Colonel Auguste Denise Barry, conseiller technique du ministre de la Défense nationale : « Dans l’armée il y a des conditions pour recourir à la force »

lundi 23 juillet 2012 à 00h28min

Dans quelques jours, l’armée burkinabè va s’enrichir de 30 nouveaux officiers d’active, actuellement en formation à l’Académie militaire Georges Namoano (AMGN) de Pô. Pour accompagner ces futurs chefs, l’encadrement a fait appel à d’autres expertises nationales pour donner des communications et des conférences du 10 au 12 juillet 2012. Parmi ceux-ci, l’ex-ministre de la sécurité, le colonel Auguste Denise Barry qui a fait une présentation sur l’éthique et la déontologie professionnelle militaire. Que devient-il après le passage au gouvernement, la formation, le respect de l’éthique et de la déontologie militaires, les raisons des mutineries de 2011, regard sur l’AMGN, voici ce qui a constitué le menu de notre entretien avec l’ex-ministre de la sécurité et ancien chef de corps de l’AMGN.

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Lefaso.net : Après un bref passage au gouvernement en 2011, que devient le colonel Barry ?

J’ai effectivement fait un passage au gouvernement au cours de l’année 2011 où j’ai eu le privilège d’avoir en charge le ministère de la sécurité. Lorsque j’ai quitté le gouvernement, quelques temps après, j’ai été nommé conseiller technique du ministre de la défense nationale et des anciens combattants. Dès lors, je m’emploie à être un bon aide à la décision du ministre de la défense qui se trouve être le président du Faso qui assure cette fonction depuis la crise de 2011.

Lefaso.net : Alors, que vient chercher le conseiller technique du ministre de la défense à l’Académie militaire Georges Namoano de Pô ?

Dans le cadre de la formation des élèves officiers, il y a un certain nombre de domaines qui se déclinent en modules et l’un de ces modules, c’est Ethique et déontologie qui figure dans le programme de formation des élèves officiers d’actives depuis plusieurs années. Ce module vient accompagner d’autres modules dans le domaine du civisme et de la psychologie du commandement. C’est dans ce cadre que le commandement fait appel à des personnes ressources, soit sous forme de cours magistraux sur des périodes bloquées, soit sous forme de conférences et de communications. Et je suis venu à l’AMGN pour assurer la dispense de ces formations.

Lefaso.net : Que contient le module que vous avez développé ?

Le thème de la communication que j’ai développée portait sur l’éthique et la déontologie militaire. Une approche conceptuelle a permis de cerner les notions de base de la thématique de l’éthique et de la déontologie qui se repose évidemment sur la morale. Nous avons tenté donc d’élargir le champ conceptuel en définissant les notions telles que la vertu et les valeurs qui sont des éléments qui interviennent dans le champ éthique. Par la suite, nous avons tenté de voir la spécificité de l’armée, spécificité due au fait que l’armée détient le pouvoir des armes que lui confère l’Etat, l’Etat représentant la nation. Cela nous a permis de dire que l’institution militaire détient sa légitimité de la nation. Cette légitimité permet à l’armée de faire l’usage de la force mais pas à n’importe quel prix, pas à n’importe quelle condition, mais suivant un certain nombre de principes, de valeurs éthiques et déontologiques. Nous nous sommes rendu compte en traitant ce thème que le militaire peut faire face à des situations difficiles dans le cadre des opérations militaires, mais aussi dans la vie de tous les jours. Il lui revient de pouvoir, face à certains dilemmes éthiques, faire le bon choix, bon choix qui pourrait être justifié par une internalisation des valeurs morales, éthiques mais aussi des principes déontologiques qui leur seront enseignés au cours de la formation, mais aussi tout au long de leur carrière, à l’occasion des stages et des formations personnelles continues


Lefaso.net : Les mutineries militaires de 2011 peuvent-elles être considérées comme des dérives d’ordre éthique et déontologique ?

Oui, on peut le dire. Il ne faut pas se le cacher. On doit le reconnaître mais une fois qu’on a reconnu cela, il faut ajouter qu’il n’y a pas eu que des problèmes éthiques et déontologiques qui ont été mis en évidence à l’occasion de la crise. Il y a bien d’autres problèmes. Mais sur l’aspect lié à l’éthique et la déontologie, ce module n’a pas été intégré dans le curricula de façon conjoncturelle. C’est une réalité qui existait déjà. C’est la preuve que le commandement avait déjà pris en compte cette exigence dans la formation des personnels militaires. Maintenant, il y a certainement un renforcement à faire.

Lefaso.net : Vous avez suivi une partie de votre formation dans cette école (Académie militaire Georges Namoano) et vous l’avez dirigée de décembre 2007 à septembre 2009, en jetant un regard rétrospectif, est-ce qu’il y a eu des changements significatifs ?

Déjà sur le point de vue infrastructurel, il y a beaucoup d’avancées. Au-delà des aspects infrastructurels, il y a eu une évolution au niveau de l’organisation même de l’école pour faire face aux nouvelles missions qui lui ont été confiées, les missions de toute institution évoluant avec le temps. Cette école est un centre de formation pour les cadres supérieurs de l’armée mais c’est aussi un régiment qui fonctionne comme les autres régiments. Et dans le cadre de la garnison de Pô, c’est un service déconcentré de l’armée au sein d’une ville et qui fonctionne comme tel. C’est dire que dans ces trois dimensions, il y a eu une évolution et la dernière que je me plairais à citer, c’est le rayonnement de cette école.

Cette école, Académie militaire Georges Namoano, a toujours fonctionné sur la base de l’expertise nationale. Il n’y a jamais eu de coopérant technique étranger ou d’assistant technique qui soit venu appuyer le personnel d’encadrement dans le cadre de la formation. C’est un aspect important à souligner et c’est une fierté. Maintenant au-delà de cette fierté nationale, c’est ce que l’on peut constater à savoir le rayonnement de l’école. L’Académie militaire Georges Namoano de Pô ne peut plus passer inaperçue comme c’était le cas il y a une vingtaine d’année. Quand j’exerçais le commandement de cette unité, j’ai eu le privilège d’organiser les festivités du 25e anniversaire de l’école. En 25 ans, l’école a vraiment évolué.

Entretien réalisé par Moussa Diallo
Lefaso.net

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