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Ceux qui ont peur de l’article 37

Accueil > Actualités > Politique • • vendredi 23 août 2013 à 16h39min
Ceux qui ont peur de l’article 37

Ils réclament à cor et à cri la
révision de l’article 37 de la
constitution burkinabè. Ils ne
veulent pas du tout entendre que
le mandat présidentiel a une
durée et une limite. Blaise
Compaoré, leur naaba moderne,
doit continuer son règne à la tête
du pays. S’il est à ce niveau, c’est
par la volonté divine et personne,
surtout pas un « simple article », ne
doit l’obliger à prendre vacances
des affaires du pays. Ces gens qui
se lamentent à l’idée du départ du
président Compaoré en 2015
n’ont pourtant pas tort. Si ce
dernier s’en va, qui les assurera
les nombreux privilèges dont ils
jouissent depuis plus d’un quart
de siècle ?

« Un article de la constitution ne
saurait restreindre le choix des
Burkinabè, en les privant de
l’opportunité d’accorder leur
confiance à la personne qui leur convient. »
C’est la conviction de François
Compaoré, le frère cadet du chef de
l’Etat. Dans le lot de ceux qui
souhaitent la révision de l’article 37,
on peut distinguer trois catégories
d’acteurs.

D’abord, le premier cercle
présidentiel,

le noyau autour duquel
s’est replié le président depuis 2005.
La présidentielle de cette année-là a
révélé le recentrage des pools de
pouvoir du parti vers les réseaux du
cercle familial. La marginalisation du
CDP a commencé ou s’est
manifestée avec l’investiture du
candidat Blaise Compaoré. Le parti
dont il est le candidat l’a investi à
Ouagadougou sans sa présence.
C’est dans le patelin familial à
Ziniaré que la cérémonie a eu lieu, le
tout orchestré par les associations
patronnées par le frère François. Le
parti a été relégué au rôle
« d’accompagnateur ».

Cela ne pouvait
pas plaire au directeur de campagne
qui n’était autre que Salif Diallo. A
partir de ce moment, la machine de
broyage politique de ce dernier s’est
mise en marche jusqu’à l’éviction de
tous les ténors au congrès de mars
2012. On peut comprendre ce
premier cercle. Il est plus dans
l’ordre du sentimental. Tous
souhaitent que le frère reste au
pouvoir pour non seulement les
privilèges que ce maintien peut
procurer, mais aussi par la crainte
que suscite l’après pouvoir. A ce
niveau, c’est humain, donc
compréhensible. François
Compaoré est le porte-parole de ce
groupe. Lui particulièrement n’a
aucun intérêt que le bail de son frère
prenne fin. Il est associé dans
beaucoup d’affaires qui, pour de
nombreux Burkinabè, restent à
élucider malgré leur fin de course à
la justice. Il se bat donc pour ses
propres intérêts et pour assurer ses
arrières.

Le second groupe, c’est celui des
militaires.

Ce sont principalement
des hauts gradés de l’armée, même si
parmi eux on compte de simples
soldats. Ils ont aidé à prendre le
pouvoir le 15 Octobre 1987 ou à le
consolider d’une manière ou d’une
autre. Certains ont supervisé le
massacre de Koudougou le 27
octobre 1987, d’autres se sont
illustrés dans de mauvais traitements
infligés à ceux qu’on amenait au
Conseil pour « explication ». Les
étudiants de la génération 90 se
souviennent des manoeuvres subies
dans ce sinistre lieu. L’étudiant Dabo
Boukary et le Professeur Guillaume
Sessouma n’ont plus été revus
depuis leur passage à ce lieu. Même
leur lieu de sépulture reste inconnu
de leur famille. Les militaires qui ont
donné l’ordre de les « faire » sont
encore de service. Ils ne peuvent pas
vouloir la fin du régime qui assure
leur impunité. Mais ce sont les hauts
gradés qui n’ont surtout pas intérêt
au changement. Beaucoup ont été
ministres, présidents d’institution,
directeurs généraux, premiers
responsables dans l’administration,
postes généralement réservés aux
civils dans un Etat de droit. De ces
positions, beaucoup ont profité se
lancer dans des affaires et font
effectivement des affaires
florissantes. Ils sont dans l’import-export,
dans les hydrocarbures, les
BTP et les services. Presque dans
tous les secteurs qui peuvent
rapporter gros.

