Boureima Ayirikem, Président de l’Union nationale des motos bagagistes du Burkina (UNAMOB) : « Ouagadougou n’est pas la plus petite ville du monde, on n’a pas non plus les plus petites voies du monde »

jeudi 17 janvier 2013 à 22h43min

Depuis janvier 2012, les tricycles ont commencé à envahir les routes burkinabè en fin 2011, début 2012. Ils ont le mérite de combler le besoin en transport de marchandises à l’intérieur des villes. Mais, ils ont aussi créé quelques désagréments pour certains citoyens avec le désordre engendré, obligeant l’exécutif burkinabè à prendre un décret en juillet 2012 pour réglementer leur usage. Pour défendre leurs intérêts, ils se sont constitués en associant. Nous nous sommes entretenus avec le président de l’union nationale des motos bagagistes du Burkina (UNAMOB), Boureima Ayirikem.

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Boureima Ayirikem, Président de l’Union nationale des motos bagagistes du Burkina (UNAMOB) : « Ouagadougou n’est pas la plus petite ville du monde, on n’a pas non plus les plus petites voies du monde »

Lefaso.net : Vous êtes le président de l’UNAMOB, présentez-nous cette structure ?

L’Union nationale des motos bagagistes du Burkina (UNAMOB) communément appelées taxis motos a été créée en janvier 2012. Elle a obtenu son récépissé le 21 mars 2012. Aujourd’hui, l’association compte 11 000 membres dans tout le Burkina Faso dont 3 800 dans la province du Kadiogo. Nous sommes une association nationale, mais affiliée à des syndicats.

Lefaso.net : Pourquoi avoir décidé de créer l’UNAMOB ?

Nous avons décidé de créer cette structure pour préserver l’intérêt des propriétaires et des conducteurs des motos taxis dans le sens d’organiser ce secteur qui est un nouveau secteur dans le domaine du transport. Donc, il fallait structurer, chercher à mettre des bureaux en place pour que les gens sachent le but même de l’activité, qu’ils comprennent le sens de la nouvelle activité qu’on va mettre en place. Donc, il fallait, dans l’urgence, former un bureau, sensibiliser les gens sur l’activité, les orienter pour se mettre en règles pour ce qui concerne les questions de papiers.

Lefaso.net : Qui peut être membre de l’UNAMOB ?

Les conditions sont simples. Il faut avoir un tricycle et demander à intégrer à l’union. Nous, on a obligation d’identifier le propriétaire et identifier aussi le conducteur. Il y a une cotisation annuelle. La première cotisation est de 6000F et elle donne droit à un gilet et le numéro jaune que vous voyez à l’arrière des tricycles. Donc, on identifie la personne et on lui affecte un numéro. Le numéro lui servira de numéro d’identification et de travail.

On a une représentation à Bobo-Dioulasso et dans toutes les grandes villes du Burkina. Nous sommes représentés dans 17 villes du Burkina à travers 17 bureaux. Ceux qu’on a pu répertorier sont au nombre 11 000, mais peut-être qu’il y en a plus. Puisque ce nombre représente ceux qui ont adhéré à l’union.

Lefaso.net : Est-ce le nombre de tricycles ou le nombre de propriétaires ?

C’est le nombre de tricycles, le nombre de conducteurs reconnus.

Lefaso.net : Pourquoi avoir pris la dénomination union des motos bagagistes plutôt que des motos taxis ?

On a préféré le terme moto bagagiste pour rentrer dans le cadre du transport des marchandises. L’objectif de l’association, c’est de sensibiliser les gens pour qu’ils sachent que nous sommes des bagagistes. Nous sommes appelés à faire du transport de marchandises, non pas de transport de personnes, ni du transport mixte. Moto taxi, c’est du transport de personnes. Nous avons préféré le terme bagagiste au terme moto taxi pour ne pas être bloqué pour le récépissé. Vous savez par rapport à la réglementation qui est en vigueur depuis juillet 2012, les motos taxis sont interdites dans les villes de Ouaga et à Bobo. Par contre, les tricycles ne sont pas interdits dans ces deux villes.

Lefaso.net : Pourtant certains de vos membres continuent à faire du transport mixte…

Ce phénomène n’est pas normal parce que dans la réglementation, c’est dit que nous bagagistes avions le droit de transporter une seul personne à l’arrière en plus des marchandises. Maintenant, ceux qui font le transport de plus d’une personne sont en infraction. S’ils sont interpelés par la police, ils n’auront pas raison.

Nous par contre, nous avons une équipe mobile qui fait des sorties sur le terrain à chaque fois pour les sensibilisations. Quand on rencontre nos membres dans cette situation, on essaie de les rappeler à l’ordre afin qu’ils ne commettent pas d’erreur et que nous soyons en train de chercher des solutions après.

Vous encombrez la circulation, certains circulent mal, dit-on, d’où la décision des autorités d’imposer un certain de mesures afin de remettre de l’ordre dans la circulation, quel est votre commentaire ?

