Dori Sidibé : « On peut se demander s’il y a vraiment une souveraineté de décision au Burkina en matière agricole »

Les Burkinabè du Grand-Ouest de la France se mobilisent pour l’agriculture burkinabè • dimanche 10 mars 2013 à 16h04min

A l’initiative de l’Union des Burkinabè du Grand Ouest de la France-UBGOF, avec le soutien de collectivités locales et d’associations de solidarité internationale des Pays de La Loire et de la Bretagne, la ville de Laval accueille, les 16 et 17 mars prochain la deuxième édition du Forum Burkina.
Placé sous le haut patronage du Premier ministre Burkinabè Luc Adolphe TIAO, le Forum Burkina 2013 aura pour thème « Regards croisés Nord Sud sur l’agriculture au Burkina Faso et dans le Grand Ouest de la France ».
Vétérinaire en Ille-Et-Vilaine et coordonnateur du Forum, Dori Sidibé explique l’enjeu de ce rendez-vous consacré à l’agriculture burkinabè et détaille les thématiques qui y seront débattues.

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Dori Sidibé : « On peut se demander s’il y a vraiment une souveraineté de décision au Burkina  en matière agricole »

Qu’est-ce qui vous a incité à organiser un Forum sur l’agriculture burkinabè en France ? Quelle est la particularité du Grand-Ouest de la France ?

Le Grand-Ouest, qui regroupe la Normandie, la Bretagne et la Loire Atlantique est la première région agricole de France et on y produit des bêtes à lait et des céréales. Donc, en matière d’agriculture, cette région a une expérience qui peut nous être utile dans la recherche de solutions aux problèmes de l’agriculture burkinabè.

Quant au Forum, il répond à un des objectifs de notre association, l’Union des Burkinabè du Grand-Ouest de la France (UBGOF). En tant que Burkinabè et avec des amis, nous avons voulu organiser cette manifestation en lien avec les actions de solidarité internationale menées entre le Grand-Ouest de la France et le Burkina. Ces actions portent principalement sur les secteurs de la santé, l’éducation et l’agriculture. Pour cette deuxième édition, nous avons choisi de réfléchir sur l’agriculture, un secteur qui occupe 90% de la population burkinabè.

Qu’est-ce qui a déterminé le choix de ce thème ?

Ce sont les Burkinabè du Grand-Ouest qui sont à l’initiative de ce Forum et comme nous sommes en lien avec les associations de solidarité internationale, nous avons voulu partager leurs expériences à travers les activités qu’elles mènent au Burkina dans le secteur agricole depuis vingt, voire trente ans. Ensemble, nous espérons déboucher sur quelque chose qui permettrait d’apporter un plus aux paysans burkinabè.

Y aura-t-il des agriculteurs Burkinabè à ce Forum

Bien sûr, même si probablement, par manque de moyens, ils ne seront pas nombreux. Je ne peux pas vous dire combien d’agriculteurs burkinabè seront là et quel sera le niveau de représentation des autorités burkinabè. Dans tous les cas, je suis convaincus que les débats seront de belle facture vus les thématiques autour desquels les participants auront à plancher.

Statut de l’agriculteur au Burkina Faso, financement de l’agriculture et de l’élevage au Burkina et enfin souveraineté et sécurité alimentaire au Burkina.
Comment avez-vous identifié ces thématiques ?

En tant qu’organisateurs de ce Forum, nous sommes partis de la problématique de l’agriculture au Burkina sur la base des actions qui y sont menées et c’est à partir de là que nous avons identifié les problèmes auxquels est confrontée l’agriculture burkinabè. Nos paysans n’ont pas de statut et ne sont pas protégés comme en France. Les paysans burkinabè ont d’ailleurs déjà dénoncé la situation précaire qui est la leur. Quant au financement de l’agriculture, nous voyons bien ce que font les ONG pour soutenir l’agriculture burkinabè et il nous a semblé nécessaire de faire le point pour savoir quel est l’impact de leurs actions sur l’agriculture dans notre pays.

On sait que les agriculteurs burkinabè ont du mal à obtenir des financements auprès des institutions bancaires, comme si on n’avait pas confiance en eux, en ce qu’ils font. Aujourd’hui on ne parle que d’agro-business et cela risque d’être préjudiciable à l’agriculture familiale qui représente pourtant 90% de l’activité agricole au Burkina.

