Style vestimentaire de la fille ouagalaise : Bas cigarettes, taille basse, bas direct, sous-fesses,…

jeudi 2 août 2012 à 00h16min

Dans la période 1980-1987, on raconte qu’un burkinabè était vite repéré à travers son style d’habillement avec le Faso Danfani. Cette identité culturelle s’est vite effritée au fil des ans avec la modernisation de la société à travers l’évolution rapide et exponentielle des moyens de communication qui font des sociétés de nos jours des sociétés sans frontières et laissant place parfois au voyeurisme. Dans la capitale, c’est la stupeur chez certains en ce qui concerne le style vestimentaire des jeunes filles. Regardons de près ce qui se passe !

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« Eh, la go choco, viens voir des bas cigarettes, j’ai de jolis pantalons qui viennent juste d’arriver et qui sont à ta taille. Si tu les portes, ton copain ne pourra pas résister. Et la fille de répondre : « vous n’avez pas des sous-fesses » ? « Si, répond ce dernier ». Au ministère de la joie comme on appelle l’endroit, « on a tout pour vous satisfaire. Il y a des hautes-robes, des sous-fesses, des mini-robe, et même des ceintures de taille. Viens, on va monter », insiste le commerçant. La fille se laisse entraîner comme un agneau, à la découverte du ministère de la joie. Ainsi vont les relations quotidiennes entre commerçants et filles au marché Rood Woko. C’est notre constat en ce samedi 22 juillet quand nous sommes arrivés dans le marché.

Non loin de là, nous apercevons trois jeunes filles qui se dirigent vers d’autres commerçants. Sans les laisser se décider, ces derniers se sont mis à les tirer de tous les cotés. C’est ce qu’on pourrait nommer la publicité agressive. « Venez chez moi, j’ai de jolies choses à vous montrer ; et c’est moins cher ». Pas question, réplique l’autre : « j’ai été le premier à les accoster ». Perplexes, les gos chocos comme on les appelle ne savaient plus ou se diriger. Finalement, elles décident de suivre celui qu’elles ont rencontré le premier. Après qu’elles ont fini de se procurer leur vêtement, nous nous approchons d’elles pour savoir quels sont les habits qui sont actuellement à la mode et pourquoi elles ont choisi ce type d’habillement. « C’est juste pour tourner la tête de mon mec, car si tu ne te mets pas à la page, il risque d’aller voir ailleurs », souligne une des filles. Mais aussi pour « se rendre belle et rester stylée », ajoute la deuxième.

Quand nous avons voulu savoir si les gens appréciaient ce type de vêtement, surtout les sous fesses et les minis robes, puisqu’il y a des filles qui les portent en plein jour, l’une d’entre elle rétorque : « mais je m’en fous, c’est pas du tout mon problème. Si tu veux vivre longtemps, il faut le faire sans te préoccuper des “on dit“, sinon tu vas mourir vite. Quoi que tu fasses, les gens diront toujours du mal de toi, donc mieux vaut les provoquer un peu et les laisser parler. Moi en tout cas, mon chéri aime ça et je ne vais pas prendre le risque de le perdre, soit disant que les gens n’aiment pas ».

Quelque temps après ces échanges, nous voyons une voiture se garer ; deux femmes descendent. A peine sont elles descendues, les commerçants se lancent à leur trousse. « C’est moi vous cherchez, je suis là », demande un jeune qui se dirige vers elles. Et de dire aux autres, « laissez-les tranquilles, ce sont mes clientes ». Comme par magie, les femmes le suivent. On sent à travers leur comportement que ce sont des habituées des lieux. Nous nous approchons d’elles pour leur demander ce qu’elles sont venues faire là. La première nous répond : « je suis là pour changer de look. Je viens ici tous les samedis pour me relooker. Je préfère surtout les mini-robes, mais je les mets avec un bas. Par semaine, je m’habille deux fois en dame, parce qu’avec vous les jeunes filles de maintenant, il faut faire attention. Un moindre faux pas et on te pique ton mari ; pour ce faire, je préfère être toujours au top. Il aime bien me voir comme ca. Il m’a vue dans ça et il est venu non ! Pourquoi je vais changer ? ». La seconde d’ajouter : « mes beaux parents m’ont critiqué en vain, je ne vais pas les suivre et prendre le risque qu’une jeune fille de rien du tout me vole mon mari ».

