Enquête CGD : Les Burkinabè et les valeurs religieuses

mercredi 3 octobre 2012 à 23h10min

Il est des choses que les Burkinabè apprécient, estiment, recommandent, voire proposent comme idéal. Ainsi des valeurs religieuses, comme l’atteste l’enquête par sondage réalisée en 2010 par le Centre pour la Gouvernance Démocratique (CGD) sur un échantillon aléatoire de 1200 individus ayant plus de 18 ans, résidant dans les treize régions du pays et se déclarant à 62% de confession musulmane et à 31% de confession chrétienne, les animistes représentant 6% de cet échantillon.

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 Enquête CGD : Les Burkinabè et les valeurs religieuses

Selon les résultats de cette enquête, la religion apparaît d’abord comme une valeur cardinale pour les Burkinabè, qui se considèrent comme des pratiquants. Ensuite, les Burkinabè sont dans l’ensemble tolérants en matière de religion, même si cette tendance semble à la baisse. Enfin, bien qu’ils considèrent qu’un bon dirigeant se doit d’être religieux, les Burkinabè ne souhaitent pas que leurs leaders religieux interfèrent dans les décisions gouvernementales.

I. La religion, une valeur cardinale pour la grande majorité des Burkinabè

En 2010, les valeurs jugées cardinales par les Burkinabè interrogés dans l’enquête par sondage du CGD étaient : la famille, le travail et la religion, jugés importants par la quasi-totalité des répondants (99%), suivis des amis (95%), des loisirs (66%), et loin derrière, la politique, considérée par la majorité absolue des répondants (51%) comme pas importante dans leur vie. La foi religieuse est l’une des trois valeurs les plus importantes que les Burkinabè souhaitent inculquer à leurs enfants, après le travail et la tolérance. En matière d’association (au sens formel et informel), celles à caractère religieux constituent le premier type d’association auquel les Burkinabè choisissent de s’affilier.

Presque la moitié des répondants affirme être affiliée en effet à une association à caractère religieux. En outre, la grande majorité des enquêtés sont des pratiquants. Plus de 61% d’entre eux affirment assister à des services religieux plus d’une fois par semaine et 95% se définissent comme personnes religieuses. La quasi totalité des répondants soulignent l’importance de Dieu dans leur vie et affirment consacrer un peu de leur temps à la prière, à la méditation ou à la contemplation.

Tableau n°1 : Les valeurs cardinales des Burkinabè

II. La tolérance religieuse chez les Burkinabè : une tendance à la baisse

Si la grande majorité des Burkinabè sont des pratiquants, sont-ils pour autant tolérants les uns envers les autres ? On peut y répondre par l’affirmative. En effet, seule une minorité de Burkinabè souhaite ne pas avoir comme voisins des gens d’une religion différente. Toutefois, on peut regretter que cette proportion soit passée de 12% en 2007 (enquête réalisée par World Values Survey) à 21% en 2010 (enquête réalisée par le CGD). Ce qui témoigne tout de même d’une certaine détérioration des valeurs de tolérance religieuse dans notre pays.

Source : Enquêtes World Values Survey 2007 et CGD 2010.

III. Religion et politique

Comment les Burkinabè perçoivent-ils les rapports entre religieux et politique ? On observe tout d’abord que les Burkinabè ont une grande confiance envers leurs leaders religieux, qui cristallisent le plus de confiance (83%) après la famille (96%), et avant les chefs traditionnels (80%), et bien avant le gouvernement (76%) ou le parlement (68%). La grande majorité des répondants pense que les leaders religieux donnent des réponses appropriées aux problèmes et besoins moraux, spirituels et sociaux des individus.

L’importance du fait religieux chez les Burkinabè n’est pas sans influence sur leurs perceptions des rapports entre le politique et le religieux. Ainsi, en 2010, environ trois répondants sur cinq (59%) estimaient que les politiciens qui ne croient pas en Dieu ne sont pas faits pour des postes publics et que le Burkina Faso serait meilleur si des gens ayant de solides croyances religieuses occupaient les postes publics (69%). Cependant, la grande majorité des répondants affirment que les leaders religieux ne devraient pas influencer le vote des électeurs (65%) ou les décisions gouvernementales (57%).