Enfin, il nous parait fondamental de s’interroger sur les voies et moyens pour sécuriser les paysans burkinabè. Presque tous les deux ans, notre pays est confronté à des crises alimentaires. On peut donc se demander s’il a vraiment une souveraineté de décision au Burkina en matière agricole !
Voilà des problématiques que nous souhaitons débattre avec les acteurs burkinabè et français.

A côté de ces thèmes il y a la question des OGM, déjà présents dans le coton et peut-être dans le maïs. Sur ce point, j’exprime un avis personnel car l’Association n’a pas de position dessus. Parler d’OGM, c’est parler des grandes firmes qui détiennent et donnent les semences ; donc quelque part, ce sont elles qui vont décider de ce que les paysans vont faire ou ne pas faire. Le sujet fait l’objet de débats au pays entre pro et anti OGM et nous entendons y contribuer

Propos recueillis par Joachim Vokouma, Lefaso.net

CONTACTS : Coordonnateur : Dori SIDIBE ( Téléphone : 0618245859 / 0299611346 Email : madory@neuf.fr

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Vos commentaires

  • Le 10 mars 2013 à 17:33
    En réponse à : Dori Sidibé : « On peut se demander s’il y a vraiment une souveraineté de décision au Burkina en matière agricole »

    belle initiative mais vous prêchez dans le désert. nos autorités sont entrain de vendre toutes nos terres à des prédateurs avec cette histoire d’agro business. demandez à certains pays africains comme le malgache,c’est la désolation . les chinois,les américains,les brésiliens,les russes etc ont tout acheté les terres,produisent et expédient tout dans leur pays respectif laissant les pauvres paysans sur le cul et c’est ce qui nous guette aussi avec cette histoire de bagré et autres conneries. quant à l’autre volet sur les ogm,il n’est un secret pour personne que notre pays est un pays cobaye où ces monstres comme monsanto et autres sont entrain de le transformé en un vaste champ à ciel ouvert d’expérimentation avec des conséquences prévisibles mais comme ces firmes arrosent largement nos gouvernantson nous cachent des choses pour moi ces ogm n’apporte rien du point de quantitatif,à peine 3% et pour la qualité,c’est une désastre. il y a qu’à gouté certains produits pour s’en rendre compte,aucun goût.

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  • Le 11 mars 2013 à 10:29
    En réponse à : Dori Sidibé : « On peut se demander s’il y a vraiment une souveraineté de décision au Burkina en matière agricole »

    Au Burkina, en plus du coton OGM, il y a déjà le sorgho biofort et le niébé Bt. Tout se fait en cati mini dans ce pays sans que le peuple ne soit informé et, encore moins, sur les avantages & inconvénients de telles technologies. Il suffit de voir la polémique soulevée par l’étude de Séralini en France. Or, nous, ici, on en consomme sans le savoir dans l’huile de coton, le niébé et le sorgho. Le consommateur ne peut choisir sa nourriture OGM ou non par défaut d’étiquetages.
    Le grand ouest a une expérience en agriculture mais, elle n’est pas durable et n’est pas un exemple pour le Burkina. Les millions de porcs et des vaches laitières sont produites avec du soja Ogm brésilien au détriment de la forêt amazonienne. Et, que dire, des dizaines de milliers de tonnes de lisiers dont la Bretagne ne sait que faire ; source de pollution des nappes phréatiques (les eaux sont impropres à la consommation avec des taux de nitrates trop élevé) et de la pullulation des algues vertes sur les plages.
    L’expérience de la Bretagne en la matière est le modèle à ne pas reproduire ici. La seule solution est l’agriculture biologique ou l’agroécologie.

    Répondre à ce message

    • Le 12 mars 2013 à 00:17, par Dori SIDIBE
      En réponse à : Dori Sidibé : « On peut se demander s’il y a vraiment une souveraineté de décision au Burkina en matière agricole »

      Bonsoir chers amis du Burkina, je vous remercie de vos observations que je trouve très importantes. Il ne faut pas arrêter d’agir car des gens vont à contre courant. Défendons nos idées pour aider au développement de l’agriculture dans notre pays. Il est temps que les cultivateurs et les éleveurs du Burkina deviennent plutôt des AGRICULTEURS. Il faut que les Burkinabè partout où ils sont mettent leurs expertises pour le décollage de l’agriculture. Je vous invite à participer à notre forum en donnant vos idées et vos propositions , nous en tiendrons compte lors de nos ateliers. Et si on exploitait nos terres nous même ? Et si nous cessons de mépriser ceux qui travaillent la terre ? Si vous êtes contre les OGM, agissez pour le développement d’un autre type d’agriculture sans OGM par exemple. J’attends vos suggestions. Cordialement

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