Le Burkina Faso vu d’Espagne (1/3) : « S’il pleut, nous mangerons… »

lundi 30 juillet 2012 à 00h19min

Rosa M. BOSCH est une journaliste talentueuse du Groupe de Presse espagnol LA VANGUARDIA. Envoyée spéciale au Burkina Faso en juin dernier dans le cadre de son travail, la gratte-papier de retour en Espagne après sa mission, a donné à lire aux lecteurs de son journal, un grand reportage de belle facture sur la situation alimentaire préoccupante dans le sahel burkinabè (au nord).

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Le reportage de notre consœur, paru le 10 juillet, a occupé une place de choix dans les versions papier et en ligne. Deux doubles pages pour la version papier. Ceux qui savent quelque chose en journalisme comprendront qu’un tel traitement de l’information produit forcement son effet. C’est un grand clin d’œil qui a été fait au Burkina profond, le Burkina des bras valides et des infatigables.

Ainsi donc, le grand reportage de Madame BOSCH a tellement suscité d’intérêt chez le lecteur lambda que certains nous ont approché pour en savoir plus sur le Burkina Faso. Ce pays, toujours prêt à venir au secours de ses voisins et même au-delà ; malgré les dures situations dans lesquelles lui-même se trouve. Bien évidemment que tant d’altruisme force l’admiration mais la réalité est dure et implacable : au Burkina Faso, ce sont deux millions de personnes qui sont désormais touchées par la crise alimentaire.

Nous vous proposons une retranscription en version française de l’essentiel du contenu de ce reportage de notre consœur. Pour les hispanophones, ils pourraient accéder directement au reportage à travers le site web de LA VANGUARDIA. D’aucuns pourraient se demander pourquoi nous adoptons cette démarche ? Nous pensons que pour mieux avancer, il est souvent nécessaire de connaitre comment les autres nous perçoivent…
Bonne lecture !

Ali Ouedraogo a enfin reçu sa portion de maïs. Un kilo et demi de ce céréale qui, une fois cultivé et s’il pleut, se traduirait en aliment pour ses deux épouses et huit de ses dix enfants durant trois mois. Ali, 50 ans et 119 autres paysans du petit village de Konean font le piquet dès les premières heures d’une matinée de fin juin, attendant que Rasmané Ouedraogo commence enfin la distribution des semences. Il y’a du soja, du maïs, du sorgho et du niebé. Rasmané est le superviseur de sécurité alimentaire de ATAD, organisation qui travaille avec Intermón-Oxfam dans ce pays du sahel. « Je préfère le sorgho mais s’il pleut, tous les céréales sont bonnes » commente Ali après avoir pris sa portion de maïs.

Konean, village de 4000 habitants, fait partie des localités où Intermón-Oxfam a mis en marche le programme CASH FOR WORK. Dans ce cas, l’aide est en nature : un kilo et demi de graines et en échange, les bénéficiaires doivent prendre soin de leurs champs et des infrastructures rurales de la zone.

Les hommes sont assis d’un côté, les femmes et les bébés de l’autre. Tous attendent que Rasmané fasse l’appel. Quand arrive son tour, Ali empoigne son petit sac de graine, enfourche sa bicyclette direction, ses champs ou l’attendent une de ses épouses, Diala Adji, et les deux petits enfants.

Au haut d’une branche d’arbre est perché un plat de to ; l’unique plat que peuvent se permettre les populations du nord du Burkina Faso. Une masse insipide de céréales qu’ils consomment tous les jours avec comme unique accompagnement une sauce à base de feuilles de baobab et quelques fois d’autres végétaux.

Ça fait deux jours qu’il a plu et le sol est prêt pour que les Ouédraogo commencent à semer. Ali soupire pensant que les précipitations se prolongeraient durant les mois de juillet et août afin d’éviter de souffrir, une nouvelle fois, de sécheresse et de famine : « S’il pleut, nous mangerons ! … je ne sais pas ce que c’est le changement climatique mais ici au nord, la situation est réellement mauvaise depuis une dizaine d’années à cause du manque d’eau. Dans le passé j’avais dix chèvres, un âne et une vingtaine de volailles. Mais j’ai dû les vendre progressivement pour acheter les céréales ; il ne me reste plus que trois chèvres et cinq volailles » nous raconte- t-il.

Entre ce qu’il a obtenu de la vente des animaux, l’aide humanitaire, l’aide du gouvernement burkinabè (à travers un programme nutritionnel) et l’argent que lui envoie un de ses fils depuis la Côte d’Ivoire, les Ouédraogo font ce qu’ils peuvent pour survivre bien que cette année les adultes de la famille n’aspirent qu’à un seul repas par jour. Bien heureusement que les petits eux, mangent deux fois. Pour donner à manger à sa famille constituée de onze membres, il dit avoir besoin d’au moins un sac de 100 kilos de céréale par mois. Cela lui coûterait 25.000 fcfa (38 euros). Dans ce pays, 80% du budget familial est réservé à l’alimentation.

« Beaucoup de gens ont émigré en Côte d’Ivoire pour travailler dans les plantations de café et cacao ; un de mes enfants est parti il y a deux ans et je ne l’ai plus revu depuis. Mais tous les mois, il m’envoie 15 000 fcfa » (22,5 euros) ». Mais Ali se refuse d’abandonner le champ pour aller chercher sa vie en Côte d’Ivoire ou dans les mines d’or malgré que ce soit désormais 18 millions de personnes qui sont affectées par la crise alimentaire que subit la région subsaharienne du sahel.

Les temps sont très durs à cause de la sécheresse de l’année dernière et de la hausse vertigineuse du prix des aliments de base. Mais Ali préfère rester au village qui l’a vu naître, s’occuper de ses terres avec l’aide de ses deux femmes et de ses enfants adultes. Les petits poursuivent leur scolarité à l’école primaire de Konean où sont inscrits 400 enfants. Un des enseignants, Jean Sawadogo, regrette que dans sa classe, il ait perdu 14 de ses élèves à cause de la tentation des mines, ceux-ci ayant abandonné l’école en pleine année scolaire malgré les pires conditions de travail qui les attendent dans ces mines.

Devant la première rangée des tables-bancs au sol, reposent des boîtes à lunch des élèves. Quelques-unes remplies de tô, d’autres à moitié vide. Mais d’après le maître, la solidarité fonctionne dans un des coins les plus pauvres de la planète. Les familles qui vivent à côté de l’école distribuent un peu de leur tô aux enfants qui arrivent les mains vides.

Article original : Rosa BOSCH (Journal LA VANGUARDIA)
Traduit de l’espagnol par Roland ZONGO SANOU (correspondant en Espagne)
Lefaso.net

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