Exclusion sociale des femmes : Une réinsertion très difficile

mercredi 5 septembre 2012 à 22h45min

Depuis quelques années la commission épiscopale « justice et paix » et d’autres organisations de la société civile s’investissent pour la défense et la promotion des droits des femmes victimes d’exclusion sociale « notamment celles accusées à tort ou à raison de sorcellerie ». La situation des pensionnaires des centres Delwendé de Tanghin et de la cour de solidarité de Paspanga demeure préoccupante pour les organisations de la société civile ainsi que pour le pouvoir public. Elles sont des centaines de femmes qui vivent dans ces centres. La plupart y sont arrivées suite à une exclusion forcée de la société, par accusation pour sorcellerie.

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Exclusion sociale des femmes : Une réinsertion très difficile

Au-delà de la gestion de ces centres, des campagnes de sensibilisation pour le bannissement de ces violences, la commission « justice et paix » préconise la réinsertion de ces femmes dans leurs sociétés respectives.

Plusieurs approches ont été élaborées afin de lutter en amont comme en aval contre l’exclusion sociale de ces femmes, mais aussi et surtout pour la défense de leur droit et le retour dans leurs sociétés respectives. La commission épiscopale « justice et paix » met pour sa part l’accent sur la réinsertion sociale des pensionnaires de ces deux centres, chassées pour fait de sorcellerie. Les recours en justice pour la défense des droits de ces femmes sont aussi soutenus. Selon la commission épiscopale, ces femmes ont surtout besoin d’une famille, le retour dans leur milieu. « Le retour en famille reste l’une des principales aspirations profondes pour la plupart d’entre elles ». C’est ainsi que depuis quelques années elle mène des campagnes d’information et de sensibilisation auprès des chefs coutumiers, de la population et de plusieurs partenaires pour le bannissement de toutes les formes de violences, et la réinsertion de ces femmes exclues pour sorcellerie.

Un retour difficile, mais unique solution

La commission épiscopale a donc initié des journées de solidarité dans les deux pensions de la capitale pour aider ces femmes à se reconstruire. Ces journées ont permis l’adoption de 130 pensionnaires de Delwendé et de Paspanga. Selon les penseurs de cette « adoption parrainage », où les adoptants s’engagent à soutenir la pensionnaire par des visites et une affection, ces journées auraient suscité beaucoup d’engouement au sein des pensionnaires. Ce qui témoigne du besoin d’affection de la part des pensionnaires. Mais la commission juge l’impact de cette adoption limitée dans la reconstruction de l’individu.

L’affection d’une tierce personne ne saurait remplacer celle de ses proches. Et il fallait donc encourager le retour des pensionnaires dans leurs localités. De cette campagne la commission estime que les résultats obtenus sont encourageants, mais le chemin à parcourir reste long. Dans le centre de Delwendé de Tanghin ces trois dernières années 32 pensionnaires ont pu regagner leurs villages et leurs familles. La commission note pour ce centre une progression dans les départs depuis 2007. A la cour de solidarité, seulement 12 sont rentrées chez elles. Certes le nombre de retour est faible, mais « la baisse significative du nombre des pensionnaires accueillies ces trois dernières années » est un motif de satisfaction pour les organisations de la société civile. Seulement 16 pensionnaires ont été accueillies depuis 2009 contre 38 pour la période 2007-2009. Les organisations de la société civile visent un accueil zéro et une réinsertion de toutes les pensionnaires.

Gerard Zongo de la commission épiscopale pense que la réinsertion sociale demeure la principale réponse aux problèmes des pensionnaires dans les centres d’accueil. Des enquêtes menées auprès de ces femmes pendant plusieurs années, montrent les souffrances et traumatismes dus à cette exclusion. Et tout soutient aussi important soit t-il ne peut combler ce vide. Certaines femmes optent simplement pour le suicide pour manque de besoins affectifs des proches. La prise en charge et psychologique et matérielle dont elles bénéficient dans les centres d’accueil bute à l’épineux problème de grande solitude et d’oisiveté. « Certaines se sont jetées dans le barrage de Tanghin, l’exclusion est vécue comme une mort sociale » déclare t-il.

