Rentrée politique du CDP, parti présidentiel du Burkina Faso. Après des vacances courtes et studieuses… !

lundi 7 octobre 2013 à 22h42min

Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), parti présidentiel, a fait sa rentrée ce week-end, le samedi 5 octobre 2013. Histoire de démontrer qu’il est « un grand parti très bien organisé ». Et « l’occasion pour l’ensemble des militants de resserrer les rangs » tout en rappelant, ce qui a été sans doute perdu de vue par beaucoup et notamment les observateurs, « que le CDP est un parti social-démocrate ».

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Rentrée politique du CDP, parti présidentiel du Burkina Faso. Après des vacances courtes et studieuses… !

D’où le thème de la rentrée : « Le renforcement de la démocratie par la mise en œuvre des réformes politiques et des mesures pertinentes en faveur du bien-être des populations ». Une rentrée très préparée. Son secrétariat exécutif national s’y est attelé en séance ordinaire le jeudi 12 septembre 2013, sous la présidence « effective » du « camarade »* Assimi Kouanda, son secrétaire exécutif national, président du BP national. Le Burkina Faso a gardé son vocabulaire, ses réflexes et ses capacités organisationnelles acquis pendant des décennies de combat politique. Rien à voir avec le foutoir auquel on assiste au sein du PDCI ivoirien qui achevait (et c’est bien le mot qui convient) son congrès**.

Quoi qu’on en pense au sein des nébuleuses « libérales » qui imposent leur loi un peu partout désormais dans le monde, le « parti » est une forme d’organisation sociale qui demeure fondamentale. Là où il n’y a que des groupes de pression à vocation essentiellement clientéliste (ce qui ne signifie pas, hélas, que les partis organisés y échappent), il ne peut y avoir de réflexion, d’action et de réaction. Ceux qui en sont les leaders sont nécessairement ballotés par les flots politiques, diplomatiques et sociaux. Et parfois même finissent par couler.

Rien de tel au Burkina Faso. Le CDP a tenu la 50ème session ordinaire de son BP national le samedi 7 septembre 2013. Le mercredi 11 septembre 2013, le conseil des ministres (auquel participe le secrétaire exécutif national du parti, avec le titre de ministre d’Etat) prenait de « grandes décisions […] en ligne droite des vœux émis par le parti ». C’est le jeudi 12 septembre 2013, en fin de journée, que s’est tenue la séance ordinaire du secrétariat exécutif national saluant des décisions gouvernementales « qui mettent un accent particulier sur la création d’emplois et la prise en compte des personnes en situations difficiles » et réaffirmant « la disponibilité du CDP au dialogue et à la concertation tous azimuts »***.

Autant dire que si la rentrée politique du CDP peut être datée, il est difficile de préciser quand les dirigeants du parti ont été en congés. Non pas qu’ils soient, plus que d’autres, attachés à leur job mais c’est surtout que la conjoncture politique, diplomatique, sociale ne leur a pas laissé de répit. Le bon point, c’est quand même que ce pays, s’il connaît des failles de plus en plus béantes dans son administration, est gouverné et que ses gouvernants ont une réelle visibilité tandis que les décisions ont, généralement, de la lisibilité.

Il y a eu, avant les congés d’été, les « marches » et autres « contre-marches », le débat sur le Sénat, puis la remise à plat de ce projet demandée par le président du Faso et conduite par Bongnessan Arsène Yé, ministre d’Etat en charge des réformes politiques, la « tentative d’assassinat » de Blaise Compaoré dans la nuit du 30 août 2013, l’intervention à la télévision de Beyon Luc Adolphe Tiao, Premier ministre (cf. LDD Burkina Faso 0382/Mardi 17 septembre 2013). Nous voilà à nouveau dans le vif du sujet avec la « rentrée politique » du CDP.

Tiao a été sur le front de l’Ouest avant son passage à la télé tandis que Blaise, plus à l’Ouest encore, s’est consacré à sa « quinzaine américaine » surfant sur la réussite de sa médiation dans le dossier malien. Il a même repiqué au « truc », ce week-end dès lors qu’Ibrahim Boubacar Keïta « flotte » quelque peu à Bamako. Un PF à l’international qui garde un œil (et même les deux yeux) sur le national ; un PM omniprésent sur le plan national sans jamais négliger, loin de là, le régional. Ainsi va le Burkina Faso.

