Dr Hyacinthe Zamané : « Les lésions pré-cancéreuses du col de l’utérus ne se manifestent pas , il faut les dépister ».

vendredi 11 janvier 2013 à 00h48min

Le 08 décembre dernier, les filles et fils du village de Koin dans la province du Nayala y célébraient le cinquantenaire de leur école, « Koin A ». Dans ce cadre, une campagne de dépistage conduite par le Dr Hyacinthe Zamané, médecin gynécologue à l’Hôpital Yalgado Ouédraogo, fils du village, a permis de consulter plusieurs centaines de femmes et d’attirer l’attention des populations sur cette maladie silencieuse à ses débuts.

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Dr Hyacinthe Zamané : « Les lésions pré-cancéreuses du col de l’utérus ne se manifestent pas , il faut les dépister ».

Lefaso.net : Quelle appréciation faites-vous de la célébration du cinquantenaire à l’occasion de laquelle célébration est intervenue l’opération de dépistage que vous avez dirigée à Koin ?

Le cinquantenaire, je pense qu’il s’est globalement bien déroulé. En tout cas, c’était une bonne chose, il y a eu de la mobilisation, les gens sont sortis de partout, et on a eu également l’appui des autorités. Je pense que ça été vraiment un succès.

Le volet sur lequel, nous sommes particulièrement intervenus, c’est le dépistage qui est une activité de santé publique. Ce dépistage, nous l’avons voulu couplé à une campagne de sensibilisation contre la pratique de l’excision et dans le même temps, on a essayé de repérer les séquelles d’excision, et éventuellement on a procédé à la réparation. Mais dans les résultats, peut-être je reviendrai encore sur ce volet pour dire que ça été un succès.

Sur quoi exactement a porté l’opération de dépistage ?

Le cas de l’opération de santé publique a porté sur le dépistage des lésions pré-cancéreuses du col de l’utérus. Quand on parle du col de l’utérus, c’est chez la femme. Chez la femme, le col est exposé à l’éventualité de survenue d’un cancer. Le cancer du col, une fois qu’il est installé, il est de traitement ou de prise en charge difficile. Et c’est pour ça qu’il faut anticiper l’apparition des signes du cancer pour aller chercher les lésions pré-cancéreuses, c’est-à-dire les lésions qui précèdent la survenue du cancer plusieurs années après. Une fois que ces lésions sont dépistées, en ce moment c’est plus facile de les prendre en charge. Une fois qu’elles sont prises en charge aussi, la guérison est totale ; d’où l’intérêt justement de dépister à ce stade-là.

Quelles sont les structures qui vous ont accompagné dans cette activité ?

Il faut dire que l’initiative est partie du Comité d’organisation du cinquantenaire, essentiellement de la commission santé. Mais il faut dire que tout le monde a été impliqué au niveau du comité d’organisation. Maintenant les appuis extérieurs au comité d’organisation, il faut dire qu’on a sollicité l’appui technique de six spécialistes et une équipe de PROMACO (pour l’animation populaire et la sensibilisation) qui sont venus de Ouagadougou pour nous accompagner dans cette activité qui est double, sensibilisation contre la pratique de l’excision et réparation des séquelles d’une part, dépistage des lésions pré-cancéreuses d’autre part.

En plus de l’équipe de Ouagadougou, on a sollicité l’appui local du district sanitaire et des services de l’action sociale (pour la sensibilisation) de Toma et le CSPS de Koin avec son personnel de santé. Nous dans notre vision, nous avons voulu qu’après cette activité-là, qu’il puisse avoir une continuité ; et c’est pour ça on a voulu impliquer ce personnel sanitaire local pour qu’après notre campagne il y ait la continuité dans l’activité de dépistage et de sensibilisation.

Je m’en voudrais aussi de passer sans signaler l’appui financier et matériel de certaines structures, notamment l’UNFPA qui, à travers la DSME a été notre gros sponsor en matière financière. Après l’UNFPA, il y a le Secrétariat permanent du Comité national de lutte contre la pratique de l’excision (SP/CNLPE) qui nous a appuyés en matériels pour aller éventuellement procéder à la sensibilisation et à la réparation des séquelles d’excision. D’autres associations également, notamment l’association KIMI qui nous a appuyés en consommables et en produits pour aller procéder à la réalisation de la campagne. D’autres appuis ont été donnés par d’autres cliniques de la place, notamment la clinique médicale Centre d’or CMSO ; j’en passe, sinon il y a eu beaucoup d’appuis.

Comment avez-vous apprécié la mobilisation du public cible ?

Nous avons été agréablement surpris, parce qu’il faut dire qu’on a été débordé. Selon notre estimation, on ne pensait pas avoir une telle affluence. Dans la pratique, on a été confronté à ce problème-là. Il faut dire qu’avant le jour j, des messages de sensibilisation et d’information ont été diffusés. Et la population est vraiment sortie ; celle du village et des villages environnants (Toma et autres) qui sont venues pour se faire dépister. Et donc du coup, nos prévisions ont été largement dépassées. Sinon la mobilisation était de taille !