On peut retenir de l’analyse des opinions des Burkinabè sur les valeurs religieuses que le rapport à la religion est une donnée qui structure de manière substantielle leurs attitudes. La religion est une des valeurs fondamentales auxquelles les Burkinabè sont attachés.

La tolérance religieuse bien que largement admise tend relativement à s’effriter, en contraste avec l’augmentation des pratiques religieuses et un ancrage plus fort des communautés religieuses dans la société. Ce constat doit donc interpeller, à commencer par les leaders religieux, ceux de la société civile et les responsables de l’Etat, qui doivent tous promouvoir les valeurs de tolérance, et éduquer les uns et les autres à pratiquer le culte de leur choix dans le respect des droits et libertés des autres.

En matière politique, si une grande majorité des Burkinabè souhaitent que les valeurs religieuses servent de repères aux gouvernants dans la gestion des affaires publiques, ils restent en revanche opposés aux interférences des autorités religieuses dans le fonctionnement des institutions démocratiques. Il reste à savoir comment concilier ces deux exigences dans le respect du principe de laïcité posé par notre Loi fondamentale.

P.-S.

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Vos commentaires

  • Le 3 octobre 2012 à 19:46, par YZ
    En réponse à : Enquête CGD : Les Burkinabè et les valeurs religieuses

    Il y a des notions floues dans ces statistiques que j’espere que les enquêtés ont bien cernées avant de vous repondre :
    - de quel voisinage s’agit t-il ? La parcelle voisine, ? le célibatérium dans lequel vous être ? Les lieux de cultes voisins ? ....ou le voisin de bureau ou de classe..j’en passe .
    - Les valeurs religieuses à prendre en compte par l’autorité. De quoi s’agit il ? C’est avoir la crainte de Dieu , avoir pitié de son prochain ? ...de quoi s’agit il au juste. Les valeurs sociales et les valeurs réligieuses ne sont pas confuses dans cette analyse ?
    - les deux enquêtes ont elles suivies rigoureusement les mêmes méthodologies au plan de l’échantillon, de l’organisation pratique de terrain, des concepts, etc. En effet, l’écart de près de 10% pour la tolerence envers les voisins de confessions différentes en trois ans est suspecte et ne semble pas se vivre pour le moment dans la société burkinabè :1/5 de la population ne le tolerait pas, ça se sentirait dans les quartiers de ouaga qui ne sont pas distribués sur une base réligieuse à ce que je sache.

    De même l’intolerance envers les personnes parlant une langue diffrente ...
    En resumé, j’ai bien peur que les concepts utilisés soient à problème dans cette étude là : Comment avez vous défini ces termes là au juste : non tolerance ? valeur réligieuse ? un facteur important ou non ? ...

    Dans des études sociologiques sensibles comme celle là, on doit bien balayer les concepts pour éclairer le lecteur. Sinon, on interprêtera ses données plus qu’elles ne sont capables de nous revellées par rapport à la réalité du terrain.

    Peut bien me tromper sur mon jugement mais je voulais soulever cette préoccupation.

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  • Le 4 octobre 2012 à 10:53, par Wiilliam
    En réponse à : Enquête CGD : Les Burkinabè et les valeurs religieuses

    Bonjour Monsieur...Le rapport comporte de nombreux biais. Tout d’abord, comment a été mené le sondage ? A quel moment a eu lieu le sondage ? Ensuite, le pourcentage de ceux que vous appelez animistes est relativement plus élevé dans l’ensemble du pays et plus particulièrement dans les régions du sud ouest et de l’est. Quelles sont les membres des confessions qui ne veulent pas de voisins qui ne pratiquent la même religion qu’eux ? L’intention est bonne même si il faudrait un peu de rigueur scientifique....

