Soutenance de thèse à l’Université de Rouen : Adama Kéré révèle les motivations à la formation chez les infirmiers Burkinabè

mardi 24 septembre 2013 à 14h00min

Le mardi 17 septembre 2013, la salle des thèses de l’UFR Sciences de l’Homme et de la Société de l’Université de Rouen a abrité la soutenance de Adama Kéré. Le thème de recherche de ce psychologue clinicien qui s’est progressivement reconverti aux Sciences de l’Éducation s’intitule : « Quels bénéfices à se former ? La motivation à la formation chez les infirmiers au Burkina Faso (région du Centre) ».

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Soutenance de thèse à l’Université de Rouen :  Adama Kéré révèle les motivations  à la formation chez les infirmiers Burkinabè

Le jury de soutenance était composé d’éminents enseignants-chercheurs de la France, du Burkina Faso et du Canada. Il s’agit de Pr Jean Houssaye (directeur de thèse), Pr Philippe Carré (membre), Pr Afsata Paré/Kaboré (membre) et de Pr Philippe Maubant (président du jury).

La thèse de Adama Kéré se place dans le cadre général de la formation des adultes, et celui de la motivation à s’engager en formation chez les infirmiers du Burkina Faso en particulier. Kéré justifie son choix de focaliser son investigation sur ce sujet par le fait que la motivation polarise l’attention d’une bonne partie de la communauté des chercheurs en Sciences de l’éducation. Le rôle de la motivation semble déterminant dans la réussite des activités éducatives des adultes. Cependant au Burkina Faso, en dépit des multiples formations dispensées dans presque tous les secteurs d’activités, notamment dans le domaine de la santé, aucune recherche, de l’avis du chercheur, ne s’y est intéressée.

C’est pourquoi, à partir d’une approche méthodologique mixte, quantitative et qualitative, Kéré a, par le biais d’un questionnaire et de deux guides d’entretien semi-directifs, appréhendé les bénéfices escomptés pour lesquels les infirmiers au Burkina Faso (région du Centre) s’engagent en formation professionnelle continue non diplômante. L’étude s’est adossée au modèle des motifs d’engagement en formation décrit par Philippe Carré dans son ouvrage « de la motivation à la formation » publié chez l’Harmattan en 2001.

Analyses et principaux enseignements

L’analyse des discours et l’analyse statistique des résultats montrent, selon Kéré, que les infirmiers vont majoritairement en formation professionnelle continue non diplômante en priorité pour les motifs opératoire professionnel, identitaire et vocationnel. L’étude révèle également qu’il existe un certain rapport de force en jeu entre les relations entretenues avec chacun des trois motifs épistémique, économique et opératoire professionnel. Cette investigation met aussi en évidence la difficulté qu’ont la plupart des adultes à énoncer certains motifs d’engagement en formation. Ainsi, selon l’impétrant, les infirmiers auraient tendance à dissimuler le motif économique qui les pousserait personnellement à s’engager en formation, mais ils sont prompts, par contre, à exposer celui de leurs collègues.

Les principaux enseignements tirés de cette thèse et qui se présentent comme des perspectives de recherches sont :
- les motifs majoritairement investis par un corps professionnel, partageant les mêmes réalités socioprofessionnelles, sont loin d’évoluer en seulement quelques années ;
- certains motifs, plus que d’autres, seraient difficilement reconnus et assumés par l’adulte dans le contexte socioculturel de la recherche, et ce, du fait du poids probable de la désirabilité sociale.

La qualité des travaux reconnue par le jury

Les membres du jury ont tous reconnu l’intérêt et la qualité académique des travaux présentés. De ce fait, les questions posées à l’impétrant ont surtout porté sur sa propre motivation à reprendre des études après une si longue période de rupture due notamment aux activités professionnelles. En effet, il n’est pas fréquent de voir des étudiants qui, après une maîtrise et un DESS dans un domaine donné, la psychologie clinique dans le cas présent, changent de cap en embrassant un autre domaine, l’éducation dans le cas de Kéré Adama, et obtiennent dans ce nouveau champ d’investigation successivement un Master professionnel en Ingénierie de formation, un Master recherche en sciences de l’éducation avant de parachever ce parcours exceptionnel par une thèse dont la qualité du contenu et la structuration lui valent déjà d’être préconisée comme exemple. Répondant à cette question relative à sa motivation à réaliser cette thèse, Kéré dira qu’en entrant à l’université après le baccalauréat, il escomptait en sortir comme enseignant de français, de philosophie ou d’Histoire et Géographie. Cependant, contrairement à ses attentes, il a été orienté en psychologie car le choix de l’aspirant aux études supérieures ne prévaut pas toujours. Aussi, la soutenance de la thèse va-t-elle lui permettre de réaliser son vieux dessein de devenir enseignant. Cette inclination ne saurait passer inaperçue dans un contexte où l’enseignement, fût-il supérieur, ne fait pas partie des professions les plus recherchées.

L’utilité pratique de la recherche

Plusieurs membres du jury sont aussi revenus sur l’utilité pratique de cette recherche, notamment le fait que les résultats montrent que l’engagement en formation est généralement déterminé par des motivations économiques immédiates, les « perdiems ». C’est dans ce sens qu’il a été demandé à l’impétrant ce qu’il ferait différemment, à la lumière des résultats de ses propres recherches, s’il avait la responsabilité de la formation professionnelle continue dans un secteur d’activités public au Burkina Faso. À ce propos, Kéré a surtout préconisé que les bénéficiaires des formations soient davantage associés au processus d’élaboration des sessions. Ainsi, l’on pourrait mieux concilier l’attrait économique immédiat de ces sessions de formation et leur valeur opératoire.

La thèse de Kéré a été reçue avec la mention « très honorable ». Pressenti pour intégrer le corps professoral de l’Université de Koudougou, Dr Kéré peut donc enrichir le monde de l’enseignement supérieur du Burkina Faso dès la rentrée prochaine. C’est peut-être en signe de bienvenue dans la famille de l’Université de Koudougou que trois responsables du Centre de Pédagogie Universitaire de ladite Université, dont sa directrice Dr Marie Laure Sougoti/Guissou, sont venus apporter leur soutien à celui qui est désormais leur collègue.

Correspondance particulière de Simon Pierre Tibiri,

Centre de Pédagogie Universitaire (CPU), Université de Koudougou

Lefaso.net

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