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Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ? (Partie 2 )

Accueil > Actualités > Environnement • Interdire le sac (et autre emballage) plastique au Burkina Faso est-il la meilleure solution ? • lundi 9 septembre 2013 à 23h16min
Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ?  (Partie 2 )

Après la Mauritanie, le Mali et (bientôt) la Côte d’Ivoire cette année, le Burkina Faso envisage à son tour de bannir le sac plastique de son territoire. Le ministère de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD) a en effet proposé, le mois dernier, deux avant-projets de loi : l’un porte sur une interdiction de production, d’importation, de commercialisation et de distribution d’emballages en plastique non-biodégradables, et l’autre sur l’imposition d’une taxe à l’importation et à la production de produits utilisant le plastique comme moyen de conditionnement. Mais est-ce là la meilleure solution pour lutter contre ce fléau ?

Officiellement proposé le 14 août dernier, le projet de loi portant sur une interdiction des sacs en plastique au Burkina Faso avait été annoncé depuis le mois de juillet. Et, en réalité, Salif Ouédraogo, l’actuel ministre de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD), n’a fait que poursuivre la politique souhaitée par son prédécesseur Jean Coulidiaty sur ce sujet. Après avoir effectué une opération « Zéro sachet plastique » à Ouagadougou en janvier 2012, ce dernier avait en effet avancé, cinq mois plus tard, deux solutions : l’interdiction de ces sacs ou la taxation du plastique. Soit les deux solutions aujourd’hui proposées par M. Ouédraogo… Et alors qu’il aura fallu plus d’un an, donc, au MEDD pour produire ces projets de loi, il y a toujours de quoi se demander s’il s’agit vraiment de la meilleure solution.

« Le Burkina Faso emboîte le pas à maints autres pays africains dans la lutte contre les sacs en plastique », dira-t-on. Or étaient-ils réellement le bon exemple à suivre ? Nul doute que les lois portant sur taxation des matières plastiques rapportent (beaucoup) aux gouvernements qui les ont mises en place – M. Coulidiaty avait lui-même déclaré en juin 2012 : « Si nous mettons une taxe de 30 francs CFA sur le kilo de sachet plastique, cela nous rapportera près de 180 milliards de francs CFA, et si nous mettons une taxe de 100 francs CFA sur le kilo, cela nous rapportera 600 milliards de francs CFA »… Mais ces lois, et même celles portant sur une interdiction des sacs en plastique, ont-elles effectivement permis d’enrayer le fléau des sachets noirs ? Si cela ne semble pas être le cas, c’est que bien souvent malheureusement les mesures d’interdiction ne sont pas réellement appliquées.

Les sachets « biodégradables », loin d’être la solution miracle

Pire, si elles le sont, l’interdiction ne fait généralement que laisser place aux sacs dits « biodégradables » – c’est en tout cas ce que le projet de loi burkinabè suggère en voulant interdire « les sacs et emballages plastique non-biodégradables »… Or ceux-là, pour la grande majorité, ne changent (presque) pas la donne. Car « biodégradable » ne signifie pas nécessairement « organique ». Donc, contrairement à ce que le fameux préfixe « bio » – utilisé à tout-va de nos jours – suggère, un sac plastique « biodégradable » n’est généralement pas produit à partir de plantes ou autres matières organiques, mais bien de polyéthylène (généralement d’origine pétrolière), comme tout autre sac plastique. Ce n’est qu’un additif qui le différencie du reste : souvent chimique, lui aussi, il permet une dégradation par oxydation. Et bien qu’elle soit plus rapide, certes, que le processus normal de dégradation d’un sachet plastique « non-biodégradable » – qui prend pour sa part plusieurs centaines d’années – on a tendance à oublier que cela ne se fera pas non plus en l’espace de quelques jours seulement...

Ce sont effectivement encore quelques années qu’il faut réellement au sac plastique « biodégradable » pour se désintégrer totalement, lui laissant ainsi tout le temps de nuire (presque) autant à l’environnement qu’un autre. Car combien de sachets, en l’espace ne serait-ce que d’un an, peuvent bloquer les systèmes d’évacuation des eaux, et ainsi augmenter les risques d’inondations ? Combien peuvent être sources d’eau stagnantes, soit le paradis des moustiques, et ainsi participer à la prolifération de ces vecteurs du paludisme ? Et combien seront encore ingérés par les bovins, continuant ainsi d’engendrer la mort de pas moins de 30% du bétail burkinabè ? Tout laisse à penser, en effet, qu’une loi interdisant seulement les sacs (et autres emballages) en plastique « non-biodégradables » ne permettrait pas de mettre fin au fléau. Au contraire d’ailleurs, sachant que l’utilisation même du terme « biodégradable » tend souvent à renforcer l’idée que l’on peut jeter ces déchets n’importe où…

D’autres alternatives à l’interdiction ?