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    • Le 4 octobre 2012 à 14:33
      En réponse à : Enquête CGD : Les Burkinabè et les valeurs religieuses

      Pour repondre à vos nombreuses questions, lisez ce texte : En 2007, une enquête nationale par sondage a été menée au Burkina Faso par une société sud-africaine de marketing, à la demande de World Values Survey Association (WVSA), une association à but non lucratif regroupant des chercheurs en sciences sociales, dont le siège est basé à Stockholm (Suède). L’association a réalisé cinq vagues d’enquêtes par sondage sur les six continents, en 1981, 1990, 1995, 2000 et 2007. Les pays couverts englobent environ 90% de la population mondiale. Le réseau est présent dans 80 pays, et grâce au soutien des Pays-Bas, il s’est étendu en Afrique où il est représenté pour le moment en Afrique du Sud, au Burkina Faso, en Ethiopie, au Ghana, au Mali, au Rwanda et en Zambie.
      En 2010, le Centre pour la Gouvernance Démocratique (CGD) a mené sa propre enquête par sondage en utilisant le même questionnaire. A la différence de l’enquête de 2007, le CGD a pris en charge toutes les opérations de l’enquête, de la préparation à l’analyse en passant par la collecte des données, alors que précédemment, il n’avait eu qu’à assurer l’analyse des données mises à sa disposition par WVSA. Toutes les questions administrées en 2007 n’ont pas toutes été reconduites à l’identique. Certaines ont été reformulées, d’autres jugées de moindre intérêt ont été remplacées par de nouvelles questions.
      Comme en 2007, l’enquête a été réalisée sur un échantillon aléatoire de 1200 individus ayant plus de 18 ans et résidant dans les treize régions du pays. Les interviews ont été menées en face-à-face dans la langue parlée par l’interviewé . L’enquête a été réalisée sur la base d’un échantillon qui se voulait représentatif au niveau national, régional, provincial, suivant le milieu de résidence et la parité homme/femme. Ces caractéristiques permettent de présenter des résultats valides qui reflètent assez bien les opinions de l’ensemble de la population burkinabè.

      A votre question de savoir quel membre de confession religieuse ne souhaite pas avoir pour voisin un autre, pensez-vous vraiment qu’il faille mentionner cela ? Au risque de créer encore d’autres sources de tensions ?

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  • Le 4 octobre 2012 à 15:05
    En réponse à : Enquête CGD : Les Burkinabè et les valeurs religieuses

    YZ et William,
    Vous parlez de quelle définition à donner ? Quelqu’un a t-il le monopole de définition des termes, en dehors de ce qui est dans le dictionnaire ? Ce sont les gens qui donnent la reponse en fonction de ce qu’ils ont compris.
    Si vous n’etes pas d’accord avec les chiffres, c’est que vous avez dejà mener la meme etude ? Ou bien votre opinion seule peut representer celles de l’ensemble des burkinabè ?
    Toujours en train de critiquer tout ce que qui se fait sans chercher à voir en quoi ca peut nous aider.

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  • Le 4 octobre 2012 à 15:47
    En réponse à : Enquête CGD : Les Burkinabè et les valeurs religieuses

    Bonjour à tous,
    Bonjour M. YZ,
    Sans vouloir me substituer au chargé d’études du CGD, je me permets de contribuer au débat en essayant d’apporter des éléments de réponse aux questions posées. Vous faites bien de les poser parce qu’elles prennent certainement en compte les préoccupations d’autres personnes qui, elles, n’ont peut-être pas voulu s’exprimer. Encore merci à vous. C’est aussi l’occasion, ici d’attirer l’attention des nombreux lecteurs qu’il existent bien des outils et techniques statistiques permettant de mesurer de tels phénomènes complexes quoiqu’il ne s’agisse pas de la statistique ’ordinaire’. Nous parlons là de psychométrie et statistiques du comportement qui font l’essentiel de ce qu’on appelle statistiques sociales.
    — -J’ai participé à l’étude------------
    J’ai juste participé à l’étude sans en être le designer mais je me permets de dire ce que je sais sur le processus ayant précédé cette collecte de données ; ainsi que sur les péripéties ayant abouti à la mouture finale du questionnaire.