Lors de la 50ème session ordinaire du CDP, Assimi Kouanda avait déclaré : « Notre rôle, en tant que parti qui gère le pouvoir d’Etat, est de contribuer à la mise en place d’institutions républicaines fortes, solides, en mesure de résoudre les problèmes des Burkinabè en proposant des lois et des textes qui arrangent les Burkinabè ». Cela a été la problématique débattue lors de la « rentrée politique » du parti : « Le renforcement de la démocratie par la mise en œuvre des réformes politiques et des mesures pertinentes en faveur du bien-être des populations ». Le PM était là ; les trois mousquetaires du gouvernement aussi, autrement dit les ministres d’Etat : Kouanda, Yé et Djibrill Y. Bassolé, le patron de la diplomatie burkinabè. Yé s’est exprimé tout naturellement sur les réformes politiques, Bassolé, tout aussi naturellement, sur « les fondements du rayonnement international du Burkina Faso ».

Evidemment, cela est à usage « interne » et « externe ». Le CDP tient la barre et le dit haut et fort ; et s’illustre sur la scène africaine et internationale comme « le » modèle. Nul ne peut le nier. De l’Afrique du Nord à l’Afrique du Sud, le Burkina Faso figure dans le Top 5 des pays du continent qui arrivent à combiner stabilité politique, évolution économique, diplomatie active et… image positive. Ce qui, par ailleurs, n’a pas toujours été le cas du « Pays des hommes intègres ». Mais Ouagadougou a su, avec brio, capitaliser sur la résolution des crises qui ont bouleversé l’Afrique de l’Ouest depuis une flopée d’années : Togo, Côte d’Ivoire, Guinée et Guinée Bissau, Niger, Mali et quelques autres. Ouaga 2000 est parvenu à rétablir les institutions démocratiques et à renouer le dialogue social par la concertation et la médiation dans des pays en crise. Qui pourrait croire que ce que le Burkina Faso réalise ailleurs, il ne saurait le faire chez lui ? Grâce à qui ? Grâce à Blaise d’abord ; au CDP ensuite. Qui, du même coup, sur la base de ce constat, rejette toute alternance sans alternative. Et tout changement qui serait, selon lui, un appauvrissement de la démocratie burkinabè. La meilleure preuve en est que l’opposition rejette en bloc le projet de Sénat alors que le CDP le considère comme une institution appelée à jouer un rôle majeur dans le paysage politique burkinabè.

Ces derniers mois, le CDP a paru sur la défensive. Il aurait, dit-on dans l’opposition, perdu la bataille de la rue, du Sénat et de l’opinion publique. S’ajoute une « tentative d’assassinat » du chef de l’Etat qui fait désordre. Les annonces sociales du gouvernement, la résolution de la première phase de la crise malienne à la suite de l’accord de Ouagadougou, la réussite de la « quinzaine américaine » de Blaise, l’activisme du gouvernement pour solutionner (autant que faire se peut) les problèmes scolaires et universitaires les plus cruciaux… permettent au CDP de reprendre la main en cette « rentrée ». Mais le parti sait ses insuffisances ; son « ancrage fout le camp pour le bout » au sein de la population. D’où l’annonce d’une restructuration des organes de la direction nationale et des structures déconcentrées (sur le territoire national comme à l’étranger) et de la responsabilisation accrue des femmes et des jeunes. Pas question pour le CDP d’apparaître, à l’instar du PDCI ivoirien, comme un parti de dinosaures. Reste à le démontrer.

*Les citations sont extraites de l’entretien de Ollo Anciet Pooda, président du comité d’organisation de la rentrée politique du CDP, avec Valentin Guibila dans Sidwaya du 4 octobre 2013

** Le XIIème congrès du PDCI a voté la suppression de l’article 35 de ses statuts qui, à l’initiative de son président Henri Konan Bédié, avait fixé à 75 ans la limite d’âge du patron du parti. La chose étant faite, Bédié, 79 ans depuis le 5 mai 2013, s’est fait réélire à sa tête, pour cinq ans, avec plus de 93 % des suffrages. Et a fait supprimer les postes qu’occupaient ceux qui se sont présentés contre lui, Alphonse Djédjé Mady et Kouadio Konan Bertin. Vous avez dit « stalinien » ?

*** Citations extraites du communiqué du secrétariat exécutif national du CDP en date du 13 septembre 2013.

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