Ils trouvent dans le
régime de Blaise Compaoré, le
parapluie indispensable à la
continuité, « dans la paix », de leurs
activités lucratives. Sans oublier leur
position dans l’armée qui leur
procure d’autres avantages matériels
et de prestige social. Cette caste de
militaires habitués aux délices du
pouvoir ne voit pas d’un bon oeil le
changement. Ils ne sont pas
totalement rassurés malgré les
bonnes gages données par le
nouveau chef de file de l’opposition,
Zéphirin Diabré, qui martèle à
longueur d’interviews que le
changement qu’il prône n’est pas
synonyme de vengeance. Il s’adresse
peut-être à leur compréhension de la
justice, une exigence dans tout Etat
de droit qui ne saurait être qualifiée
de vengeance. La question de ces
militaires est une préoccupation
d’autant plus que dans l’armée, ils se
sont fait beaucoup d’ennemis. Le
Centre pour la Gouvernance
Démocratique (CGD) a eu raison le
2 juin dernier, de parler, lors de son
« Dialogue démocratique » de tabou
constitutionnel quand on évoque la
place et le rôle de l’armée dans le
système politique burkinabè. Tous
les observateurs s’accordent pour
dire que le fond du régime reste
militaire. Même certains civils qui
sont associés à la gestion du pouvoir
ont acquis certains reflexes de
caserne (cf. l’affaire des 23 kg d’or
avec les ministres Kaboré et
Yaméogo).

C’est une problématique
qui interpelle les acteurs politiques,
surtout à la lumière de ce qui s’est
passé en Egypte. Quand on est
habitué à une situation de rente et de
privilèges indus, on est prêt à
perpétrer un coup d’Etat pour
sauvegarder ses gros intérêts. En
Egypte, l’armée est restée une
institution solide et a su jusque-là
préserver une certaine unité en son
sein. Peut-on dire la même chose de
l’armée burkinabè après ce qui s’est
passé en 2011 ? Il est permis d’en
douter.

Enfin, le troisième groupe est
constitué des « intellectuels »,

précisément ceux que les
sociologues appellent « les intellectuels
du pouvoir » et tous les acteurs
« informels » sur lesquels compte le
pouvoir pour encadrer la société
dans son ensemble. Les « intellectuels
du pouvoir » sont des cadres qui ne
peuvent pas s’imaginer servir en
dehors du pouvoir. Ils rechignent à
être dans l’opposition, même un seul
jour. On en trouve un peu partout
dans le monde, surtout en Afrique.
Leur prototype, parfait en Afrique
francophone, c’est l’Ivoirien Dona
Fologo. De Houphouët à Ouattara
en passant par Bédié, Guëi et
Gbagbo, il a proposé ses services.
Ouattara a décliné ses offres, lui
demandant de faire valoir ses droits
à la retraite. Ce genre d’intellectuels
veulent servir du premier au
dernier président du pays.
Logiquement donc, «  les
intellectuels du pouvoir
 » au
Burkina ne devraient pas craindre
leur sort parce qu’ils pourraient se
faire valoir dans le nouveau régime
qui viendrait à s’installer comme
on l’a vu au Sénégal après la
première alternance en 2000.

Mais
leur crainte est largement justifiée
car ils ont tellement duré au
pouvoir et traînent des casseroles
que tout nouveau régime n’aurait
aucun intérêt à s’allier avec eux. Ils
constituent plus un boulet au pied
qu’un recours sûr pour la gestion.
Cette catégorie de personnes se
recrute dans deux sphères du
régime. L’ancienne classe
dirigeante du pays qui a rejoint
armes et bagages le Front
populaire au lendemain du coup
d’Etat du 15 octobre 1987 ou lors
de la constitution du CDP en
1996. Ce sont des anciens
politiciens de la 3ème République et
des cadres de l’administration à la
retraite. A ceux-ci, il faut greffer la
cohorte de chefs traditionnels
ainsi que les cadres non actifs
politiquement, mais foncièrement
conservateurs qui trouvent dans
ce pouvoir un terreau fertile pour
fructifier leurs affaires ou couvrir
leur mauvaise gestion dans les
administrations publique et privée
ou dans les ONG. Les opérateurs
économiques véreux ayant
bénéficié des prébendes et des prête-noms
lors des privatisations
complètent cette liste.
Dans la seconde sphère, on retrouve
les intellectuels dit de gauche qui se
sont battus dans des groupuscules
aussi bien dans le Conseil national de
la révolution (CNR) que du Front
populaire. Ils sont très fragmentés,
mais le gros lot qui prône la révision
de l’article 37 appartient à l’ex-
Union des communistes du Burkina
(UCB).

