TROISIÈME ANNIVERSAIRE DU 1ER SEPTEMBRE 2009 : La désillusion se poursuit chez les sinistrés de Yagma

mercredi 29 août 2012 à 23h30min

Après le déluge du 1er septembre 2009, près de 3000 âmes ont trouvé refuge, avec la bénédiction du gouvernement, sur le site de Yagma, village situé à quelques encablures de la capitale burkinabè. Trois ans après cette catastrophe naturelle, une équipe de reportage de Sidwaya est allé à la découverte du quotidien de ces personnes que dame nature a contraint à reconstruire leur vie ailleurs.

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TROISIÈME ANNIVERSAIRE DU 1ER SEPTEMBRE 2009 : La désillusion se poursuit chez les sinistrés de Yagma

Mardi 27 août 2012. Il est 15 h 30 sur le site de Yagma, bourgade située au Nord de la capitale, Ouagadougou. C’est là que le gouvernement burkinabè a choisi de réinstaller les victimes des 263 millimètres d’eau de pluie qui se sont abattues sur cette métropole le 1er septembre 2009. Ce n’est pas l’affluence comme c’était le cas aux premières heures de leur « déportation ». Sur ce site encore aux allures de camp de réfugiés, on n’aperçoit que quelques silhouettes humaines. Permettant ainsi d’entendre aisément l’écho des cris d’oiseaux qui, seuls, semblent donner vraiment vie à la trame d’accueil.

Assis sous un hangar, Moussa Kaboré, ancien habitant du quartier de Boulmiougou (Ouest de Ouagadougou) raconte qu’il est devenu mécanicien par la force de la nature. Marié et père de trois enfants, il confie que cette activité ne lui permet pas de subvenir à ses besoins alimentaires et sanitaires…en somme, à ses besoins élémentaires. Entouré de quelques amis qui trouvent en ce « garage » un lieu pour oublier leur ennui, M. Kaboré raconte les difficultés auxquelles il fait face dans son vécu quotidien. Il cite, entre autres, le manque de nourriture, de routes et d’adduction d’eau potable. Le regard hagard et craintif, Hamado Nana précise qu’à cela s’ajoute l’insuffisance d’infrastructures éducatives.

« Nos enfants parcourent de longues distances à la recherche du savoir. La seule école qui existe sur ce site ne peut pas accueillir tous les enfants. Ils se retrouvent à cent élèves par classe. Ce qui les oblige à aller dans les confins de la capitale pour acquérir le savoir », s’est indigné M. Nana, venu de Karpala dès les premières heures de l’aménagement du site. Et M. Sayouba Dipama de confirmer que malgré les engagements pris par les autorités gouvernementales, le problème d’eau, d’électricité et de route demeure une réalité dans son nouveau bercail. « Quand ma femme voulait accoucher, j’ai passé toute la nuit à chercher un taxi. Les sapeurs-pompiers ne viennent pas nous prêter secours lorsqu’il y a une urgence ici » fulmine t-il. Composé de trois logements pour les infirmiers, d’une maternité, d’un dispensaire, d’une pharmacie…, le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) y a été construit mais peine à ouvrir ses portes.

Prévu pour être livré en septembre 2011 par l’entreprise C.CO.BAT (Comptoir du commerce et du bâtiment), ce CSPS est toujours en chantier. En lieu et place des patients qui devraient y être aujourd’hui, ce sont des ruminants qui règnent en maîtres des lieux. Selon le chef de chantier, Franck Ghislain Yaméogo, la suspension du financement justifie le retard accusé dans la réalisation du CSPS.

Fortunes diverses

A quelques dix mètres du « garage » de M. Kaboré, se dresse un magasin de vente de matériaux de construction, d’une superficie d’environ 20m2. Le tenancier, M. Boureima Ouédraogo confie qu’avec son commerce, il rend grâce à Dieu. « Comme le site est toujours en construction, les affaires marchent pour moi. Ici, à Yagma le sac de ciment coûte entre 6500 et 7000 FCFA », affirmé t-il. Assise dans son kiosque, les cheveux entremêlés, Mamounata Kinda semble avoir perdu tout espoir. Elle indique que l’activité qu’elle mène ne lui permet pas d’assurer les charges de son ménage. « Les clients sont rares. Mes recettes journalières sont comprises entre 200 et 300 francs CFA. Mon mari gère aussi un vidéoclub.

Mais souvent il a du mal à avoir le prix de l’essence nécessaire au fonctionnement du groupe électrogène », déplore t-elle. Pour le responsable de la section 1028, Moumouni Ouédraogo (Ndlr : une des sections qui abrite les sinistrés de l’arrondissement de Boulmiougou), trois ans après leur arrivée, les conditions de vie n’ont pas évolué.Il poursuit : « s’il y avait l’électricité, les habitants allaient développer des activités génératrices de revenus ».

Le sauve-qui-peut

Selon M. Ouédraogo, arrivé à la tête de cette section en août 2011,les populations sont en train de déserter la zone à cause du manque de nourriture et des conditions minimales de vie. Il reconnaît cependant que les autorités burkinabè se sont investies pour faire face à l’urgence, soulignant qu’il reste plusieurs choses à revoir. « Le manque d’emplois a conduit certains habitants à vendre leurs parcelles pour racheter des terrains non lotis près de la ville », relève t-il.
Malgré la mesure gouvernementale qui impose un délai minimum de cinq ans avant de pouvoir vendre les parcelles qui leur ont été octroyées, les « sinistrés » outrepassent. « C’est une pratique illégale à laquelle on ne peut mettre fin.

Il serait difficile pour l’Etat de jouer au gendarme », reconnaît, visiblement impuissant, le directeur général de l’Urbanisme et des travaux fonciers, Léon-Paul Toé. Même s’il partage les difficultés soulevées par les habitants de Yagma, le directeur général de l’Urbanisme reste convaincu qu’il s’agit d’un problème commun à la ville de Ouagadougou. « Les occupants des logements sociaux endurent les mêmes difficultés. Il y a aussi des zones loties qui sont dépourvues d’eau et d’électricité. Les problèmes ne sont pas spécifiques à Yagma. Donc, pour les résoudre, il faut une démarche d’ensemble qui se fera en fonction des ressources disponibles » pense t-il.

Abdel Aziz NABALOUM (emirathe@yahoo.fr) & Adama SEDGO

Sidwaya

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