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La radio Pag-la-yiri de Zabré : Un chantre de la paix

Accueil > Actualités > Multimédia • • mercredi 13 mars 2013 à 22h47min
La radio Pag-la-yiri de Zabré : Un chantre de la paix

Radio des mille collines, voici un nom qui a fait le tour du monde. Tristement célèbre de par son rôle de propagande dans le génocide rwandais
de 1994, le cas de la radio des mille collines est abondamment évoqué dans les écoles de journalisme comme dans la rue, comme étant l’exemple
à ne jamais reproduire. Aux antipodes des médias de la haine, s’il en existe encore, il y a des médias sans doute moins célèbres, mais dont le
travail mérite d’être salué. Sont de ceux-là, au Burkina, la radio Pag-la-yiri de Zabré qui a reçu les félicitations des autorités pour son rôle de
pacificateur dans le drame survenu entre communautés peulh et bissa et qui a fait 6 morts dans le premier camp et un mort dans le second. Entre
le 30 décembre 2012 et le 1er janvier du nouvel an, la commune de Zabré a vécu dans l’horreur (cf. Mutations N°21 du 15 janvier 2013)

. Au moment
où on panse les plaies et scrute l’horizon de la réconciliation et à l’orée de la journée internationale de la femme, Mutations ouvre une fenêtre sur l’association Pag-la-yiri de Zabré, un exemple de femmes motrices de développement.

La radio Pag-la-yiri est une
des importantes
réalisations à l’actif de
l’association du même
nom. La radio Pag-la-yiri est un
média communautaire qui se veut
proche de la population locale, celle
de Zabré et de ses environs. Son
objectif premier était de donner la
parole aux femmes, elles qui sont à
l’initiative de l’association et ensuite
de la création de la radio. La radio
Pag-la-yiri est la seule radio de la
commune de Zabré. Elle émet
officiellement depuis juin 2009
après une cérémonie d’inauguration
en présence de Béatrice Damiba,
Présidente du Conseil Supérieur de
la communication. La radio Pag-layiri
malgré sa particularité de radio
« féminine » ou encore
communautaire, est aussi une radio
généraliste. Elle diffuse sur la
fréquence 94.3 en FM et sur un
rayon de 100 kilomètres à la ronde.

La capacité de son émetteur lui
permet de couvrir intégralement ou
partiellement trois
provinces voisines que sont : le
Boulgou (chef-lieu Tenkodogo), le
Zoundwéogo (chef-lieu Manga) et
le Nahouri (chef-lieu Pô) dans les
régions du Centre-Est et du Centre-
Sud. Vue son rayon de couverture,
la radio a même acquis une audience
au-delà des frontières nationales.
Elle inonde par exemple les villages
Frontaliers situés sur les
territoires togolais et ghanéen. Avant
l’apparition de la radio, Pag-la-yiri,
c’était plutôt le contraire qui était
observé. C’est-à-dire les
populations burkinabè dans
cette partie du pays étaient
connectées sur les radios du Togo et
du Ghana.

Maintenant grâce à
l’association Pag-la-yiri, c’est une
radio burkinabè qui a pris le
contrôle des ondes sur cette partie
frontalière entre les trois pays. La
radio diffuse dans six langues, à
savoir le Bissa (langue majoritaire),
le Kourssassi, le mooré, le fulfuldé, le
Nankana et en français (minorité).
En attendant une étude d’audience,
le chef des programmes de la radio,
Jean Pierre Boussim, estime à plus
de 400 milles auditeurs ceux qui
écoutent la radio Pag-la-yiri. Les
principales productions
radiophoniques vont en direction
du monde rural. Les émissions
portent sur l’agriculture,
l’environnement, la santé,
l’éducation, la culture du terroir, etc.
Ce sont surtout des émissions à
vocation de sensibilisation. A côté
des émissions, la radio a aussi un
volet consacré aux informations de
l’actualité. L’actualité locale
(communale et régionale), nationale
et internationale est diffusée sur la
station 94.3 FM. C’est dans ce
créneau que la radio Pag-la-yiri
réalise certaines synchronisations,
notamment avec la radio nationale ou avec Radio France internationale
(RFI).

Une contribution déterminante
pour la paix
Le 30 décembre, dès le matin, une
crise qui fera des dommages
insoupçonnés, s’empare de Zabré et
de ses environs. Alors qu’elle avait
commencé plus ou moins dans des
villages environnants, c’est
finalement le chef-lieu de la
commune qui devient le point
névralgique de la crise. Au bilan, 7
morts atroces, de nombreuses
habitations de Peulhs sont
incendiées et des milliers de sans abris
deviennent des déplacés ou
des réfugiés (certains ayant franchi
la frontière avec le Ghana). Le 30
comme le 31 décembre, les autorités
locales tentent par des rencontres
de désamorcer la tension, mais le
ver était déjà dans le fruit. Le mal
n’a pas pu être évité. Le 1er janvier,
alors que la tension est toujours
vive, la radio Pag-la-yiri est autorisée
à émettre malgré le couvre-feu de la
veille qui a été reconduit en pleine
journée, à midi. Selon le chef des
programmes de la radio, l’option a
été prise de privilégier des messages
de paix au détriment des éléments
de reportage sur la situation.

Les
personnes sont bien choisies et les
messages surtout adaptés. La radio a
privilégié les autorités coutumières
et religieuses en mettant de côté les
responsables administratifs ou
politiques. De l’avis de la
population, ces messages ont
participé au retour progressif du
calme à Zabré. Les messages étaient
diffusés dans différentes langues.
Les messages de paix étaient
accompagnés d’une sélection
musicale toute aussi interpellatrice
sur la situation. Pendant 72h ou
plus, la radio Pag-la-yiri des femmes
de Zabré a suspendu son
programme habituel pour appeler
au retour de la paix. C’est cet
engagement qui lui a valu les
félicitations des autorités locales. A
l’occasion de la rencontre que le
Haut-commissaire de la province du
Boulgou a eu avec les autorités
locales de Zabré le 11 janvier, le
Haut-Commissaire Anatole Yabré,
non sans avoir fait allusion à la radio des
milles collines, a réitéré plus d’une
fois des remerciements et des
félicitations à l’endroit de la radio et
de l’association Pag-la-yiri.

La radio
a été unanimement saluée parce
qu’avant le Haut-Commissaire, des
autorités coutumières et
administratives de Zabré ont tenu le
même langage. Un mois après la
survenue du drame, le travail de
pacification doit se poursuivre. Les
déplacés essentiellement de la
communauté peulh sont toujours
dans les tentes à Tenkodogo et à
Youga. C’est pourquoi le travail
d’apaisement doit aussi se
poursuivre jusqu’au retour des
déplacés dans leurs sites habituels.

Cédric Kalissani

MUTATIONS N° 22 du 1er février 2013. Bimensuel burkinabé paraissant le 1er et le 15 du mois (contact :mutations.bf@gmail.com)

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