ARRESTATION DE TROIS POLICIERS POUR CORRUPTION : Ce qui n’a pas été dit

mardi 28 août 2012 à 23h05min

Rocambolesque ! Tel est le qualificatif qu’il sied pour décrire la tournure que connait cette affaire dite de faux billets de banque et de corruption. Le 20 juin 2012, lorsque le Service régional de la police judiciaire (SRPJ) de Ouagadougou et la Brigade anti-criminalité (BAC), présentent, lors d’un point de presse, personne n’imaginait que l’affaire connaitrait par la suite des rebondissements. Eh bien, rebondissements, il y en a. Car ces derniers temps, la presse, notamment l’hebdomadaire L’Ouragan et le bimensuel L’Evénement, font échos de ce que les trois assistants de police qui ont mis la main sur les faussaires seraient eux aussi écroués par le juge d’instruction pour corruption. Retour sur une affaire qui regorge de trop de non-dits.

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ARRESTATION DE TROIS POLICIERS POUR CORRUPTION : Ce qui n’a pas été dit

« Alidou Zampaligré, Zakaria Dabré, Issa Bila et Michel Ouédraogo, tous résidants dans la zone du quartier Pissy, plus précisément aux secteurs 16 et 17 de la ville de Ouagadougou, ont été interpellés comme étant les présumés auteurs de contrefaçon et de trafic de faux billets de banque…Au cours de leur interpellation, a indiqué le commandant de la Brigade anti-criminalité(BAC) Patrice Yéyé, les objets suivants ont été saisis : 2 lots de sachets noirs contenant des supports de coupures de faux billets de banque en dollars et en francs CFA destinés à la contrefaçon, 2 bouteilles contenant du mercure servant, selon leurs dires, à laver les billets, un sachet contenant 8.004 000 francs CFA de faux billets de banque en coupures de 10 000 et 2000 francs CFA déjà contrefaits, un fer à repasser servant à rendre les billets neufs et enfin un sac contenant des gris-gris et amulettes pour protection ».

Ce passage est un extrait d’un article paru dans le journal Le Quotidien du jeudi 21 juin 2012. C’était le compte-rendu de notre reporter qui a assisté au point de presse organisé par le Service régional de la police judiciaire (SRPJ) et la Brigade anti-criminalité (BAC) pour présenter les faussaires ci-dessus cités. Et voilà que l’affaire refait surface avec une forte odeur de corruption. Cette fois-ci, ce sont les éléments de la police nationale officiant au Service régional de la police judiciaire (SRPJ) de Ouagadougou au quartier Wemtenga qui sont mis en cause. Ceux-là mêmes qui ont mis la main sur les faussaires.

Ils sont aujourd’hui écroués à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou et ce, depuis le 23 août dernier. Les assistants de police Djibril Toé, Tanga Zongo et Barboa Sabdano, tous au Service régional de la police judiciaire (SRPJ) sont accusés de corruption. Ils auraient réclamé 20 millions de F CFA aux faussaires et à leurs complices contre leur liberté le jour de leur interpellation au quartier Pissy, nous informe notre confrère L’Evénement. Arouna Kéré, agent de Coris Bank international, comme nous le relate notre confère, a été relâché la même nuit pour réunir la somme exigée. Finalement, il a pu réunir 17 millions de F CFA pour « les poulets » qui avaient déjà mis au cachot les 4 autres faussaires.

Les transactions se feront par tranches (10 millions de F CFA le lendemain de l’arrestation des faussaires et 7 millions de F CFA le jour suivant) devant témoin. Promesse est faite aux policiers pour le paiement du reste. Dans le même temps, Achille Sanou, agent de l’ONEA, avec qui aussi les faussaires étaient le jour de leur arrestation, n’ayant pas suffisamment d’argent, active son réseau et raconte l’affaire à son cousin qui est un militaire, selon toujours l’Evénement. Boris Sanou, c’est de lui qu’il s’agit, tout en s’indignant, demande à rencontrer Arouna Kéré. Une dernière personne s’infiltre dans la danse. Il s’agit de Charles Badolo, qui aux dires de notre confrère, travaillait avec l’assistant de police Djibril Toé à l’Office national d’identification (ONI). Des rencontres sont organisées entre le groupe et les policiers. Alors que le procureur du Faso s’était déjà saisi de l’affaire.

