Fait de chez nous : « N’mako saara péou-péou* »

jeudi 8 novembre 2012 à 23h56min

Daouda est ressorti de chez le richissime avec les yeux bien rouges. Retenant à peine ses larmes, il se confie à son compagnon. « N’ka kiè, N’mako saara péou-péou * » (mon type, je suis foutu à jamais) en malinké. Ce compagnon qui est un des employés de Daouda, n’avait rien compris de cette phrase. Par respect, il n’a pas voulu lui poser une quelconque question. Même le comportement agité de Daouda n’a pu encourager son compagnon à connaître la cause de cette lamentation. Daouda dépose son employé au garage et continue chez lui où il (le patron) dit avoir pleuré à chaudes larmes. Le soir, avant que ses employés ne ferment le garage, Daouda arrive. Il fait venir à son bureau Madou, l’employé à qui il avait fait savoir qu’il était foutu à jamais.

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« Ce matin quand je t’ai dit que je suis foutu à jamais, tu semblais étonné. Sinon que ton comportement m’a fait déduire que tu n’as rien compris de ce que je vis. Saches que ton beau a anéanti mon pouvoir. Je ne peux plus m’en servir… ». Il marque une pose et conclut en disant, « je serai obligé de disparaître pour ne pas être le dindon de la farce dans cette ville ». Madou son employé essaie de l’encourager, Daouda lui fait comprendre que la seule solution, était de quitter la ville sinon, il risquait la prison. Daouda a effectivement quitté sa ville de résidence avant que ses créanciers ne lui réclament leurs dus.

Chef d’un garage automobile, Daouda avait un « wack » avec lequel il dépouillait ses victimes. Oui, il les dépouillait sans que ces dernières ne puissent lui réclamer ce qu’il prenait avec elles. Grâce à son « wack », Daouda pouvait avoir de fortes sommes. Sa stratégie était de fixer par son regard sa victime. Si jamais, la personne ainsi abordée baissait le regard, Daouda pouvait alors passer à l’action. La somme d’argent qu’il demandait en guise de prêt, lui était facilement remise. Il choisissait ses victimes en fonction de leurs moyens financiers. Une fois que Daouda possédait une somme donnée, personne, même ceux à qui il doit, ne pouvaient rien lui réclamer. « L’appétit vient en mangeant », nous enseigne un adage populaire. Daouda a ainsi pris goût à l’arnaque des honnêtes citoyens.

Ce qu’il semblait ignorer, est que « Comparaison n’est pas raison ». Aussi, s’est-il fait accompagner par Madou un jour chez un richissime de la ville. Ce dernier est le beau de Madou. Après les salamalecs, le richissime demande à Madou la raison de leur visite. Il n’a pas pu situer son beau, car il ne savait pas pourquoi son patron voulait voir le richissime. Et Daouda ne s’est pas fait prier pour décliner sa demande. Il fixe bien le richissime et dit, « Je suis venu te voir pour que tu me prêtes deux millions ». En homme averti, le monsieur à son tour avait aussi fixé Daouda par son regard. En fin de compte, c’est Daouda lui-même qui avait baissé le regard. Dès lors, son « wack » était anéanti. Inutile de vous dire qu’il n’a pas eu gain de cause ce jour. C’est pourquoi il est retourné chez lui en larmes presque. Il a même fini par quitter la cité afin d’échapper à la colère de ses victimes qui pouvaient désormais réclamer leurs dus.

*Je suis foutu à jamais !

Souro DAO (daosouro@yahoo.fr)

L’Express du Faso

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