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Naguib Sawiris, le magnat égyptien, s’empare des mines d’or de La Mancha

Accueil > Actualités > International • • vendredi 31 août 2012 à 16h39min
Naguib Sawiris, le magnat égyptien, s’empare des mines d’or de La Mancha

On lui connaissait une réussite et des ambitions démesurées dans la téléphonie mobile. Il y avait gagné un surnom : « le pharaon des télécoms ». On le savait très concerné par la situation politique dans son pays, l’Egypte*. Le voilà devenu, brusquement, chercheur d’or.

En Australie, au Soudan, en Côte d’Ivoire… 430 millions de dollars canadiens (436 millions de dollars US soit plus de 250 millions d’euros) ont été versés pour cela par Weather Investments II, société luxembourgeoise, une des holdings de la nébuleuse Sawiris ; il s’agissait d’acquérir 86 % des parts de La Mancha Resources Inc. Dont 63 % des actions détenues par le numéro un mondial de l’énergie nucléaire AREVA.

L’acquisition du solde du capital (14 %) est en cours, ce qui va valoriser l’acquisition totale à près d’un demi-milliard de dollars. Le prix de 3,50 dollars canadiens par action payé par Weather Investments II a représenté une prime d’environ 55,6 % sur le cours de bourse de clôture des actions de cette dernière à la Bourse de Toronto, le 12 juillet 2012, avant l’annonce de l’OPA, et une prime de 43,1 % sur le cours moyen pondéré par les volumes des vingt derniers cours de cotation précédents. Une aubaine pour les actionnaires. Et pour AREVA qui s’est engagé dans un programme de… désengagement de ses activités minières (le groupe a ainsi cédé les 26 % de capital qu’il détenait dans Eramet - présent en Nouvelle-Calédonie et au Gabon via Comilog - pour près de 800 millions d’euros).

La Mancha, dont le siège social est à Montréal, a été créée en septembre 2006 par AREVA. Elle exploite des mines d’or en Afrique (Hassaï au Soudan, seule mine industrielle du pays qui, par ailleurs, connaît une véritable ruée vers l’or ; Ity en Côte d’Ivoire) et en Australie (Frog’s Leg et, prochainement, White Foil) et mène des activités d’exploration sur une trentaine de sites dans les pays où elle est déjà présente + l’Argentine. L’arrivée de Sawiris dans le capital de la compagnie a provoqué des changements au sein du conseil d’administration.

Yann Guilbaud, Nicolas Nouveau, Andreas Mittler et Olivier Wantz ont démissionné ; les nouveaux arrivants sont Michel Hubert, Iman Naguib (il a collaboré à Montpellier Asset Management en 2004-2006 avant d’être nommé Corporate Finance Director de Weather Investments II en 2006), Sébastien de Montessus et Naguib Sawiris. Dominique Delorme, précédemment PDG, est nommé vice-président ; ingénieur de l’Ecole nationale supérieure de géologie de Nancy, il a travaillé comme géologue en Afrique et en France ; il a mené ensuite sa carrière au sein du groupe AREVA, en charge des activités minières, avant d’obtenir, début 2012, le poste de PDG de La Mancha. Mais les deux personnages majeurs de cette OPA sont Naguib Sawiris, bien évidemment, le président du Conseil, et Sébastien de Montessus, le PDG.

Sawiris, c’est une dynastie. Quelque peu… pharaonique. Le fondateur en est Onsi. Il débutera dans BTP, il fera fortune avant de voir son entreprise nationalisée par Gamal Abdel Nasser (les nationalisations du secteur bancaire et productif ont débuté en 1960 en Egypte) ; dès qu’il pourra libre de quitter Le Caire, Onsi poursuivra ses activités dans la Libye voisine où Mouammar Kadhafi n’était pas encore au pouvoir (il y accèdera à la suite du coup de force du 31 août 1969 un an avant la mort de Nasser, son père spirituel, le 28 septembre 1970). L’arrivée de l’un et le départ de l’autre sera l’opportunité, pour Onsi, de retourner en Egypte.

En 1976, Onsi va créer l’outil de la réussite familiale : Orascom Construction Industries. Dans un contexte politique qui favorise l’entreprise privée et la réussite individuelle (dès lors qu’elle ne perd pas de vue les préoccupations de la classe politique au pouvoir). L’Egypte est le phare du monde arabe ; et Orascom va rayonner sur le Moyen-Orient en mutation à la suite des deux chocs pétroliers de la décennie 1970. Mais la grande réussite d’Onsi ce sont ses fils : Samir (55 ans), Nassef (51 ans), et Naguib (58 ans). Le premier a misé sur le tourisme de luxe ; le deuxième reste dans le métier du père, le BTP, tout en se diversifiant dans les infrastructures liées au pétrole et au gaz ; le troisième va s’imposer dans le monde de la téléphonie cellulaire.

