Culture de champs à Bobo-Dioulasso : Des femmes et des filles à 750 F la journée de travail

jeudi 29 août 2013 à 16h39min

Des femmes et des filles ont trouvé de quoi subvenir, tant soit peu, à leurs besoins. Aux abords des chaussées sur la route de Dédougou, de Bama, de Ouagadougou, elles attendent patiemment des « propriétaires de champs » pour aller labourer leur champ moyennant rémunération. Non sans courbatures, risques de viol ou autres violences. Nous sommes allés à leur rencontre.

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Culture de champs à Bobo-Dioulasso : Des femmes et des filles à 750 F la journée de travail

Le quartier Sakabi à Bobo-Dioulasso paraît être un autre monde depuis l’installation de la saison pluvieuse, eu égard à l’animation et aux différentes activités qui s’y mènent. Vendredi 9 août 2013, près d’une plaque publicitaire sur laquelle on pouvait lire l’indication d’une pharmacie, un groupe de jeunes filles et de femmes s’étaient installées, daba en main. Il était 6h30. Certaines y étaient depuis six heures.
D’autres continuaient toujours à rejoindre le groupe. Gaies, pensives, soucieuses…, chacune traduisait ainsi ses sentiments en cette matinée. Une seule préoccupation les réunissait pourtant : celle d’aller cultiver des champs moyennant argent. Sabi Doulkoum est mère de trois garçons. « J’ai commencé cette activité seulement cette année. Avant, je faisais du commerce qui ne fructifiait pas. J’ai trouvé alors mieux de m’investir dans cette activité pour avoir de quoi subvenir à certains besoins familiaux  », explique-elle en langue mooré, l’air assez gaie. Pour cette dame, « la culture de champ n’est pas une mince affaire. C’est un travail, a-t-elle dit, qui demande beaucoup d’efforts physiques  ». « Je suis âgée et je ne peux parfois fournir la même énergie que les jeunes filles », dit-elle. Elle poursuit en déplorant la malhonnêteté de certains propriétaires de champs. « Des gens viennent nous chercher pour uniquement sarcler. Mais, une fois sur le terrain, nous nous rendons compte que le champ n’est même pas encore défriché. Nous sommes donc obligées de procéder au défrichage, ce qui en réalité doit être rémunéré plus cher », fait-elle savoir. A combien sont-elles rémunérées après toute cette corvée ? « 500 F CFA ou 750 F CFA la journée », répond-elle. Et d’ajouter : « c’est mieux que rien, sauf que le travail est très dur ». Ces femmes « cultivatrices » travaillent toujours à deux ou en groupe.

Pour aider à payer la scolarité !

Adjara, 16 ans et Andé, 15 ans, sont toutes des élèves au secondaire. Pendant ces vacances et ce depuis deux ans, elles n’ont d’activité que la culture des champs. « Nous faisons ce travail pour aider les parents dans les charges scolaires à la rentrée des classes. C’est difficile, mais nous pensons que c’est mieux que les balades inutiles en ville », soutiennent-telles avec conviction. A pied, sur tricycle ou même en véhicule, tout dépend du moyen de déplacement du propriétaire du champ, les « femmes et filles cultivatrices », se rendent dans les champs chaque matin pour des objectifs divers. Une fille-mère du groupe, contrairement aux autres femmes, fait ce travail malgré elle. « Je vis seule avec mon enfant dont le père a fui pour l’Afrique centrale. Il me faut donc faire ce travail pour m’occuper de l’enfant  », a-t-elle confié. Les filles disent discuter le prix du travail de la journée à 500 ou 750 F CFA si le propriétaire doit leur donner à manger. Si la nourriture (le plus souvent du tô ou du haricot) n’est pas fournie, elles sont payées à 1 000 F CFA.

Exposée au viol pour 750FCFA

Seules dans les champs, les filles et les femmes sont parfois exposées au viol et à d’autres violences. « Il y a des gens malintentionnés qui viennent nous solliciter pour la culture de leur champ, mais après ça devient autre chose », confie Andé. Elle se souvient d’ailleurs le jour où, elle et son amie ont failli être violées par des hommes. « Il est venu nous chercher au bord de la chaussée. Une fois au champ, il nous a fait comprendre qu’il va chercher un matériel de labour. Les minutes suivantes, nous l’avons vu venir avec d’autres hommes. Nous nous sommes sauvées », a-t-elle raconté. C’est donc un travail pénible et hautement risqué que des braves femmes et filles de la ville de Bobo-Dioulasso ont choisi. N’est-ce pas mieux, surtout qu’il n’y a pas de sot métier.

Bassératou KINDO

L’Express du Faso

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