Repositionnement de la planification familiale : Maîtriser les naissances pour de meilleures conditions de vie des populations.

mardi 21 mai 2013 à 20h22min

Avec un taux de fécondité élevé (six enfants par femme), la croissance démographique du Burkina Faso est un problème social majeur. Les autorités et des organisations de la société civile travaillent donc à maîtriser ce problème en mettant l’accent sur le repositionnement de la planification familiale. Pour en savoir plus sur cette notion de repositionnement, Lefaso.net a rencontré M. Boureihiman Ouédraogo, directeur exécutif de l’Association burkinabé pour le bien être familial (ABBEF).

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Repositionnement de la planification familiale : Maîtriser les naissances pour de meilleures conditions de vie des populations.

Pouvez-vous nous rappeler ce que c’est que l’ABBEF ?

L’ABBEF est une association nationale reconnue d’utilité publique par les autorités du fait de sa contribution significative dans la promotion de la santé des populations du Burkina Faso. Créée en 1979, l’ABBEF avait pour activité principale les sensibilisations sur les grossesses non désirées et leurs conséquences. Actuellement, notre programme d’activités a beaucoup évolué et touche maintenant toutes les composantes de la santé de la reproduction.

Aujourd’hui, nous entendons parler du repositionnement de la planification familiale au Burkina Faso. Dites-nous ce que c’est ?

En termes simples, le repositionnement de la planification familiale signifie qu’il faut considérer la planification familiale comme une priorité qui doit s’inscrire dans les différents plans de développement du Burkina Faso. Les services de planification familiale offrent beaucoup d’avantage au plan individuel, communautaire et national. En effet, ils permettent de maîtriser la croissance démographique en réduisant les grossesses non désirées et précoces, les grossesses rapprochées, les grossesses multiples et les grossesses tardives.

Ces différents éléments ne facilitent pas la santé de la mère et de l’enfant mais participent plutôt à augmenter la mortalité maternelle et infantile. Selon l’enquête démographique et de santé (EDS), actuellement le taux de mortalité maternelle est de l’ordre de 307 décès pour 100 000 naissances. Ce taux est très élevé. C’est pour cette raison qu’il faut rendre l’accès aux services de planification familiale disponible et accessible à tous.

Quels sont les objectifs principaux du repositionnement de la planification familiale ?

Au Burkina Faso, l’indice synthétique de fécondité fait état de six enfants en moyenne par femme, donc un taux de croissance de 3,1%. Cela signifie que chaque année il y a environ 500 000 personnes qui s’ajoutent à notre population. Et quand on voit la structure de notre population, on se rend compte que plus de la moitié a moins de quinze ans. Ce qui revient à dire que l’autre moitié est amenée à travailler pour éduquer, nourrir et prendre en charge ces jeunes enfants.

Le repositionnement de la planification familiale a donc pour objectifs principaux de :
-  Amener les personnes qui conçoivent les plans de développement à s’intéresser aux services offerts par la planification familiale car ils permettent de réduire considérablement la pauvreté ;
-  Faire bénéficier les avantages liés à la planification familiale à toutes les populations ;
-  Rendre disponible et accessible les services de planification familiale : Les besoins non satisfaits s’élèvent de nos jours à 23,8%. Cela veut dire qu’il y a des gens qui veulent utiliser ces services mais pour diverses raisons (situation géographique, difficulté financière, barrière socioculturelle…) n’ont pas accès à ces services ;
-  Lever les barrières socioculturelles à l’usage des services de planification par les sensibilisations notamment.

Dans le cadre de vos activités relatives au repositionnement de la planification, quelles sont les structures avec lesquelles l’ABBEF travaille ?

Dans le cadre du repositionnement de la planification familiale, l’ABBEF travaille en phase avec les programmes du ministère de la santé. Sur le terrain, nous travaillons également avec d’autres organisations de la société civile afin d’étendre nos activités au maximum de personnes possible. Nous menons aussi des activités de plaidoyer auprès des autorités pour obtenir beaucoup plus de regard et d’allocations de ressources au profit de la planification familiale.

