Les morphèmes de base dans la chefferie traditionnelle moaaga

mardi 22 janvier 2013 à 11h00min

Le Moaaga est un des groupes ethnique majoritaire vivant au Burkina Faso. Le mooré, langue du Moaaga, est une langue de type gur, du groupe occidental dans la sous-famille Oti-Volta des langues voltaïque (cf. GREENBERG 1970). Chez les Moosé, la chefferie est la force qui régule tout le concept social. Le Moaaga récolte son champ en pensant à la part du chef. Il cultive le champ du chef en espérant avoir une femme. Il lui apporte des présents pour solliciter ses faveurs.

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Les morphèmes de base dans la chefferie traditionnelle moaaga

Pour le Moaaga, le chef vient après Dieu. Il a le droit de vie et de mort sur sa population. La société moaaga est organisée comme une pyramide, du roi d’un royaume au chef de famille. Le chef a pour devoir de protéger son territoire, de veiller sur ses habitants et de promouvoir le développement du territoire dont il est le chef.

Le mooré a fait l’objet de plusieurs analyses plus ou moins variées. C’est dire donc que beaucoup de travaux ont été effectués, mais pour le moment, nous n’avons pas vu un travail sur les morphèmes de base dans la chefferie traditionnelle moaaga. A travers, cette analyse nous voulons juste jeter un regard terminologique et informer les lecteurs de l’existence des morphèmes de base dans la chefferie traditionnelle moaaga.

Il faut dire qu’une mooré la chefferie et le chef sont respectivement désignés par les termes « naam » et « naaba ». On a les expressions suivantes fréquemment utilisés par les locuteurs :
-  Naam nooma « la chefferie est bonne » ;
-  Naam pa belgr ye « la chefferie n’est pas un mensonge » ;
-  Naab t ??d la y ?ta « l’auteur de l’injure du chef est son informateur » ;
-  Naab pa p ??sd ne nug zaal ye « on ne salue pas le chef les mains vides » ;
-  Naam s ?n z ?ndi wã b ? talg yãk a toogo « là où il y a la chefferie, le roturier s’en écarte ;
-  Rog ne naam « chefferie de naissance » ;
-  Rog n paam naam « chefferie acquise ».
Certains termes sont utilisés comme morphèmes de base pour la formation de certains mots. Il s’agit des morphèmes de bases suivants : na-, r ?m-, du morphème relateur « n » et du rapport entre naaba et r ?ma.

Le morphème de base na-

On retrouve le morphème na- dans presque toutes les constructions des noms communs qui dérivent de la chefferie traditionnelle moaaga. On constate également que na- est toujours le premier terme du composé et exprime l’idée de chefferie. Parmi les mots formés par na- on a :

Les noms communs de personne :
-  Na-poko « reine »
-  Na-yagenga « neveu du chef »
Un chef traditionnel moaaga

Les toponymes
-  Na-pœœgo « champ du chef »
-  Na-yaado « cimetière des chefs »

Le temps

Le Moaaga se situe dans le temps par rapport à la période de règne de ses chefs, aux évènements qui ont marqué la vie de ces derniers. On a par exemple :
-  Naab-kiuugu « mois du chef » qui correspond au mois de décembre,
-  Naab-yœœre « nom du chef » qui correspond au jeudi dans le canton de Pissila,
-  Naab-raare « le jour du chef » qui correspond au vendredi dans le cas de Ouagadougou (le faux départ).
On a également les expressions suivantes :
-  A roga naab a kugr k®um yœœmde « il est né l’année où est mort le Naab a kugri »
-  A kula sšd naab a kœlg naam deegr yœœmde « elle s’est mariée au cours de l’année du retrait de la chefferie du Naab a kœlga »

Les évènements :
On trouve également par dérivation quelques noms d’évènement dans la chefferie traditionnelle moaaga. Exemple :
-  Na-basga « fête de la récolte »,
-  Na-pœœsem « cérémonie de salutation du chef ».