Alors, faut-il implémenter une interdiction stricte de tout emballage plastique ? Ce serait l’idéal, nul doute, mais le moins probable en terme de faisabilité – il n’y a qu’à penser à tous ces sachets que l’on utilise au quotidien, pas seulement les sacs de commerce mais aussi les sachets d’eau, ceux qui contiennent le sucre, le sel et autres condiments, ceux qui recouvrent les paquets de thé ou même de lotus, ceux que l’on défait lorsqu’on déballe un nouvel appareil ménager ou électronique, etc. Néanmoins, avant de changer les normes d’emballage (internationales), il est déjà une pratique simple pour limiter les méfaits du fléau plastique sur notre environnement : promouvoir l’utilisation de sacs organiques, surtout réutilisables, de paniers ou de cabas, pour au moins restreindre l’usage des sachets en plastique dans le commerce.

En outre, pour les sacs et autres emballages plastique que l’on se voit « forcés » d’utiliser, la meilleure solution (entre-temps) n’est-elle pas simplement de ne plus abandonner ces déchets dans le paysage ? Il serait là facile de s’en prendre uniquement à la responsabilité d’un tout à chacun. Or, plutôt que de contourner le problème avec des mesures, voulues grandes mais qui n’auront probablement que très peu d’impact, ne vaut-il pas mieux s’attaquer à sa source – à savoir la gestion des déchets ?

[A suivre : « Une solution possible dans la meilleure gestion des déchets ? »]

Lire aussi : Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ? Partie 1 : Tour d’horizon.

Jessica Rat

Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 10 septembre 2013 à 02:17, par akadi En réponse à : Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ?

    pleinement d’accord. Il nous faut eduquer notre mentalite a ne pas jeter les ordures n’importe ou

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  • Le 10 septembre 2013 à 09:26, par pm En réponse à : Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ?

    la gestion des déchets est effectivement le point a travailler ,mais aussi l’éducation chez les enfants pierre angulaire d’un futur écologique équilibré .
    Quant a ce que vous appelez les sacs organiques ,non ,Les analyses de cycle de vie sont toutes négatives ,on détourne de l’alimentaire pour faire des sacs . Le coton ? savez vous qu’il faut réutiliser 131 fois un sac en coton pour que son impact environnemental soit celui du plastique . Le sacs réutilisable en polypropylène ? Il y a t il une production locale ou bien sera t il importé ? sera t il recyclable ou mettra t il lui aussi des dizaines d’années a se dégrader ? Sera t il lavé ou le véhicule de toutes les bactéries après des mois d’usage ?
    Au congo Brazzaville l’interdiction des sachets d’eau est une ineptie ,les bouteilles obligatoires trop chères, sont réutilisées dans la rue avec de l’eau de provenance inconnue avec les conséquences que l’on sait ,au Rwanda le papier recyclé non alimentaire favorise le développement des maladies ce qui a été largement documenté .... bref plastique oui ,biodégradable par oxydation en 6 mois maximum en cas d’abandon, recyclage ,collecte et éducation ....

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  • Le 10 septembre 2013 à 09:27, par le Généraliste En réponse à : Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ?

    Au regard des inconvénients causés par les sacs non "biodégradables ’’ , il me semble plus judicieux d’adopter une loi visant leur interdiction que de chercher à gerer un produit qui va compromettre l’avenir de plusieurs générations.
    Notre Environnement est le milieu dans lequel nous vivons. Sa destruction ne se fait pas en un seul jour. Elle est progressive (plusieurs années) et devient fatale un jour pour les êtres que nous allons laisser derrière nous.
    La question que nous devons nous poser est la suivante : faut-il manger la chair et laisser les os pour ceux qui vont nous succeder ?
    Je dis non à cette question car nous avons hérité des autres, un Environnement vivable que nous devrons à notre tour entretenir.
    La gestion des sachets non"biodégradable" est un processus où les conséquences seront plus drastiques par rapport à leur éradication car il s’agit de contraindre une population à appliquer des règles qui seront édictées pour lesquelles elle n’est pas prête. De ce point de vu, il est préférable de nous sacrifier pour l’avenir des générations à venir par une interdiction absolue du developpement du bourreau de notre Environnement que sont les sachets plastiques non "biodégradables" que vouloir prévoir des règles qui neseront jamais respectées.