C’est le dernier carré des fidèles du
président, ses conseillers officiels et
occultes à la présidence. Ils sont très
actifs dans des moments troubles de
l’histoire du régime ou lors des
congrès du parti. Ils aident le
président dans ses choix des
hommes ou des formules pour
garder l’initiative de la situation.
Tous ces acteurs ont peur de
l’alternance et sont prêts à soutenir
la révision de l’article 37 de la
constitution. Mais dans le contexte
actuel, les choses risquent de leur
échapper car le désir de changement
est plus fort dans de nombreux
segments de la société burkinabè,
surtout chez les jeunes dont
l’horizon n’est pas prometteur avec
le statu quo actuel. S’ils engagent le
bras de fer, ils sortiront forcément
perdants.

Abdoulaye Ly

MUTATIONS N° 33 du 15 juillet 2013. Bimensuel burkinabé paraissant le 1er et le 15 du mois (contact :mutations.bf@gmail.com- site web : www.mutationsbf.net)

Vos commentaires

  • Le 23 août 2013 à 16:54, par le fou En réponse à : Ceux qui ont peur de l’article 37

    mm si le pouvoir quitte la main du président pardon ne confié pas ca a un affamé d’opposant qui va venir nous vider nos comptes à tous

    Répondre à ce message

  • Le 23 août 2013 à 17:04, par l’indigné En réponse à : Ceux qui ont peur de l’article 37

    quoi que blaise et son clan fassent, le changement est inéluctable. et s’ils ne font pas attention 2015 ne les trouvera pas.

    Répondre à ce message

  • Le 23 août 2013 à 17:15, par RV En réponse à : Ceux qui ont peur de l’article 37

    Vrai, vrai et vrai ! Sauf que la main de Dieu est toujours du côté du peuple qui souffre de plus en plus. Blaise a le choix entre l’honneur du départ en 2015 et l’humiliation de la modification de l’article 37.

    Répondre à ce message

  • Le 23 août 2013 à 17:17, par BloW o_O En réponse à : Ceux qui ont peur de l’article 37

    .....EXCELLENT !!! j’adore la dernière phrase... "S’ils engagent le bras de fer, ils sortiront forcément perdants" :) !!!!!

    Répondre à ce message

  • Le 23 août 2013 à 17:25, par Alexio En réponse à : Ceux qui ont peur de l’article 37

    En conclusion le Burkina Faso est loin d etre un Etat de droit. avec sa bougeoisie kompradore de son l armee lubrifier par Blaise Compaore. Le Spectre de Sankara Thomas est la cause de la patrimonialisation du pouvoir actuel,qui comme le journaliste Sy a broder les contours sont animes d une force militaire garante du regime. Les comptes a rebours seront rembourses quelque soient avec Reference le conte du loup et l agneau. Cette maffieuse organisationnelle de la distribution de la richesse commune va peter un beau jour par la conscience des jeunes officiers dans notre armee quand leur tour arrivera. Cette contradiction des generations qui va nous evoluer dans un Etat de droit ou les detourneurs du bien notre commun seront depister et juger selon la gravite de leur crime contre le peuple. Le journaliste a ommis de situer la postion de la France pour le tripatouillage de l Article 37 de la constition.

    Répondre à ce message

  • Le 23 août 2013 à 17:25, par jeunePilote En réponse à : Ceux qui ont peur de l’article 37

    Ainsi va la vie !, Accepter que toute chose à une fin, c’est déjà faire preuve de réalisme salvateur. j’ avais seulement un an quand ils sont arrivés au pouvoir... je voudrais savoir pour lequel de leurs désirs ou fantasmes non satisfaits, s’accrochent-ils au pouvoir désespérément ? Pour le moins qu’on puisse dire, ils ont amassé assez de biens (argent et tout ce qui va avec) pour être à l’abri (famille, clan et villages compris) du besoin pour le restant de leur vie...C’est à ne rien comprendre de la logique humaine !

