PROMOTION DE L’ARTISANAT DANS LE ZONDOMA : Les acteurs dans la tourmente

lundi 23 juillet 2012 à 23h58min

Jadis soutenue par le Programme de promotion de l’artisanat au Burkina (PROM’ART/B), l’activité artisanale bat de l’aile dans la province du Zondoma, malgré les efforts des membres de la corporation. Une réalité que les acteurs essaient de surmonter.

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Ala sortie Est de Gourcy, dans la province du Zondoma, une localité située à 135 km de Ouagadougou dans la région du Nord, l’activité artisanale occupe une bonne partie des hommes et femmes de la contrée. Cette activité permet à quelques uns d’entre eux d’être au rendez-vous de la biennale du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO). Mercredi 29 mai 2012, des autorités locales effectuent une sortie sur site. Le haut-commissaire de la province du Zondoma, Hassane Sawadogo accompagné du directeur provincial de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Soumaïla Sawadogo s’est déporté sur ce haut lieu d’expression du savoir-faire ancestral. Moment propice pour Yacouba Ouédraogo, responsable de l’Organisation faitière des corporations de métiers du Zondoma (OFACOM/Zondoma) de présenter aux hôtes du jour la structure.

« Les acteurs de l’artisanat au Zondoma regroupent environ 70 groupements d’artisans. Ils évoluent dans sept 7 corporations de métiers à savoir le textile et l’habillement, les cuirs et peaux, l’hygiène et l’alimentation, le service de réparation, le bâtiment et la terre, le bois et la paille, la forge et assimilés et se particularisent dans les techniques traditionnelles tout en essayant d’améliorer la qualité et l’éventail des produits », dit-il. On y trouve des vêtements pour adultes et enfants, des objets de poterie, de bijouterie, des sacs et chaussures en cuir, de pagnes tissés ou teints en indigo, du batik, du bogolan, du bazin, des produits de la menuiserie bois et méthalique.

Au stand du groupement féminin Weend-Barka réunissant une vingtaine de femmes, les membres s’activent à la transformation du karité. Avec du matériel de travail de fortune, ces quadragénaires s’affairent à la production du beurre de karité. « Nous pressons l’amande de karité et les grains de neem pour extraire de l’huile. Nous fabriquons aussi du savon avec cette huile que nous mettons à la disposition des consommateurs », explique Kadisso Sawadogo, responsable du groupement, l’air visiblement contente.

Une production sollicitée pendant le SIAO

Un peu plus loin, une autre facette de l’artisanat s’ouvre aux visiteurs. La poterie, en effet, laisse découvrir l’ingéniosité des femmes. Des canaris pour tous usages, des pots de fleurs, assiettes, mangeoires et bien d’autres objets décoratifs sont entreposés en plein air attendant d’éventuels acheteurs. Des fabrications sollicitées aux éditions du SIAO, aux journées promotionnelles de l’artisanat organisées par le Conseil régional du Nord (CRN) et récemment à la foire de la Journée nationale du paysan 2012, tenue à Ouahigouya. « Très sincèrement, notre activité nous permet de subvenir aux besoins de nos familles, raison pour laquelle nos maris nous ont autorisées à exercer cette activité même en saison pluvieuse et à participer aux manifestions auxquelles nous sommes invitées partout au Burkina. », se réjouit Awa Soro, présidente du groupement « Nabonswendé », une structure qui a vu le jour en 1993.

Du stand des potières, le bruit assourdissant du marteau qui s’abat sur l’enclume laisse imaginer la présence du quartier des forgerons sur le site. Assis par petits groupes, aux alentours d’une forge crachant du feu, les artisans du fer selon leur domaine s’emploient à la fabrication d’un outil. Cette entreprise familiale est gérée par Adama Kindo avec l’aide de ses frères, fils, petits-fils et cousins. Réparation et fabrication des matériaux de production agricole, de bijoux…sont entre autres activités, de l’entreprise. Du haut de ses soixante cinq années, ce forgeron enregistre plusieurs participations à des salons d’exposition et est lauréat de différents prix. Ce qui lui a valu une décoration de la médaille de chevalier de l’ordre du mérite du développement rural avec agrafe artisanat. « Je rends grâce à Dieu car malgré tout, nos efforts sont récompensés. Ce qui nous donne le courage d’évoluer », laisse entendre le vieux Kindo.

Le SIAO est la période à laquelle les groupements de tisseuses de Gourcy écoulent le grand nombre de leurs produits. Outre les commandes qu’elles s’activent à honorer, la production pour l’exposition à cette biennale en octobre prochain préoccupe les femmes de ces groupements. « Nous pensons être prêtes pour le SIAO avec une gamme variée de pagnes tissés et pourquoi pas revenir avec des prix pour honorer notre province », confie Habibou Ouédraogo. Dans l’atelier du jeune cordonnier, François Ouédraogo (lauréat de la 1ère édition des Journées promotionnelles de l’artisanat organisées par le conseil régional du Nord) tout comme au Centre féminin ménager de Gourcy des jeunes filles et garçons, le travail est pris au sérieux, à la grande satisfaction des autorités. « Je me rends compte qu’au regard de ce que j’ai vu, les gens sont déterminés à travailler pour gagner leur pain quotidien et à promouvoir l’emploi des jeunes à travers l’artisanat, préoccupation du reste de notre gouvernement », afirme le haut-commissaire de la province.

Si les artisans et les artisanes de cette localité éprouvent de l’amour pour ce métier, l’autre face de la médaille laisse entrevoir une autre réalité du métier. En effet, l’écoulement difficile de la production, le manque de financement, de moyens modernes de production et l’absence de formation, l’acquisition de la matière première pour les tisseuses, et l’éternel problème de financement entravent le développement de ce secteur. Pourtant, une Mutuelle d’épargne et de crédit des artisans et des producteurs du Burkina Faso (MECAP/Burkina) a été mise en place depuis 2001 à Gourcy.

Crédits inaccessibles

Elle collecte des fonds et octroie des crédits aux artisans pour le développement de leurs activités. Malheureusement, les conditions d’octroi de crédits ne sont pas accessibles, à en croire les artisans. À cela s’ajoute l’arrêt du programme de Promotion de l’artisanat au Burkina (PROM’ART/B) intervenue l’année dernière. Il en est de même du Centre de formation polyvalent des prestataires de services d’appui aux micro et petites entreprises (CFPPS/MPE) qui a aussi fermé ses portes. D’où le cri du cœur de Yacouba Ouédraogo à soutenir ce secteur. Qu’à cela ne tienne, ces différents groupements n’entendent pas baisser les bras. Dans ce sens, un comptoir dénommé « Tounougoum artisanat » a été mis en place en vue d’amoindrir les difficultés.

« Cette boutique a été érigée pour contribuer à l’amélioration de la qualité de la production, à aider les artisans dans l’écoulement de leurs produits et de leur faciliter l’acquisition des matières premières. C’est un tremplin pour conserver une uniformité dans la production en rapport avec les tendances du marché et d’être une adresse de référence pour l’ensemble des artisans de la province », précise Yassia Ouédraogo, membre de la cellule d’appui-conseil à la planification et au suivi-évaluation des activités des artisans du Zondoma.

Philibert NIKIEMA (philnikiema@yahoo.fr)

Sidwaya

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