Voilà de façon caricaturale une des raisons fondamentales de la surabondance des bas cigarettes ou taille-basses, des bas-directs, mini robes, mini-jupes, culottes ou sous fesses, hautes-robes, les Bod I qui font rêver la plupart des femmes et filles de Ouagadougou que nous avons rencontrées. Il est rare à Ouagadougou de rencontrer une fille ou une femme mariée qui ne porte pas l’un de ces vêtements, et comme le dit une dame que nous avons rencontrée, « je ne vis que pour la mode ».

L’habillement qui divise

Nos échanges dans la ville renseignent d’avantage sur les opinions des uns et des autres sur le style d’habillement des jeunes filles notamment. Concernant les « hauts-sautés » et les « tailles basses » de nos filles et sœurs, « c’est du n’importe quoi qu’elles nous présentent, s’écrie un père de famille. Au nom de la mode, elles s’habillent à moitié, sinon dans des tenues qui présentent toute leur rondeur, renchérit-il. Quand elles se retrouvent dans des milieux où il y a des regards dérangeants, elles passent leur temps à tirer le haut de leur chemisette vers le bas. Ceci pour couvrir leur ventre exposé. Autrement, c’est par derrière elles essayent de couvrir », conclut-il.

Certains ne partagent donc pas la réflexion portée par la majorité de nos interlocutrices. Madame X (elle préfère taire le nom) qui est une femme à la retraite trouve que ce type de « vêtement n’honore pas les filles, a fortiori des femmes mariées ». « Le monde est en train d’évoluer, mais de façon négative. Avant les filles s’habillaient correctement, mais maintenant on se demande si elles s’habillent ou se déshabillent. Je comprends maintenant pourquoi les jeunes ne veulent plus se marier. S’ils ont tout à moindre coût, pourquoi dépenser une fortune pour se marier », s’interroge-t-elle.

Un usager de la route reste lui aussi amer : « Avec une grosse ceinture autour de la hanche, le pantalon est sur le point de tomber. Au lieu de bien serrer la ceinture autour de leur hanche, les jeunes préfèrent la laisser sur les fesses. Ils passent leur temps à faire semblant de remonter le pantalon qui glisse sur les fesses. Garçons comme filles pratiquent la même gymnastique. Quand on cherche à comprendre cette manière de s’habiller, la réponse est simple : c’est la mode qui recommande cela. A cette façon de porter le pantalon, s’ajoutent les multiples qualités de chemisettes des filles, dites « haut-sauté » et les pantalons « taille basse ».

Sont-elles obligées de s’habiller de la sorte ?

Nul n’est obligé de s’habiller de cette manière, nous a répondu une dame. D’ailleurs, les pagnes habillent mieux que les pantalons qui montrent le corps de la femme, dit-elle avant de s’étaler dans les paroles. « Le pagne est une richesse africaine. Quand une femme porte le pagne bien cousu avec un model vraiment simple, elle est vite appréciée que celle qui porte un pantalon. On ne porte pas une tenue parce qu’on doit la porter mais parce qu’elle nous convient. Ce n’est pas parce que c’est la mode que nous devons forcement la suivre », ajoute-t-elle. « Les femmes n’ont pas toutes les mêmes formes, il y a en qui portent le pantalon, le pagne et ça va avec leur forme, il y en a aussi qui uniquement trouve leurs comptes dans le pagne. Là, elles sont rigoureuses avec le choix du modèle. Elles sollicitent beaucoup les ensembles plaqués parce que ces genres sont plus attirants, ils mettent en valeur la forme de la personne qui porte la tenue. Les jupes 3 /4 sont également sollicitées. Tenez-vous bien, certaines demandent aux couturiers de faire en sorte que leurs bijoux même soient visibles à partir du modèle », explique la dame.