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  • Le 10 septembre 2013 à 10:31, par Cheicklamenace En réponse à : Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ?

    Vous avez beau taxer l importation des sacs plastiques, mais qui vous dit que ces recettes couvriront les dégâts causés.. Le Ruanda a franchi le pas de manière propre pourquoi pas nous ?

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    • Le 28 octobre 2013 à 19:29 En réponse à : Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ?

      le rwanda est un pays ou le mot discipline a un sens, ou la discipline vient d’ en haut. Le Burkina est u pays ou chacun croit faire comme bon lui semble, comme nos dirigeants nous" dirigent" comme bon leur semble, confondant biens publics et bien prives. Amputer une jambe c’est pas enjamber une pute, hein, les gas. Le premier est douloureux, le deuxieme est bon et doux.

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  • Le 12 septembre 2013 à 12:54, par eco-contentement En réponse à : Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ? (Partie 2 )

    "plutôt que de contourner le problème avec des mesures, voulues grandes mais qui n’auront probablement que très peu d’impact, ne vaut-il pas mieux s’attaquer à sa source – à savoir la gestion des déchets ?"

    La gestion de déchets est tout sauf "la source", au contraire, c’est la fin de chaine.
    Comment pouvez vous de façon crédible dire qu’il vaut mieux essayer de gérer les déchets plutôt que de diminuer sa fabrication ???

    Je ne dis pas que les lois prévues vont résoudre le problème, mais vos lacunes à faire une conclusion crédible me fera chercher une analyse ailleurs...
    (Certains mix de mesures sont particulièrement efficaces. Par exemple taxer l’import mais payer les collecteurs volontaires de plastique avec cette taxe, encourageant ainsi à la fois à limiter l’apport de déchet, lutter pour le nettoyage de l’existant, et sensibiliser la population qui gagnera 3 sous à ramasser des ordures...)

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  • Le 18 décembre 2013 à 18:29, par bambore mariam En réponse à : Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ? (Partie 2 )

    en ce qui concerne les sacs plastiques, le phénomène est tel que l’interdiction de production créera plusieurs protagonistes. et au stade actuel de son invasion, l’interdiction ne résous pas le problème. pour résoudre un temps soit peu ce problème, il serait utile de revoir la collecte des vieux sachets. pourrait - on pas acheter plus cher l’ancien sacs ? Si cela est le cas croyez moi personne ne jettera son sac après usage. surtout les femmes qui en sont les plus consommatrices. voyons comment elles conserve les emballages des cubes Maggie pour les échanger contre des plats. alors si, au lieu d’acheter à 25f le kg de vieux sachets, on achetait plutôt le vieu sachet à 5f ou 10f. ce serait la ruée vers la collecte de sachet. tout comme c’est le cas pour le fer. concluons que ceci nécessite d’énormes moyens financiers mais pour un environnement saint le coût doit importer peu.

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  • Le 18 décembre 2013 à 18:35, par bambore mariam En réponse à : Le sac plastique, que faire contre ce fléau environnemental ? (Partie 2 )

    en ce qui concerne les sacs plastiques, le phénomène est tel que l’interdiction de production créera plusieurs protagonistes. et au stade actuel de son invasion, l’interdiction ne résous pas le problème. pour résoudre un temps soit peu ce problème, il serait utile de revoir la collecte des vieux sachets. pourrait - on pas acheter plus cher l’ancien sacs ? Si cela est le cas croyez moi personne ne jettera son sac après usage. surtout les femmes qui en sont les plus consommatrices. voyons comment elles conserve les emballages des cubes Maggie pour les échanger contre des plats. alors si, au lieu d’acheter à 25f le kg de vieux sachets, on achetait plutôt le vieu sachet à 5f ou 10f. ce serait la ruée vers la collecte de sachet. tout comme c’est le cas pour le fer. concluons que ceci nécessite d’énormes moyens financiers mais pour un environnement saint le coût doit importer peu.

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