les fidèles chrétiens qui se pressent de rejoindre leur lieu de culte. Plus loin, dans le quartier Gounghin, on croise de braves femmes, visages perlés de sueur, transportant sur leur porte-bagage de lourdes charges de légumes en direction des marchés de la capitale. Le soleil commence à taper et le mercure est déjà monté à plus de 25°. Au poste de péage à la sortie de Ouagadougou, pendant qu’un guide est allé payer le droit de passer, les vendeurs prennent d’assaut le car et ses occupants. Le marketing est assez agressif. Même après décliné deux fois l’offre, le vendeur ne désarme pas ; il insiste pour placer sa marchandise, quitte à devenir parfois agaçant. C’est un mini marché qui s’est constitué autour du péage et on y trouve presque tout, des produits alimentaires, des boissons et même des magazines et des livres. Ce matin là, c’est le livre de Machiavel, « Le Prince » qui tient la vedette. Les Burkinabè se seraient-ils pris de passion pour ce manuel d’apologie du cynisme en politique ? Le Florentin y montre comment s’emparer du pouvoir et le garder, quitte à user de moyens immoraux. L’essentiel, conseille t-il au Prince, c’est de faire de la peur, l’élément fondamental dans la gestion de la Cité. Pour gouverner, il ne doit pas être aimé, mais craint.

Face à l’apathie des potentiels clients, les vendeurs sortent l’argument qu’ils croient décisif : « Regardez, c’est la dernière édition, ça vient de sortir récemment ». Sans succès ! Le car redémarre, poursuivi par quelques téméraires croyant encore faire des affaires. La première escale de la journée a lieu à Bazoulé, un village situé à 37 km à l’ouest de Ouagadougou, pour « une visite de courtoisie aux crocodiles sacrés ». Ils sont une centaine cohabitant en harmonie avec la population depuis des décennies, et d’après le guide, Prosper Kaboré, « aucun accident n’a été enregistré bien que nous recevons en moyenne 9000 visiteurs par an, des touristes burkinabè, européens, africains et asiatiques ». Les enfants du village peuvent ainsi se baigner aux côtés des crocodiles et mieux, quand les bêtes sentent qu’un enfant est en difficulté, ils provoquent des vagues qui le poussent vers le rivage.

Ici, les sauriens font partie de l’âme du village et le crocodile est considéré comme un être humain. Il a droit à une inhumation au même titre que l’habitant du village et s’il est vieux, on lui organise des funérailles avec tout le rituel digne d’un ancêtre.

Je reviendrai sur la place de ces bêtes dans la cosmogonie des habitants de Bazoulé et qui justifie que ces derniers organisent à leur intention une fête annuelle, le « Koom Lakré » le dernier dimanche du mois d’octobre.

Durant la visite, les plus courageux se font photographier assis sur le dos du crocodile, en évitant toutefois de toucher ses pattes, « Il n’aime pas trop ça » explique la guide, tout comme il n’apprécie que très modérément qu’on baille devant lui. « N’ayant pas de langue, il va croire que vous vous moquez de lui. Ses rapports avec le chien sont d’ailleurs mauvais ». Bazoulé, c’est aussi le musée érigé à quelques mètres de la cour royale, avec le soutien du Japon et où sont conservés les objets traditionnels et les symboles de la culture des habitants de la localité.

Une visite de courtoisie au chef Naaba Kiiba s’impose. L’accueil est chaleureux. Entouré de ses proches collaborateurs, il nous souhaite la bienvenue avant de répondre aux questions. Dépositaire de la tradition, autorité morale respectée, il est le garant de l’intégrité du territoire, de la sécurité des biens et des personnes vivant sur son territoire. Il arbitre les conflits et rend des décisions en toute impartialité en complémentarité avec l’administration publique.

Polygame-certaines épouses étant un héritage de son prédécesseur-, père de plusieurs enfants, Naaba Kiiba allie tant bien que mal modernité et tradition. Le respect des prescriptions morales héritées des ancêtres sonne pour lui comme un impératif catégorique sans pour autant être une contrainte absolue pour la jeunesse.