Malgré toutes les récriminations, les bas cigarette, taille basse, bas direct, sous-fesses et autres continuent leur saga dans la capitale, tant pis pour les « bonnes mœurs » de certains. Après tout, une catégorie de personnes trouvent leurs comptes dans cette tendance sexy des filles. Seulement, les femmes, les filles en particulier, doivent se demander si elles peuvent continuer de réclamer le respect et la considération aux yeux des hommes si elles s’habillent d’une certaine manière.


Les filles se cherchent un repère

Toute personne possédant un minimum d’esprit de décence se sentira mal à l’aise en voyant l’habillement de nos jeunes filles. Elles exposent sans sourciller leur corps et se plaisent à attirer les regards ; à la limite on a l’impression qu’elles font simplement une invite à la gent masculine. Alors que, autrefois, les filles se faisaient respecter par leur politesse et leur manière sobre de s’habiller, aujourd’hui, elles ne se font aucun souci du “qu’en dira-t-on ?”. “Ce n’est un secret pour personne, les jeunes filles sont en perte d’identité, de leur identité. Elles ont perdu tout repère. Elles se cherchent mais ne se retrouvent pas. Elles ont emprunté des chemins tortueux, des chemins sans lendemain. Ces filles d’aujourd’hui seront les épouses et les mères de demain. Sont-elles prêtes pour assumer de telles responsabilités ? Il y a des signes qui ne trompent pas. Le “mal habillement” des filles révèle un profond malaise qu’elles vivent. Le penseur a dit que chaque être humain est et sera ce qu’il pense de lui-même“ avait commenté le conseiller conjugal Rock Audacien Damiba.


A chacun aussi son goût

Nous constatons que le style vestimentaire diffère en fonction des unes et des autres mais une tendance générale se dessine chez les jeunes filles. Elle semblent préférer le prêt-à-porter. Autrement dit, il est rare de voir une femme amener son pagne ou son bazin chez le couturier pour une coupe sur mesure. Elles se ruent sur les boutiques ou les grands magasins pour s’offrir une tenue de soirée ou un pantalon déjà cousu. Elles aiment suivre la mode, elles n’hésitent pas à demander aux vendeurs : Avez-vous des pantalons taille -basse ? Si le vendeur répond par l’affirmative alors elles demandent à les voir. La vraie taille –basse permet de laisser voir les fesses. En fait, c’est un pantalon comme les autres à la différence que celui-ci est creux et il n’atteint pas la ceinture, il se limite au dessus des fesses et laisse tout apparaître en passant par le slip, les fesses et tout le reste.

Les femmes disent fréquenter ces endroits pour des raisons diverses. D’abord, elles estiment que c’est moins cher, ensuite c’est disponible à tout moment. Enfin, elles sont sûres de ne pas avoir de faux rendez-vous avec un couturier. « Lorsqu’on doit acheter un tissu pour le coudre, il arrive le plus souvent que le couturier rate le model demandé. Alors on préfère empoigner un prêt-à-porter », a exprimé une jeune fille. Un couturier nous a confié ceci : « sur 100 femmes 80 vous demandent de coudre un pantalon sans que lui-même ne fasse la proposition. Tout simplement parce qu’elles ont un « haut » entendez par là une chemise alors elles veulent un pantalon qui va avec cette chemise ». Il se trouve que partout à Ouagadougou, les boutiques qui vendent les habits à la mode poussent comme des champignons. Ces habits sont de toutes marques : américaines, européennes, chinoises surtout.

Par Madina Belemviré, Marguerite Dakuyo (Stagiaires)

Par Bendré

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