Copte cairote, Naguib parle arabe, anglais, allemand (il est diplômé de l’Ecole polytechnique de Zurich) et français ; son épouse, Ghada, est ravissante ; ses fêtes au Caire et ailleurs sont fastueuses ; il lutte contre la pédopornographie sur Internet ; il est considéré comme « l’homme le plus riche d’Afrique » quand la presse n’attribue pas ce titre à un de ses frères. Il a fait d’OTH-Orascom Telecom Holding (dont Weather Investments II détient 52 % du capital) - « c’est mon bébé » dira-t-il ; il l’a créé en 1998 - un opérateur téléphonique présent du Canada à la Corée en passant par le Bangladesh, le Pakistan, la Grèce, l’Italie… après s’être essayé à l’Inde, l’Irak… sans oublier l’Afrique (de l’Egypte à la Namibie et de l’Algérie au Zimbabwe en passant par la RCA, le Burundi…).

Plus de 100 millions d’abonnés dans le monde et des ambitions intactes, y compris en France (un pays « qu’il adore » et où il passe ses vacances depuis vingt-cinq ans ; il arbore d’ailleurs la Légion d’honneur). Cependant, en octobre 2010, les actifs d’OTH ont été vendus au russe Vimpelcom (6,6 milliards de dollars en cash et en actions). Voici quelques jours, selon The Financial Times, Naguib Sawiris serait sorti définitivement du groupe russe en cédant sa part de capital (3,6 milliards de dollars US) ; et, du même coup, d’OTH. Il en avait déjà cédé la présidence exécutive fin 2009. « Il faut un nouveau souffle pour créer de la valeur dans un environnement en moindre croissance, quelqu’un de jeune, de moins sensible que moi » (entretien avec Delphine Cuny – La Tribune du 27 novembre 2009).

Plus géopoliticien que businessman, ses affaires ne sont jamais éloignées de la politique. Sa nouvelle stratégie le conduit à mettre la main sur La Mancha. L’or est un nouveau métier pour lui ; les mines aussi. Il a donc confié le job à Sébastien de Montessus. Ce jeune homme pressé (38 ans), Sup de co Paris, banquier d’affaires fusions/acquisitions chez Morgan Stanley à Londres, a cherché fortune dans les télécoms puis a rejoint AREVA : direction de la stratégie (2002) ; comité de direction en charge de la stratégie et du marketing du pôle transmission et distribution (2004-2007) ; directeur de Business Unit Mines (juillet 2007), AREVA étant le premier producteur mondial d’uranium.

Quand Luc Oursel va prendre, en juillet 2011, la suite de l’emblématique Anne Lauvergeon à la tête d’AREVA, Montessus va intégrer son état-major. Mais sera mis en cause dans la polémique liée au départ de Lauvergeon (enquête sur sa vie privée et son mari, Olivier Fric) et les conditions dans lesquelles UraMin (compagnie canadienne exploitant des mines d’uranium en Afrique) a été acquis par AREVA en 2007. C’est Montessus qui avait commandité l’enquête liées à cette acquisition. Lauvergon l’accusera d’avoir « basculé dans la délinquance ». Début 2012, Montessus déclarera à Bertille Bayart et Frédéric de Monicault : « Personne ne me l’a demandé et je n’ai aucune raison de [quitter mon poste ou AREVA] » (Le Figaro du 20 janvier 2012). Cependant, il démissionnera en mars 2012. Pirouette : le voilà PDG d’une ex-filiale d’AREVA. De quoi alimenter la polémique même s’il précise qu’il n’a « pas participé à ce processus de vente […] C’est seulement en août, une fois son offre acceptée, que Naguib Sawiris m’a proposé de le rejoindre ».

* Naguib Sawiris a initié le « conseil des sages » qui, en février 2011, a négocié avec le vice-président Omar Souleiman. Objet : « Parvenir à un compromis entre les demandes des manifestants et les positions du régime. Nous sommes partis du principe que ce qui compte pour nous, c’est de parvenir à une vraie démocratie et que cela n’a pas d’importance que le président parte maintenant ou qu’il reste six mois de plus » (entretien avec Tangi Salaün, Le Figaro du 10 février 2012). Selon lui, les manifestants n’ayant aucun plan pour assurer l’intérim post-Moubarak, c’est l’armée qui s’emparerait du pouvoir et l’en déloger serait difficile.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche DIplomatique

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