Le morphème de base rim-

Le morphème rim- exprime la plus haute hiérarchie de la chefferie moaaga. Il est surtout utilisé comme morphème de base pour la formation des noms propres qui dérivent de la terminologie de la chefferie traditionnelle moaaga.

Ainsi on aura :
Formation avec rim- à l’initiale :
-  Rimpanga « la force revient au roi »
-  Rimwaya « enfant né au même moment qu’une intronisation »
-  Rimlasida « le roi est le détenteur de la vérité »

Formation avec -rim- en médiane :
-  Baorimsom « il faut chercher les faveurs du roi »
-  Berimtaoore « cet enfant est le garant de la chefferie, la tête et le futur héritier du royaume ou du canton »
-  Zirimtaoore « on est sous la protection du roi ».

Formation avec –r§m en final
-  Pabeerim « on n’a pas offensé le roi »
-  Payitrim « on ne va jamais abandonner le roi »
-  Nabingrim « la première part et tout ce qui est meilleur revient au roi. En cas d’absence, on gardera pour lui ».

Le morphème relateur « n ».

Le morphème relateur « n » apparait généralement pour produire un phénomène de focalisation. Il y a focalisation lorsque la mise en relief vise à présenter un des termes de l’énoncé comme étant celui qui contient l’information la plus importante. Exemple : a na-biig n lœš « c’est le prince qui est tombé ».

« n » apparait également pour coordonner les évènements lorsque la proposition marquée comporte un prédicat verbal complexe (deux verbes ou plus ». Exemples :
Koang belem sebgo, n paam n fugi
// rônier/négocier/vent/m.rel./pouvoir/m.rel./bruisser//
« le rônier doit chercher les faveurs du vent pour pouvoir produire des bruissements. »

Les rapports entre les termes naaba et r§ma
-  Premier cas
Naaba est généralement utilisé pour désigner n’importe quel chef, sans tenir compte de la dimension de son autorité : du chef de famille à l’empereur. Dans cette situation le r§ma est appelé naaba. On dira alors qu’il y rapport d’équivalence entre les deux termes.
-  Deuxième cas
R§ma est utilisé pour désigner la hiérarchie supérieure de la chefferie traditionnelle moaaga. C’est le nom du chef d’une province royale. Dans cette position, il exprime une supériorité par rapport à naaba. On parlera alors de rapport de subordination entre les deux termes.

L’analyse que nous venons de mener a présenté les morphèmes de base qu’on peut trouver dans la terminologie utilisée par la chefferie traditionnelle moaaga. Les morphèmes peuvent apparaitre à l’initial, en médiane comme en final. Le rapport entre naaba et r§ma montre l’organisation de cette société. Les termes sont exprimés en fonction des différentes situations et des contextes en rapport avec la chefferie moaaga. L’analyse a également montré la conception qu’a la société moaaga de la chefferie.

Dr Tiga Alain OUEDRAOGO
INSS/CNRST
OUAGADOUGOU

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Vos commentaires

  • Le 22 janvier 2013 à 15:30, par Wend Waoga
    En réponse à : Les morphèmes de base dans la chefferie traditionnelle moaaga