C’est là que Boris Sanou se propose d’intervenir auprès du procureur pour calmer la situation tout en rassurant les policiers. 2 millions de F CFA lui sont remis à cet effet. Pourtant, il n’ira pas voir le procureur du Faso, Placide Nikiéma, qui était déjà avancé sur le dossier. Les trois agents sont régulièrement convoqués pour audition. Après moult va et vient au parquet, les trois policiers ont été finalement déposés le 23 août 2012. Voilà résumé les faits tels que relatés par la presse. Un résumé pour permettre à nos lecteurs de comprendre réellement les tenants et les aboutissants de cette affaire et de dégager des constats suivants.

Les non dits de l’affaire

1er constat : A la conférence de presse animée au SRPJ, ce sont 4 délinquants qui ont été présentés pour contrefaçon de faux billets, alors que dans la narration des faits, il ressort que ce sont 3 faussaires qui ont été amenés ce jour-là par les trois assistants. De même, la conférence de presse a été conjointement animée par la BAC et le SRPJ. Alors que dans tout ce qui a été dit, nulle part, il n’est question de la BAC. Ce n’est que le SRPJ qui est cité. En effet, les deux unités de la police étaient en même temps sur le dossier des faussaires, mais de façon parallèle. Effectivement, le SRPJ a mis la main sur trois délinquants. L’autre, Michel Ouédraogo, était en cavale. Et c’est la BAC qui l’interpellera seul au secteur 16. Après confrontation, on s’est rendu compte que les deux groupes se connaissaient et évoluaient ensemble. La BAC et le SRPJ coordonnent et Michel Ouédraogo rejoint ses acolytes dans la prison du SRPJ à Wemtenga.

2e constat : Selon certaines sources dignes de foi, le chef du SRJP, Gérard Tarbagdo, aurait appelé le commandant de la BAC, Patrice Yéyé, pour lui parler d’une corruption au cours de l’arrestation des délinquants. La réaction de Patrice Yéyé aurait été ferme : « s’il y a eu corruption, ce n’est pas dans mon rang qu’il y a en eu ». Et Gérard Tarbagdo de lui dire que ce sont ses éléments du SRJP qui auraient été corrompus. Alors, une question se dégage : Pourquoi Gérard Tarbagdo ayant été au courant de cette tentative de corruption n’a pas réagi ?

3e constat : Selon une source judiciaire, c’est Arouna Kéré qui aurait porté plainte contre les policiers auprès de Placide Nikiéma. Et lorsque celui-ci a convoqué les policiers pour les entendre, ces derniers ont fait croire au procureur que Arouna Kéré est faussaire au même titre que les autres qui ont été arrêtés et qu’ils le recherchent pour l’arrêter. Nous ignorons comment fonctionne la justice, mais nous estimons que les policiers sont des auxiliaires de justice et le procureur du Faso pouvait aider ceux-ci à mettre la main sur l’agent de la banque que Coris Bank international a licencié pour son comportement peu orthodoxe.

Visiblement, le procureur du Faso n’était pas intéressé par le corrupteur, mais le corrompu. Pourquoi ? Aussi, sans être un pêcheur en eau trouble, nous estimons que le procureur du Faso pour la manifestation de la vérité aurait dû arrêter, au même titre que les policiers, les sieurs Boris Sanou, Charles Badolo, Achille Sanou qui ont, d’une manière ou d’une autre, été impliqués dans l’affaire.

4e constat : A moins que Arouna Kéré ait perdu le nord, on ne peut pas comprendre qu’il fasse confiance aux assistants qui ne répondent qu’aux ordres de leurs supérieurs et dès que des prévenus sont en garde à vue, ils ne peuvent être libérés que sous l’autorisation de leur chef qui juge de l’opportunité. En tant qu’agent d’une banque nous ne faisons pas l’insulte de dire qu’il soit si ignorant au point de croire aux assistants qui n’ont aucun pouvoir sur le sort d’un prévenu.

Tous ces constats non exhaustifs expliquent largement que dans cette affaire, il y a trop de non dits et vivement que les autorités policières et judiciaires nous éclairent davantage.

Affaire à suivre…

Par Yaya Issouf MIDJA

Le Quotidien

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