    — du développement d’un tel questionnaire d’un point de vue théorique—
    Le développement d’un tel questionnaire s’appuie nécessairement sur des théories en psychologie et en sociologie. Dans le cas précis, la charpente du questionnaire est montée suivant les théories sociologiques en relation avec la problématique clé en étude et la psychologie en occurrence la psychologie cognitive pour affiner les questions posées. Le tout, normalement est testé sur le terrain en faisant des pré-tests et les données qui en résultent sont re-injecter dans l’ordinateur pour une analyse de FIABILITÉ et de VALIDITÉ. A chaque niveau, interviennent chercheurs en psychologie et sociologie : il faut nécessairement une équipe pluridisciplinaire. Sinon, on réajuste et on repart jusqu’à ce que les choses sont scientifiquement acceptables. On peut mettre beaucoup d’années pour le développement de tels outils de collecte. Un institut comme l’Institut de Recherche en Sciences Sociales de l’University of Michigan s’y consacre.
    — - De vos questionnements en rapport avec les concepts----
    Une information que vous n’avez pas : les questions ont été posées dans la langue de l’enquête. Soyez rassurer,autant que possible, il y a eu tentatives de neutraliser toute variabilité pouvant être due à l’enquêteur. Il fallait que l’enquêteur parle la langue de la zone d’enquête et ensuite le CGD a eu recours à des spécialistes des langues locales ( Dioula, Mooré et Fulfuldé ) pour harmoniser dans un premier temps la compréhension de ces concepts, leur équivalent en langues locales. Soyez en certain, certains de ces termes en langues locales sont assez difficiles et peu connues. Le travail qui a suivi, a consisté à trouver de façon collégiale ---des parades sans perdre l’esprit de la question--- les mots que les enquêtés (en tous cas pour celui qui comprend la langue ) comprennent.

    Cela dit, vous parlez de concepts flous tout en demandant de préciser de quel voisinage il s’agissait. Je vais juste prendre ce cas. Honnêtement, en faisant le lien avec la problématique de l’étude, je ne vois pas le besoin de préciser de quel voisinage il s’agit. Je m’explique : la question posée veut capturer la proportion d’individus au Burkina Faso qui acceptent l’autre dans sa différence. Rien de plus ! L’autre... ce sont tous ceux que vous citez et sa différence étant sa pratique religieuse, son orientation sexuelle...La précision que vous souhaitée aurait été, toujours en rapport avec la problématique, superfétatoire donc alourdirait le questionnaire ; ce qui est un autre problème.

    — - Les deux enquêtes sont-elles comparables ?---

    Comparables du point de vue méthodologiques et des conditions pratiques. C’est le minimum à faire, sinon on ne peut s’autoriser une comparaison ! Pour ce que je sais, les questionnaires sont les mêmes dans l’esprit puisque la problématique n’a pas changé et les résultats de la première collecte d’un point de vue méthodologique étaient acceptables. Bien évident les répondants ne peuvent être les mêmes. On en a pas besoin. L’essentiel, c’est que les deux échantillons aient été représentatifs de la population du pays.
    — - De ces sentiments d’intolérance qu’on ne sentirait pas dans les quartiers---
    Possible !
    D’un point de vue méthodologique, l’échelle de mesure du sentiment souffre d’une insuffisance de pouvoir de discrimination. Il est à deux point (Oui/ Non), il aurait été intéressant de le rendre à au moins 5 points pour sonder la force du sentiment. Cela nous aurait mieux renseigner à la fois sur les ampleurs horizontale et verticale. Le sentiment peut exister mais a besoin d’un fervent pour vraiment se faire voir.
    Parlant du fait que vous ne sentez pas cela dans votre quartier, autour de vous, je dis là, il vous faut faire attention. Vous parlez de vous, n’oubliez pas ! Prenons les évènements d’avril 2011 avec les jeunes militaires, disons le malaise généralisé qu’il y a eu au Faso, je ne sais pas si vous le voyiez autour de vous.

    — -Pour finir...------------
    Je suis d’accord avec vous, qu’il est souvent utile pour les structures faisant dans les statistiques, de documenter les chiffres qu’elles sortent. Il peut-être souvent utile de balayer rapidement les fondements théoriques, le contexte, les questions telles qu’elles ont été formulées. Vous comprendrez qu’il serait difficile de faire cela à travers des pages achetées dans les médias. On peut par contre laisser un lien pour ceux qui veulent en savoir davantage notamment sur la méthodologie.

    J’espère avoir fait oeuvre utile !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    Cordialement !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    I. KARAMA

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