Loin des proches, des parents et enfants, sans aucun travail décent, sauf la filature du coton à longueur de journée. La vie dans les centres n’est rien d’autres qu’une prison où la victime vit dans la peur permanente et dans un sentiment de persécution par ses « bourreaux ». Certaines finissent par sombrer dans la dépression. Selon la commission épiscopale qui a mené des enquêtes individuelles sur chaque pensionnaire, la grande majorité de ces femmes sont des mères. Elles ont des enfants, souvent très aisés. Mais il est interdit à ces enfants de leur rendre visite ou de leur porter secours. Par peur de représailles, certains enfants n’y vont qu’à la tombée du soleil.

Mais celles qui reçoivent les visites sont les plus chanceuses. La plupart des mères sont bannies par leurs propres enfants. « Il arrive que même ses enfants la rejettent, et elle passe toute leur vie sans jamais les rencontrer » déclare le sociologue. « Vous savez que parmi les pensionnaires, certaines mères ont des enfants cadres de l’administration, l’une des pensionnaires a un fils député de cette République » poursuit le sociologue. Cet élu comme bien autres à des niveaux insoupçonnés soutiennent ces exclusions. Un rejet insupportable pour une mère. Ce qui fait la difficulté de cette lutte dans une société de forte croyance.

Le volet reinsertion peu soutenu

La commission « justice et paix » qui déplore le manque d’enquêtes approfondies avant l’accueil des pensionnaires pense que ces renseignements peuvent contribuer à la gestion des pensionnaires, à la lutte pour leur droit, et à une meilleure insertion sociale. L’autre étape serait le suivi de chaque pensionnaire en vue de sa réinsertion dans sa communauté d’origine. La commission préconise que chaque pensionnaires fassent l’objet d’un suivi « rapproché et régulier ». Ce qui peut faciliter sa réinsertion plus tard. Cependant la campagne de réinsertion sociale ne devrait pas exclure « les avant projet de loi qui interdisent et répriment tout acte d’accusation de sorcellerie et d’exclusion sociale à l’encontre de tout citoyen burkinabè ». Le volet judiciaire vise surtout un effet dissuasif.

La commission épiscopale met l’accent sur la sensibilisation pour réussir la réinsertion de ces femmes. Les chefs coutumiers sont les premières cibles de cette campagne, mais surtout des associés importants dont l’adhésion est incontournable dans cette campagne de réinsertion. Déjà en 2009 le Mogho naaba Baongho s’est joint à la commission pour demander la fin de ces pratiques. « Le monde évolue et en tant que gardien des valeurs ancestrales, nous ne saurons encourager de telles pratiques » avait –il déclaré aux autres chefs coutumiers et aux populations en mars 2010 à l’occasion de la marche contre l’exclusion sociale et les violences faites aux femmes.

Il ressort des enquêtes que plus de 99% des victimes d’exclusions sociales et chassées pour fait de sorcellerie viennent du plateau central. Dans les autres parties ces exclusions pour sorcellerie sont exprimées sous d’autres formes moins violentes. « C’est surtout sur le plateau mossi qu’on observe la forme violente. La femme subi des violences physique, psychologiques, bannie, chassée et abandonnée par ses proches ».

Cependant si de plus en plus les coutumiers s’engagent à mettre fin à cette pratique et à soutenir le retour des pensionnaires, les organisations de la société civile déplorent « la démission » et l’approche des autorités. Les mécanismes de réinsertion sont pratiquement inexistants. Le gouvernement met l’accent sur le volet gestion des structures d’accueil qui d’ailleurs ne sont pas adaptées et sont mal équipées.

Par Abdoul Razac Napon

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