ZONES « INONDABLES » À OUAGADOUGOU : Des habitants « stoïques », de nouvelles maisons construites

jeudi 30 août 2012 à 23h30min

Le 1er septembre 2009 reste mémorable pour les Ouagavillois. Les pluies diluviennes qui se sont abattues ce jour-là dans la capitale burkinabè ont fait des milliers de sans-abris suite aux éboulements et aux inondations. Pour éviter pareille catastrophe à l’avenir, le gouvernement a adopté un décret règlementant les constructions dans les zones inondables et submersibles. En clair, les populations vivant dans les zones décrétées submersibles devaient quitter les lieux. Mais trois ans après, rien n’a changé ou presque. Ces sites restent habités. Il y a même de nouvelles constructions. Le 1er septembre semble être dans les oubliettes.

RÈagissez ‡ cet article Réagissez
ZONES « INONDABLES » À OUAGADOUGOU : Des habitants « stoïques », de nouvelles maisons construites

Il est situé en plein-centre de Ouagadougou. Dapoya, l’un des plus anciens quartiers de la capitale burkinabè a aussi une particularité. Il est tout proche d’un lit d’eau car, ce quartier est bordé par deux des trois barrages que compte la capitale burkinabè. Après le 1er septembre 2009, une bonne partie de ce quartier a été décrétée, zone submersible par les services techniques du ministère en charge de l’Habitat. Mais pour nombre de ces habitants, le danger si proche pour les techniciens est bien loin à leurs yeux. La preuve, de nouvelles constructions trônent aux côtés de vieilles bâtisses plus ou moins croulantes. C’est clair, personne n’a quitté ces lieux, malgré les injonctions gouvernementales.

Assis devant un kiosque, cinq jeunes gens discutent à tue-tête sur la super division du championnat national de football qui bat son plein en ce moment. Les gros nuages qui s’amoncellent à l’horizon semblent être leurs derniers soucis. « Nous nous sentons à l’aise ici. A part la pluie du 1er septembre 2009 qui nous a fait peur, nous ne nous plaignons aucunement », tranche l’un d’entre eux, visiblement « l’intello » du groupe. Il préfère pourtant garder l’anonymat. Inutile d’insister, personne n’est prêt à quitter son Dapoya natal pour quelqu’endroit que ce soit. En remontant à Nioko I, à l’est de la capitale, même constat. Dans cet autre quartier, les berges du marigot de Nioko I, jugées « zones inondables inconstructibles » donc « zone rouge » par les mêmes services du ministère en charge de l’Habitat a cependant des habitations aux abords du canal. Awa Kouanda, une mère de famille de 32 ans, riveraine de la zone se félicite d’ailleurs que la construction des caniveaux et l’agrandissement du pont, ne causent plus de problème aux riverains du marigot malgré les cordes qui tombent sur Ouagadougou depuis début août.

A Lanoayiri, quartier situé sur la route de Pô, au sud-est de Ouagadougou, l’espace décrété inondable s’est également procuré de nouveaux habitats. A l’entrée d’une concession à proximité du marché du quartier, deux femmes affichent une certaine sérénité malgré des signes annonciateurs de sinistre : « Cette année ça va. Il est vrai que nos clôtures se sont effondrées et que l’eau entre parfois dans nos maisons, mais c’est mieux que le 1er septembre 2009 », déclare l’une d’elle, un bébé au dos. Toutes deux indiquent que ce sont leurs « zagsôba » (maris, chefs de famille en langue nationale mooré) qui décident s’il faut encore demeurer sur les lieux malgré les dangers patents.

Justement l’un d’eux, Benoit Zabré, père de quatre enfants soutient. « Après le 1er septembre, on nous a offert une parcelle sur le site aménagé de Yagma. On nous a aussi donné une tonne et demie de ciment pour nous aider à bâtir une nouvelle maison. Mais la parcelle est située sur un passage d’eau et cela ne nous a pas permis de construire convenablement. Nous sommes donc toujours ici en attendant de mobiliser davantage d’argent pour payer du ciment supplémentaire », se défend-il, louant tout de même l’accompagnement des autorités pour reloger les sans-abris du 1er septembre.

Le gouvernement prendra ses responsabilités

Côté officiel, on promet de prendre ses responsabilités et de s’assumer face à ce qui ressemble à de l’incivisme. Mais on privilégie la concertation. Le Directeur général (DG) de l’urbanisme et des travaux fonciers, Léon-Paul Toé, se dit conscient de l’inapplication des mesures gouvernementales concernant les zones inondables. « Nous savons qu’actuellement, les zones inondables ne sont pas totalement libérées. Les habitants des localités concernées savent bien qu’ils doivent quitter les lieux parce qu’ils voient les bornes, mais ils sont là », observe-t-il. Il explique qu’après l’adoption du décret gouvernemental pour déterminer les servitudes des zones inondables et celles submersibles, une étude a été commanditée pour proposer un aménagement adapté aux zones identifiées.

Cette étude, poursuit M. Toé, doit faire des suggestions concrètes en ce qui concerne l’occupation convenable de ces espaces et les intégrer à la dynamique d’ensemble de la ville de Ouagadougou. « Il n’y a pas de zones délaissées en ville », assure ce haut responsable. « Nous avons déjà reçu le rapport provisoire de cette étude. Nous attendons le rapport définitif avant de mener une action de façon pratique pour libérer ces sites.

En tous les cas, le gouvernement prendra ses responsabilités », prévient le directeur général appelant « tout le monde » à participer au processus de délocalisation des endroits identifiés. « D’aucuns pensent que l’on ira déguerpir les gens de force. Pourquoi créer un conflit autour de ce problème. Il y aura de la sensibilisation et les élus locaux auront leur partition à jouer. Nous souhaitons que l’aménagement de la ville de Ouagadougou se fasse dans la concertation au profit de l’intérêt général », tempère toutefois le DG de l’urbanisme et des travaux fonciers.

Kowoma Marc DOH (dohmarc26@yahoo.fr) et Korotoumou Traoré
(stagiaire)

Sidwaya

Imprimer l'article

Vos commentaires

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Newsletter

Chaque matin, recevez gratuitement toute l'actualité du jour par mail. Inscrivez-vous à la newsletter


LeFaso.net
A propos..
Flux  RSS 2.0
Plan du site
Nous contacter
Condition d'utilisation
Responsabilité
Cookies et cache
Version mobile
Publicité
Partenariat

LeFaso.net © 2003-2017 LeFaso.net ne saurait être tenu responsable des contenus "articles" provenant des sites externes partenaires.
Droits de reproduction et de diffusion réservés