Après une photo de famille de souvenir, l’équipe de l’Eductour met le cap sur Bobo-Dioulasso. Les deux guides se relaient pour répondre aux questions des Tours Opérateurs et agences de voyage et mettre un peu d’animation sur un voyage qui s’annonce d’autant plus long que l’état calamiteux du tronçon Sabou- Boromo, oblige le conducteur à plus de prudence. Impossible de rouler en troisième vitesse sur un km. « Ce ne sont plus de nids de poule, mais des nids d’autruche », commente un confrère. Malgré sa dextérité, le conducteur du bus, David Kaboré, un colosse de 45 ans n’a d’autre choix à certains endroits que foncer droit dans le trou le moins profond. L’état de la route combiné à leur vétusté explique sans doute le nombre impressionnant de véhicules en panne, stationnés tout au long du trajet.

Aux environs de 13 heures, l’équipe arrive à Boromo pour une pause-déjeuner au Relais touristique, un restaurant construit par le ministère de la Culture et du tourisme et l’ONTB et mis en location-gérance.

Les batteries rechargées, David Kaboré peut reprendre du service. A partir de Boromo, l’état impeccable de la route facilite sa tâche. A deux kilomètres à la sortie de la ville, un panneau indique que le bitumage du tronçon Boromo Bobo-Dioulasso a été financé par l’Union européenne. A chacun de comprendre et décrypter le message subliminal de cette démarcation presque physique !

En fin d’après-midi, nous entrons dans la ville de Sya, le conducteur immobilise son engin dans la cour de la grande mosquée de Dioulassoba, le premier site de la ville que nous visitons. C’est le monument touristique incontournable de la ville. Le guide des lieux, Seydou Sanou, ordonne d’enlever les chaussures avant que la visite ne commence. Très loquace, il promène les visiteurs du jour dans les coulisses de ce lieu saint de style soudanais, construit en banco vers 1874, selon le guide. D’une capacité d’accueil d’un peu plus de 500 personnes, la mosquée est soutenue par 49 piliers et compte environ neuf rangées assez spacieuses.

En venant de Ouagadougou, on aperçoit de loin le bâtiment, dominant la ville par ses minarets hérissés de piquets. « De hautes personnalités ont prié dans cette mosquée, comme Samory Touré qui, sur le chemin de la conquête de l’Afrique de l’Ouest, y a fait escale », raconte le guide. On apprend aussi que l’imam qui dirige la prière est assisté par un collège d’érudits qui dont la mission est de le faire corriger une éventuelle erreur dans l’interprétation du Coran et s’il persiste dans l’erreur, il peut être remplacé sur le champ.

La nuit commence à tomber quand l’équipe pénètre dans Dioulassoba, le quartier qui a donné son nom à la mosquée. Il faut coller le guide, Amidou Sanou, au plus près pour ne pas se perdre dans ce labyrinthe à ciel ouvert, où les chemins traversent parfois des concessions avant de déboucher sur une case abritant les fétiches de la partie habitée par les animistes. C’est le quartier par excellence du cosmopolitisme où cohabitent animistes musulmans et chrétiens, griots, forgerons, même s’il existe des frontières entre les communautés que l’étranger ne saurait détecter.

D’après le guide, la ville de Bobo-Dioulasso s’est agrandie à partir et autour de la première maison appelée Konsa, construite au XIe siècle (Kon signifie Maison et SA, mère). Elle aurait été construite par l’ancêtre et fondateur du quartier, et son emplacement aurait été choisi après consultation des esprits ; elle est le symbole du lien entre les vivants et les ancêtres, donc sacrée et on n’hésite pas y venir solliciter protection. Au mois d’avril de chaque année a lieu la fête des masques, une occasion pour l’étranger d’assister à une manifestation riche en symboles et de mieux comprendre ce qui fait la particularité de ce quartier pour le moins atypique.

On quitte Dioulassoba aux environs de 20h aux sons de la musique manding d’un groupe de la ville, venue animer le coin à l’occasion de deux baptêmes.

Fin de la première journée de l’Eductour !

Joachim Vokouma, (Lefaso.net) France

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