Pr Albert Ouédraogo, maître de conférence de lettres à l’université de Ouagadougou : « Les 50 ans de l’UA ne sont pas à jeter dans la corbeille »

lundi 27 mai 2013

« L’Organisation de l’unité africaine (OUA) a été une institution qui a été reconnue pour sa pertinence, même si certaines de ses prises de positions ont été décriées. Mais grâce à cette structure, on a pu éviter pas mal de conflits et de guerres. L’OUA a travaillé à ce que les pays qui n’avaient pas accédé à l’indépendance puissent s’acheminer vers l’indépendance en les encourageant et en les soutenant.

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Pr Albert  Ouédraogo, maître de conférence de lettres à l’université de Ouagadougou : « Les 50 ans de l’UA ne sont pas à jeter dans la corbeille »

Elle a participé au combat contre l’apartheid qui a permis à la majorité noire d’accéder aux affaires en Afrique du Sud. C’est autant de résultats qui méritent d’être salués parce que ce n’était pas quelque chose de gagné. Il fallait que ces pays nouvellement indépendants travaillent à défendre leur cause face aux deux blocs. Il y a aussi que sur le plan économique, les choses n’ont pas bien marché parce que l’Afrique qui n’a pas réussi à sortir totalement de la dépendance économique est toujours restée comme un continent de réserve de matières premières plutôt qu’un continent capable de transformer ses potentialités en un produit fini. Ceci dit, les 50 ans ne sont pas à jeter dans la corbeille, ce sont plutôt des expériences qui ont été faites et qui méritent d’être reconnues et sur lesquelles il faut s’appuyer pour bien vivre les 50 ans à venir. L’Afrique doit d’abord prendre conscience de ce qu’elle représente au niveau international et pour cela, il faut que l’Afrique apprenne déjà à se sentir comme appartenant à un même continent. Cela ne joue toujours pas malheureusement dans les prises de position internationale. Il faut que cette prise en compte soit faite. L’ère des héros est finie et il faut reconnaître qu’aucun pays africain ne peut décoller tout seul. C’est pourquoi la question de l’union africaine est au cœur de notre positionnement dans les 50 années à venir.

Malheureusement, les 50 années passées ont surtout consisté à faire en sorte que beaucoup de pays ont plutôt servi de cheval de Troie de certains autres pays, des puissances coloniales en vue de déstabiliser les uns parce qu’ils mettent en place des régimes qui ne sont pas en faveur de tel clan ou de tel autre clan. Il est donc grand temps que nous finissons avec ce type de politique pour qu’ensemble, nous puissions d’abord mettre fin aux différents coups d’Etats qui n’ont jamais permis un développement ni une démocratie, bien au contraire. Aujourd’hui, alors que la plupart des pays sont en pleine récession, l’économie africaine se porte assez bien. Nous sommes sur une pente de croissance et on est au bas du creux et on ne peut que remonter. Par conséquent, il faut que les dirigeants africains mettent l’accent sur le développement de la ressource humaine en vue d’en faire la composante majeure du développement, qu’ils mettent l’accent sur l’éducation, les universités, les centres de recherche avec un espace où la gouvernance sera démocratique. Ce sont des conditions minimales qui devront permettre l’évolution de l’Afrique afin qu’on laisse aux oubliettes, les guerres qui ont trop endeuillé le continent.

Malheureusement le bruit des canonnières est encore là. C’est l’exemple de cette guerre non achevée au Mali ; le Nigéria qui souffre de ce conflit politico-religieux, la Somalie et la RDC. Ce sont autant de foyers d’inquiétude. Et même là où il n’y a pas de foyer ouvert on n’est pas sûr que d’ici là il n’y aurait pas un basculement pour des questions de gouvernance interne. Pour se faire, L’UA doit lutter pour que les clauses de sa charte puissent être respectées et surtout les questions de la démocratie et de droits humains constituent des principes non négociables. C’est la seule manière de pouvoir galvaniser notre système et faire en sorte que tous les citoyens puissent croire à un lendemain meilleur. Il faut qu’on travaille à sortir un peu de certaines politiques nationalistes et xénophobes qui ne contribuent pas malheureusement à renforcer le sentiment d’appartenance à un continent commun. Ce sentiment ne peut se refléter que si on ne se sens pas étranger chaque fois qu’on franchit les frontières nationales.

Ceci n’est pas encore une réalité, qu’il s’agisse de l’Afrique de l’Ouest, du Nord, du Centre, et Australe, on est encore malheureusement confronté à des difficultés quant à la libre circulation des personnes. Ce n’est pas normal, on ne peut pas construire l’unité africaine en pensant que les hommes ne sont pas au cœur de cette dynamique. Il est temps que les administrations harmonisent leur politique et mettent en place des mesures de protection des ressortissants non nationaux afin qu’on puisse sortir de cette question de citoyenneté nationale pour aller vers des citoyennetés supranationales qui aideraient le continent à aller de plus en plus vers une grande unité par approche étagée. Commençons d’abord par construire les citoyennetés régionales et à partir de ce moment, l’UA serait un achèvement pour le long terme. C’est peut-être là que le président Kadhafi s’est un peu trompé en voulant mettre la charrue avant les bœufs, parce que l’UA ne peut pas se construire à partir du sommet, mais à partir de la base ».

Paténéma Oumar OUEDRAOGO

Sidwaya

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