Quels sont les moyens que vous utilisez pour atteindre les objectifs du repositionnement ?

Concernant les moyens, nous avons les activités de plaidoyer auprès des partenaires techniques et financiers pour qu’ils allouent des ressources conséquentes pour l’atteinte des objectifs du repositionnement. Aussi, avons-nous les plaidoyers auprès de nos leaders (politiques, religieux, coutumiers…) pour qu’ils travaillent à faire accepter l’utilisation des services de planification familiale. Enfin, nous avons les activités de sensibilisations en direction des populations directement.

Sur le plan de nos programmes, nous avons des cliniques fixes et les centres d’écoute pour jeunes au sein desquels nous offrons toute la gamme de produits contraceptifs et faisons les sensibilisations. Nous disposons aujourd’hui de deux cliniques (une à Ouaga et l’autre à Bobo) et de cinq centres d’écoute pour jeunes (un à Ouaga, un à Bobo, un à Koudougou, un à Koupèla et un autre à l’université de Ouaga).

Quels sont les mesures d’accompagnement pour l’atteinte de vos objectifs ?

Nous disposons d’une gamme de kits de moyens de contraceptions que nous donnons gratuitement aux usagers de nos centres. Sur le terrain aussi, nous offrons nos services gratuitement aux personnes indigentes. Nous faisons également le conseilling pour les couples et familles qui éprouvent des difficultés pour utiliser nos services.

Avez-vous le soutien de nos autorités pour le repositionnement de la planification familiale ?

Les autorités du Burkina Faso se sont toujours intéressées à la planification familiale. Pour preuve, notre pays a organisé une conférence de presse internationale à ce propos sur le thème « urgence d’agir ». Au cours de cette conférence qui a regroupé huit pays de l’Afrique de l’ouest, il a été question de la planification familiale, de son repositionnement et chaque pays devait élaborer un plan d’action avec les organisations de la société civile. Au sommet de Londres sur la planification familiale, Chantal Compaoré a rassuré la communauté internationale sur l’engagement du Burkina Faso à rendre accessible et disponible les services de planification familiale. Le Burkina a également adopté une politique nationale en matière de population. A la lumière de tout cela, nous pouvons dire que nos autorités sont pleinement engagées dans le repositionnement de la planification familiale.

Quel bilan pouvez-vous faire des activités que l’ABBEF a menées jusque là ?

Nous sommes satisfaits de ce que nous faisons car de plus en plus les gens prennent conscience de l’intérêt de prendre en compte la planification familiale dans les plans de développement. Nous sommes fiers aussi parce que le taux de prévalence contraceptive a augmenté (09% il y a quelques années à 15% aujourd’hui) et les besoins non satisfaits ont connu une baisse (29% il y a une dizaine d’année à 23, 8% en 2012).

Et pour conclure ?

Nous remercions toutes les personnes (partenaires techniques et financiers, volontaires de l’ABBEF, leaders nationaux…) qui interviennent d’une manière ou d’une autre à ce combat. Nous remercions nos autorités qui ont voté une ligne budgétaire dans le budget de l’Etat pour l’achat des produits contraceptifs. Le Burkina a pris l’engagement de subventionner l’ensemble de tous les services de planification familiale. Ce qui témoigne de l’intérêt qu’elles portent à ce sujet.

Nous invitons tout le monde à apporter son concours pour la promotion de la planification familiale. Le repositionnement concerne tout le monde. En s’y mettant tous, on aura une mobilisation sociale générale et la prise de conscience sera effective. Maîtriser la fécondité des femmes induit de meilleures conditions de vie (éducation, formation, santé…) pour toute la société et donc des ressources humaines de qualité qui participeront activement à la production de biens et services.

Propos recueillis par Patindé Amandine Konditamdé
Lefaso.net

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