Santé maternelle et infantile : La barrière financière aux soins, une réalité à Saaba

lundi 11 février 2013 à 23h18min

Le coût des actes médicaux et des ordonnances dissuade les populations en général, particulièrement celles vulnérables (les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans) à fréquenter les centres de santé même en cas d’urgence. Si cette situation constitue une réalité dans les zones rurales, elle est aussi perceptible dans les grands centres urbains et dans leurs environs. A Saaba, commune rurale de la région du Centre, où nous avons passé une journée au CSPS, des cas confirment la réalité de la barrière financière à l’accès aux soins de santé pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans.

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Santé maternelle et infantile : La barrière financière aux soins, une réalité à Saaba

Il est 8 heures 17 minutes en cette matinée du mardi 18 décembre 2012 au Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Saaba, commune rurale située à la périphérie Est de Ouagadougou. Aminata Compaoré, 42 ans révolus, carnet de consultation en main, franchit difficilement la porte de la maternité du CSPS. Elle porte une grossesse de huit mois. « Chaque mardi, je viens faire ma pesée. Je suis à ma sixième grossesse. Toutes les fois que je suis venue pour le contrôle, j’ai toujours payé. Pourtant, nous avons appris que les consultations sont devenues gratuites », a-t-elle confié. Comme Aminata, bien d’autres Burkinabè se posent la question sur l’effectivité de la gratuité des soins pour la mère et l’enfant que l’on entend parler tant.

Michel Ouédraogo, pour avoir été aux côtés de son épouse à chacune de ses consultations prénatales, a soutenu qu’en plus des frais de pesée, il doit faire face aux ordonnances médicales. Une situation qu’il supporte difficilement, étant sans emploi. « Des gants aux médicaments antipaludiques en passant par les seringues, nous supportons tous les coûts », a confié le futur père. Si Mme Ouédraogo a la chance d’être assistée par son époux pour les frais médicaux, ce n’est pas le cas chez d’autres femmes, qui devront supporter toutes seules leÒs frais de consultation. Toutes choses qui les amènent à fréquenter peu ou pas les formations sanitaires.

Cependant, l’accès à la santé est reconnu comme un droit fondamental par la Déclaration universelle des droits de l’homme. Cette proclamation ne suffit pas à assurer aux populations l’accès aux soins de santé. De nombreux obstacles font de l’accès à la santé, un chemin de croix pour la majeure partie de la population mondiale. Au Burkina Faso, trois facteurs essentiels limitent l’accès des populations à la santé. Il s’agit du facteur géographique (les distances qui séparent les populations des structures sanitaires sont très importantes), les facteurs sociologiques (la fréquentation des centres de santé modernes n’est toujours pas ancrée dans les habitudes des populations en campagne) et la barrière financière.

Ce dernier apparait de plus en plus comme le plus entravant de tous. Les femmes et les enfants sont malheureusement les principales victimes avec des cas de décès, plongeant ainsi les familles dans un désarroi total.
Selon les dernières estimations, plus de 2 000 femmes meurent chaque année au Burkina Faso de complications liées à la grossesse et à l’accouchement. Pour y faire face, l’Etat burkinabè a instauré la subvention des accouchements et des Soins obstétricaux et néonataux d’urgence (SONU) en 2006 permettant à l’Etat de supporter 80% du coût global des accouchements et de la césarienne dans les centres de santé et les hôpitaux publics.

Malgré cette subvention, une frange importante des femmes enceintes n’a pas accès aux soins compte tenu du coût encore important des soins.

Des obstacles à la gratuité

Le cas de Alizèta Ouédraogo, une jeune fille de 18 ans que nous avons rencontrée à domicile, est évocateur. Avec une grossesse de 4 mois, elle refuse d’aller à la maternité et confie avec amertume : « Je n’ai rien pour payer la consultation. Le jeune qui m’a enceintée a refusé de reconnaître la grossesse ».

Mais où se situe le blocage ? Selon la sage-femme responsable de la maternité de Saaba, Awa Salambanga, les raisons sont à rechercher dans l’absence récurrente des intrants. « Nous manquons le plus souvent de fer, de gants, de sulfate d’auxine pour le Traitement préventif intermittent (TPI). Lorsqu’il y a rupture, nous ne pouvons pas interrompre notre travail. En ce moment, ce sont les patientes qui prennent tout en charge », précise-t-elle. Cet état de fait préoccupe également les agents de santé qui sont quelquefois incompris des patients.

« Il est difficile de se faire comprendre par une femme qui a déjà bénéficié gratuitement de soins et à qui l’on demande de payer lorsqu’il y a rupture des produits. Si les autorités décident de pratiquer la gratuité, qu’elles mettent vraiment les moyens », a poursuivi Zénab Konkobo/ Kouanda, responsable du CSPS de Saaba. Dans ce sens, le plaidoyer de Mme Kouanda est on ne peut plus claire : « Il est temps que la politique de gratuité prônée par les autorités soit une réalité. Cela permettra aux agents de santé de travailler convenablement. Aussi, les femmes enceintes seront plus encouragées à fréquenter les centres de santé et des vies seront sauvées ».

Steven Ozias KIEMTORE (kizozias@yahoo.fr)

Sidwaya

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Vos commentaires

  • Le 12 février 2013 à 09:48, par ratamanegre
    En réponse à : Santé maternelle et infantile : La barrière financière aux soins, une réalité à Saaba

    Bonjour monsieur KIEMTORE pour cette analyse de la situation. Seulement je voudrais souligner une erreur qui s’est glissée dans votre écrit quand vous évoquiez le produit utilisé pour le traitement préventif intermittent du paludisme. Vous avez utilisé l’expression sulfate d’auxine alors que c’est la sulfadoxine qui est le vrai nom du produit. Sans aucune rancune ! Bon repos et vive les Etalons !

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