Je suis d’accord sur certaines mesures. Mais, vous savez que Ouagadougou n’est pas la plus petite ville du monde, on n’a pas non plus les plus petites voies du monde. On peut améliorer certaines conditions dans le domaine du transport urbain et inter-urbain. Maintenant, quelle est la particularité de cette activité-là ? Même quand vous prenez l’exemple des voitures, il y a des failles. Mais, les gens maîtrisent la conduite, c’est parce qu’ils ont reçu une formation au niveau du code de la route et ils ont le permis de conduire. Pourtant, parmi nos 11 000 membres-là, ceux qui ont le permis de conduire ne dépassent même pas 100 personnes dans tout le Burkina. C’est pour dire qu’il y a un problème de formation. Donc, nous on interpelle l’autorité pour qu’on puisse former nos membres. On a envoyé des écrits, on a demandé des subventions, pas des subventions financières directes, pour le permis de conduire pour qu’on prenne en charge nos membres pour le permis de conduire. Mais, il n’y a pas eu de réponse positive. Donc, je me dis que le plus gros problème, ce n’est pas Ouagadougou, le gros problème, c’est la formation. Si les gens sont formés à conduire ces engins-là, les accidents vont diminuer. C’est parce qu’ils ne maîtrisent pas le système de l’engin et le code de la route. Une fois qu’il y a une bonne formation, les accidents vont diminuer.

Faso.net : Avez-vous une idée du nombre d’accidents dans lesquels vos membres sont impliqués depuis la création de votre union ?

On attend le bilan. Il y a eu des cas d’accrochages, il y a eu un cas malheureux signalé en 2012, un cas mortel. Dans le mois de juin, la police va sortir son bilan. On attend ce moment pour voir les chiffres sur les accidents où nos membres sont impliqués, dans le Kadiogo d’abord. Pour les autres localités, on va aussi s’informer auprès des polices de proximité.

Les 07 et 08 janvier dernier, la police a effectué une sortie musclée et plus de 90 tricycles ont été mis en fourrières, qu’est-ce qu’on reprochait à vos membres et quelle a été votre contribution pour faire libérer ces engins ?

Le reproche qui nous était fait, c’est tout ce qui a été dit sur le décret 2012 notamment sur le permis de conduire, sur l’assurance, sur la visite technique, sur le port du casque, sur l’immatriculation. Vous voyez que c’est des paramètres qui sont un peu complexes. La mairie a ordonné cette mission de contrôle que nous n’avons pas critiqué. Si ça devait concerner ceux qui n’ont pas de permis de conduire, tout le monde devait aller en fourrière. Mais, il y a certains qui étaient assurés, d’autres avaient la visite technique, d’autres la plaque d’immatriculation, d’autres avaient le casque. C’est parce que c’est une opération générale qu’il y a eu beaucoup de nos membres qui étaient en fourrière. Mais le maire a été clément, il a compris qu’il y avait un certain nombre de difficultés par rapport même à l’application du décret. Par rapport au permis, il y a eu des retards au niveau du ministère des transports. Le lendemain, on a été reçu par le DG des transports qui nous a rassurés qu’il y aura une simplification pour le permis de conduire. Donc, on attend de voir dans les jours prochains.

Est-ce à dire qu’actuellement le permis de conduire pour tricycle est plus complexe que les autres ?

Oui. Le Burkina doit imiter un modèle. Ou on imite le modèle francophone, ou on imite le modèle anglo-saxon. Quand vous parcourez ces pays, vous voyez que par rapport à la conduite des tricycles, il y a une simplification. Par exemple, il y a le décret 1390 qui a été pris en France en 2010, ce décret simplifiait la conduite pour les tricycles. Pour quelqu’un qui a déjà le permis de conduire catégorie B et C, il pouvait conduire un tricycle après une formation en conduite dans une auto-école et un certificat qui allait permettre à la personne de conduire un tricycle dans le territoire français. Hors du territoire vous ne pouvez pas conduire, mais dans le territoire français, vous pouvez conduire un tricycle avec un certificat délivré par le ministère des transports. C’est un exemple qu’on peut appliquer au niveau du Burkina Faso pour permettre à ceux qui ont le permis de conduire de pouvoir conduire ces engins avec un certificat délivré par le ministère des transports uniquement sur le territoire du Burkina Faso. C’est des exemples de simplification comme ça qui sont positifs et qui peuvent relancer l’activité pour permettre réellement à ceux qui veulent entrer dans ce domaine-là. On a des anciens taximen, des anciens routiers qui sont reversés à notre niveau. Ils ont déjà le permis et une expérience, avec ce certificat, ça va leur permettre de mener l’activité et pouvoir gérer leur famille.

Donc, vous n’êtes pas contre le principe du permis de conduire pour tricycles ?

Nous ne sommes pas contre le permis de conduire mais nous sommes pour la simplification du permis de conduire. On peut simplifier, on peut améliorer. Ça ne sert à rien de vouloir obstruer les gens. Nous sommes au Burkina, la réalité est là et il faut comprendre cette réalité.

Le problème n’est-il pas aussi lié au manque d’instruction des conducteurs ?

Effectivement, là, il y a ce gros problème. 98% de nos membres n’ont même pas le certificat d’étude primaire. Donc, ça veut dire qu’il y a un gros travail à faire. Les gens ne sont pas allés à l’école. Donc, il faut réellement sensibiliser, passer par des créneaux simples pour leur permettre de comprendre. Je me dis qu’avec la formation, beaucoup de choses vont s’améliorer.

Un message pour rassurer les burkinabè ?

On remercie les autorités burkinabè d’avoir pris la bonne décision en permettant aux tricycles de pouvoir travailler sur l’étendue du territoire. L’autorité a jugé nécessaire de ne pas interdire cette activité, donc on s’en félicite et on félicite le gouvernement d’avoir pris la bonne décision. Notre message de fin, c’est de rappeler aux conducteurs d’être courtois, d’être patients. C’est avec la patience qu’on peut résoudre beaucoup de problèmes. En respectant les feux tricolores, en respectant les normes de transport des marchandises, je pense que beaucoup de choses peuvent changer.

Interview réalisée par Moussa Diallo

Lefaso.net

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