    Répondre à ce message

  • Le 23 août 2013 à 17:58, par N’Djolé En réponse à : Ceux qui ont peur de l’article 37

    Mais ils ne resteront pas au pouvoir jusqu’à leur mort, de toutes les façons, qu’il pleuve ou qu’il neige. Je sais que quand Blaise tombe malade, beaucoup d’entre ceux que vous avez cités ici ou tous accourent avec les liasses d’argent pour le soigner, de peur qu’il ne meure et laisse la place à quelqu’un (même issu de leur sein !) qui ne pourra pas les couvrir. C’est pourquoi un avis contraire tendant au changement issu de leur propre camp (cas de Salif Diallo) leur fait peur et l’idée tuée par la mise aux portes de son auteur afin qu’il ne soit plus influent et capable de répandre son idée. Pour ce faire, le CDP a une stratégie : ils nomment ou mettent leurs membres influents à des postes stratégiques et les poussent à voler , à y commettre des gaffes ; et cela lui reste collé, s’il quitte le navire il reste toujours contraint au silence parce que ayant les mains sales. Et s’il s’amuse à aller dans le sens contraire au leur, il le menacent de le dénoncer et de le livrer. Cas de Salif, de Rock et de Juliette, pour ne citer que ceux-là. Ceux qui peuvent lever le petit doigt n’ont en réalité, jamais de véritables barrons du pouvoir de Blaise. Sinon ils auraient les mains sales et ne pourraient pas les critiquer aujourd’hui. Cas des "refondateurs" (René Emile et co.) et Sara Séré.

    Une chose aussi. La communauté musulmane ou dirais-je l’association des musulmans, doit arrêter sa comédie et de se ridiculiser. On demande leur position et non leur médiation. Une situation est la posée. Et vous vous n’êtes pas capables d’en faire une lecture réaliste en vue de guider vos fidèles ? Heureusement que cette association n’est pas les musulmans eux-mêmes—je présume qu’on peut être musulman sans se reconnaître en être membre. A cause de Assimi Kouanda, vous ne pouvez pas dire la vérité à ceux qui vous écoutent tous les jours ? Tous vos fidèles sont-ils riches (j’ai en mémoire les enfants dits TALIBE que vous envoyez mendier pour vous) au point que vous ne sachiez pas que l’argent du Sénat peut permettre à vos fidèles de se payer un plat de "benga" ? A-t-on besoin réellement d’écouter quelqu’un dans ça ? Eviter de jouer aux équilibristes en attendant de voir le camp vers lequel basculera la balance pour vous y ranger. D’accord, tout ça c’est bien. Vous avez joué aux sages prudents consciencieux équilibristes. Maintenant, dites nous, après avoir écouter les protagonistes si le SÉNAT dans le contexte actuel du Burkina est opportun et si vous êtes pour ou contre. C’est ce qu’on vous demande. Un conseil pour vous avant de partir : évitez de qualifier ceux qui ont pris leur courage pour prévenir en attirant l’attention de qui de droit de Faiseurs de grand bruit comme pour dire la vérité, il faut chuchoter à l’oreille de quelqu’un. Vos prières déjà font du bruit. Si l’opportunité de faire du bruit arrive, vous devriez en être les premiers à prendre la parole comme vous le faites chaque jour au petit matin avant tout le monde, et cela, à travers des mégaphones. La subvention gouvernementale pour votre pèlerinage 2013 vous a certainement cloué le bec. Tous ceux qui en ont bénéficié ont commis du HARAM et leur voyage sera un simple voyage touristique ou d’affaires. Car Allah le Miséricordieux n’aime pas qu’on spolie la veuve, l’orphelin, le pauvre, en un mot, en son Saint Nom

    Répondre à ce message

  • Le 24 août 2013 à 17:07, par diblood En réponse à : Ceux qui ont peur de l’article 37

    Il y a une chose que nous ne comprenons pas tous.
    Bien de gens souhaitent que Blaise dure au pouvoir pour leurs permettre de continuer a piller impunement. Ce n’est pas la tete de Blaise qu’ils veulent proteger mais les leurs.

    Répondre à ce message

  • Le 25 août 2013 à 07:56, par karsamba En réponse à : Ceux qui ont peur de l’article 37

    Bel article

    Répondre à ce message

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