Quels ont été les résultats auxquels vous êtes parvenus ?

Il faut dire qu’en tout on a pu faire le dépistage chez 310 femmes d’âges différents. Il y en a aussi qui sont venues en consultation pour autres types de pathologies. Il faut dire qu’au village, quand on dit qu’il y a des prestataires de services de santé qui viennent, tout le monde est intéressé. Il y en a qui sont venues, pas forcément pour le dépistage, mais qui ont profité du dépistage pour venir poser d’autres types de problèmes. En tout, on a vu à peu près 400 personnes ; mais dans le cadre des lésions pré-cancéreuses, on a enregistré 310 femmes.

Le volet pratique de l’excision a essentiellement porté sur la sensibilisation contre la pratique. On a même eu une campagne de sensibilisation à groupe restreint, ensuite avec une animation populaire la nuit. On a également procédé à une projection de film contre la pratique de l’excision. Mais en matière de réparation de séquelles d’excision, on n’a pas eu de patientes. Comme c’est un problème tabou, les gens ont du mal à venir pour cela. On n’a pas eu de cas de réparation, mais on se dit qu’avec la campagne l’information qui est passée, les éventuels cas qui viendront iront justement à Toma dans le cadre de la continuité des activités pour se faire réparer, s’il le faut. Et pour cela, nous avons laissé le matériel nécessaire au niveau du district sanitaire de Toma pour qu’éventuellement s’il y a des cas, on puisse procéder à la réparation.

Y a-t-il eu des dépistages positifs ?

Sur les 310 femmes, il faut dire qu’on a détecté 58 cas d’infections génitales. Il y a d’autres types de pathologie aussi qu’on a retrouvés, qui nécessitent une prise en charge chirurgicale, donc une opération par la suite ; ces cas-là, on en a recensé 19. Et 226 femmes ont bénéficié d’un examen normal.

Maintenant pour le problème du col à proprement parler, il faut dire qu’on a eu 7 cas suspects de cancers ou de lésions pré-cancéreuses qui nécessitent justement une prise en charge pour une investigation poussée pour voir qu’est-ce qu’il faut faire pour ces femmes. On les recensées ; pour l’instant on est sur les perspectives, on ne sait pas exactement ce qu’on va faire pour ces sept femmes. Mais on a fait le point avec la structure sanitaire de Toma, on verra bien comment faire.

Combien cette campagne a –t-elle coûté ?

En termes financier, on peut l’estimer à plus d’un million de francs CFA. Et cela a permis de prendre en charge les prestataires de service de santé publique venus de Ouagadougou, ceux de Toma et ceux sur place à Koin. Des médicaments et consommables ont également été achetés. Les 58 cas d’infections ont été traités gratuitement, et le dépistage lui-même était gratuit.

Une telle campagne est-elle envisageable au profit du village selon une certaine régularité ?

C’est tout notre souhait, puisque c’est une activité de santé publique dans laquelle il faut de la continuité. Nous, on est allé de façon ponctuelle faire une campagne. Mais l’idéal c’est de continuer en routine, à faire ce dépistage. Et c’est dans ce sens justement qu’on a impliqué les 2 structures sanitaires locales (CMA de Toma et CSPS de Koin) pour qu’après nous, l’activité puisse se faire en routine. Et s’il y a l’occasion, nous, nous sommes disponibles pour repartir pour une campagne complémentaire.

Comme je l’ai dit tantôt, la mobilisation était de taille, nos prévisions ont été dépassées ; ça fait que certaines patientes se sont impatientées et sont reparties chez elles sans avoir été dépistées. Mais celles qui sont restées jusqu’au bout ont été traitées, car le dernier jour on est restés jusqu’à 20h.

On souhaiterait bien repartir pour une autre campagne ; mais comme je l’ai dit, ça nécessite des fonds. Il faudra qu’on s’essaye faire d’abord le point global de cette campagne, et puis voir maintenant qu’est-ce qu’il faut pour ces femmes qui n’ont pas pu être dépistées lors de la 1ère campagne.

Avez-vous un dernier mot qui puisse servir de conseil à l’endroit de la population qui a été ciblée dans le cadre de cette campagne ?

Je voudrais d’abord dire grand merci à tous nos partenaires, tous ceux qui ont bien voulu nous accompagner pour que cette activité puisse avoir du succès.

A l’endroit de la population, c’est de continuer à fréquenter les structures sanitaires. Comme je l’ai dit, les lésions pré-cancéreuses du col ne se manifestent pas ; il n’y a aucun signe qui dit qu’il y a quelque chose. Il faut forcement le dépistage. Pour cela, il faut que la population ait l’habitude d’aller dans les structures sanitaires. C’est ainsi qu’on peut dépister certaines choses à temps et procéder à leur prise en charge pour éviter que le pire arrive.

Fulbert PARE (Stagiaire)
Lefaso.net

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