    Merci au Docteur Tiga Ouédraogo pour ces récherches qui, avec la volonté des uns et des autres peuvent être des éléments de plus vers la réculture(nous y accordons de moins en moins d’importance !) de nos valeurs linguistiques !
    Cependant, il faudra faire attention quant à certains termes relatifs à l’attention qu’on est sensé accorder au Naaba dans tout ce qu’on fait : faire les récoltes en pensant à la part du Naaba,le Naaba a droit de vie et de mort sur sa population etc.
    En effet,je pense qu’il serait plus judicieux de trouver une formule pour faire la part des choses entre le Naam traditionel africain en général et celui du Moogho en particulier,et le Naam du blanc,ce qui est concevable chez l’un et ne l’est pas chez l’autre ! Celà pourrait nous éviter par exemple de trouver juste qu’un Président, Ministre, Député ou DG( car selon le terme moaaga, ce sont tous des Nanamsé !) pille le dénier public,se fasse"graisser" par un quidam pour lui faire un travail pour lequel il est pourtant payé mensuellement ou tue celui qui le gêne,ce qui n’est pas concevable dans le Naam du blanc.
    Je me rappelle,dans les années 90,un certain nombre de fonctionaires avaient été interviewés à la télé pour parler des difficultés qu’ils rencontraient dans leur travail. Au cours de la discution,il est apparu que les citoyens qui sollicitaient leur service n’avaient même pas l’amabilité de rémercier les fonctionaires après service rendu ! Résultat,il est quasi impossible aujourd’hui de s’imaginer allant dans l’administration avec juste le nécessaire pour établir un dossier ! Souvent,il faut se prémunir de mille francs pour faire signer un dossier timbré à 300 francs. Pourtant,celui qui doit signer ce dossier est justement payé par mois pour le faire !
    Les Nanamsé traditionels peuvent accepter ou exiger qu’on leur fasse des dons,parceque eux, ne sont pas payés pour gouverner !
    La lutte contre les injustices étant l’affaire de tous,nous nous devons de faire attention lors de nos interventions de ne pas les encourager,que ce soit volontairement ou involontairement !
    Merci !

    Répondre à ce message

  • Le 22 janvier 2013 à 15:53
    En réponse à : Les morphèmes de base dans la chefferie traditionnelle moaaga

    Tres belle etude, cele nous pemet de comprendre le comportrement de nos chef d’etat qui pensent toujour qu’il sont des chef traditionels...On a toujour l’oeil ouvert sur l’article 37

    Répondre à ce message

    • Le 22 janvier 2013 à 17:06, par BZHN
      En réponse à : Les morphèmes de base dans la chefferie traditionnelle moaaga

      Hors jeu. Aucune relation entre article 37 et cet article. De grqce ne soyez pas "nymphomane" de l’article 37 :)

      Répondre à ce message

      • Le 23 janvier 2013 à 11:13
        En réponse à : Les morphèmes de base dans la chefferie traditionnelle moaaga

        Tchiééééééé mon frère affaire de nymphomanie là aussi est arrivé là bas wa ?? mdrrrr on aura tt entendu ici !!!!

        Répondre à ce message

      • Le 23 janvier 2013 à 18:41, par Hess
        En réponse à : Les morphèmes de base dans la chefferie traditionnelle moaaga

        Même si l’anonyme semble aller vite en besogne, il n’est pas hors-sujet. Ce type d’étude n’a d’importance que si elle permet de mieux comprendre le présent et d’entrevoir le futur.

        Bravo à Monsieur le chercheur pour cet effort de vulgarisation du savoir.

        La définition du sens de "naaba" à chefferie traditionnelle peut paraître réductrice. D’autres assertions comme "chef", "pouvoir", "autorité", "administration" sont également valables. Wend-naam = Dieu, a Blaise naaman = le pouvoir de Blaise, Niger naaba = le Président du Niger, Silmi-naaba = le chef des peuls, etc.

        Aussi "L’analyse a également montré la conception qu’a la société moaaga de la chefferie."
        Une telle conclusion pour un travail qui se veut scientifique est risquée. En tout cas on ne voit pas cette conception à travers cette analyse.

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  • Le 22 janvier 2013 à 17:42, par nabayouga
    En réponse à : Les morphèmes de base dans la chefferie traditionnelle moaaga

    C’est qui cette photo . Naaba KOUGRI , pere de l’actuel moogho naaba .

    Répondre à ce message

  • Le 22 janvier 2013 à 22:17, par mooskaama
    En réponse à : Les morphèmes de base dans la chefferie traditionnelle moaaga

    c est la photo du perre des moosi le roi de tenkodogo le naaba teegre

    Répondre à ce message

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