Académie militaire Georges Namoano de Pô : Les élèves officiers s’initient aux réseaux sociaux

jeudi 19 juillet 2012 à 01h57min

Dans le cadre de la formation des élèves officiers d’actives, l’équipe d’encadrement de l’Académie militaire Georges Namoano de Pô a organisé des conférences du 11 au 12 juillet au sein de l’école au profit de la 12e promotion. Occasion de faire appel à des experts pour donner des communications sur l’éthique et la déontologie militaire. Parmi les interventions, une communication sur l’usage des réseaux sociaux dans le monde militaire.

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Le module Ethique et déontologie militaire figure dans le programme de formation des élèves officiers d’actives depuis des années. Il vient accompagner d’autres modules dans le domaine du civisme et de la psychologie du commandement. C’est dans ce cadre que six colonels de l’armée burkinabè et deux lieutenants ont animé des conférences et panel portant sur le commandement, les technologies de l’information et de la communication, la place du sous-lieutenant dans un régiment, les libertés publiques, éthique et déontologie militaire les 11 et 12 juillet 2012 au sein de l’Académie militaire Georges Namoano de Po au profit des élèves officiers de la 12e promotion.

Seul civil à intervenir parmi ces galonnés, le Dr Cyriaque Paré qui a développé le thème : « réseaux sociaux : panorama, usages et monde militaire ». Un tour d’horizon de quelques réseaux sociaux et leurs usages courant ont permis aux élèves officiers d’actives (EOA) de s’imprégner de la réalité de ces outils de communication. Puis, le communicateur, à partir de cas réels, a présenté aux hommes de la grande muette ce qui est à éviter sur Facebook, Twitter, Google+, LinkedIn, Youtube… Surtout lorsqu’on est militaire, donc appartenant à un corps qui requiert de la réserve et de la prudence. Certains usages immodérés de ces moyens de communication pourraient porter des menaces à la sécurité de tout un Etat.

Par ces conférences, l’encadrement entend outiller les « futurs chefs de section » de rudiments nécessaires pour mieux affronter la tâche qui les attend. Loin d’être une activité conjoncturelle liée à la crise à la crise militaire de 2011, ces conférences ont toujours lieux quelques semaines avant chaque sortie de promotion.

En ce qui concerne le module éthique et déontologie, c’est la première fois qu’un civil intervienne dans l’encadrement des élèves officiers d’actives de l’Académie militaire Georges Namoano de Po selon les formateurs qui expliquent cela par la nécessité de sensibiliser les futurs officiers à l’usage de ces outils aujourd’hui incontournables. « Ça entre dans le champ de l’éthique et de la déontologie parce qu’il y a un certain nombre de choses qu’il sied de ne pas faire en ce qui concerne l’utilisation de ces réseaux sociaux ». « Je sais désormais que tout ce qui relève du secret militaire, je ne dois pas l’afficher sur Internet. De façon physique, je sais aussi que je ne dois pas me mettre en tenue militaire, prendre une photo et mettre sur le net », soutient l’élève officier d’actives, Adamou Harouna Souleymane. « Ces conférences constituent un plus dans notre formation d’autant plus qu’elles nous permettent d’avoir une certaine vision sur certains thèmes comme les réseaux sociaux, ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire, les risques que nous courons sur ces nouveaux médias », ajoute Ouédraogo Samiratou Madina, la seule fille de la 12e promotion des EOA de Pô.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la communication a suscité beaucoup d’intérêt de la part de l’auditoire, mais aussi de l’encadrement qui entend désormais, « dans la mesure du possible, faire recours à un certain nombre de civils pour qu’ils nous apportent leur expertise », selon le capitaine Ismaël Diaouari, chef de bureau formation à l’académie militaire Georges Namoano.

Avant le Dr Paré, c’est l’ex-ministre de la sécurité, Auguste Dénise Barry qui avait animé le module « éthique et déontologie militaire » dans la matinée du 12 juillet. « Le militaire peut faire face à des situations difficiles dans le cadre des opérations militaires, mais dans le cadre aussi de la vie de tous les jours. il lui revient de pouvoir, face à certains dilemmes éthiques, faire le bon choix, bon choix qui pourrait être justifié par une internalisation des valeurs morales, éthiques mais aussi des principes déontologiques qui leur sont enseignés au cours de la formation, mais aussi tout au long de leur carrière, à l’occasion des stages et des formations personnelles continues », a-t-il indiqué aux EOA qui ont suivi avec grand intérêt la communication.

La 12e promotion des EOA de l’académie militaire de Po effectuera bientôt leur sortie. Ces nouvelles compétences viendront soutenir le commandement des différentes sections des armées du Burkina et des différents pays de la sous-région dont ils sont originaires.

Moussa Diallo


Propos d’élèves officiers : « L’académie militaire, on la vit »

Une fois n’est pas coutume, nous nous sommes rendus à l’Académie militaire Georges Namoano de Po où une quarantaine d’élèves officiers d’active s’attèlent à finaliser leur formation de sous-lieutenant. Quelques semaines avant leur sortie, nous avons pu nous entretenir avec certains sur leur présence dans cette académie, la formation et leurs avis sur les conférences animées les 11 et 12 juillet au sein de l’académie.

Adamou Harouna Souleymane, nigérien

Les sélections se passent dans nos pays respectifs. Chez nous au Niger, on prend parmi les anciens enfants de troupe, les sous-officiers titulaires de BAC+2 et ayant plus de 5 ans de service et titulaire d’un CIA (Certificat Inter-armes). A l’issue du concours, on prend les gens en fonction du nombre de places et on les envoie dans les différents pays. On savait ce à quoi on avait affaire. On savait qu’il fallait tenir physiquement et intellectuellement, on était préparé avant de venir. Arrivé ici, on n’a pas eu tellement de surprises.

Ces conférences vont nous permettre d’aborder la nouvelle vie qui nous attend après l’école en toute confiance. Ce sont des instruments qui vont nous servir dans notre quotidien et dans la gestion du personnel. Concernant la conférence sur les réseaux sociaux, en tant que responsable, je sais désormais que tout ce qui est de ma profession, qui relève du secret militaire, je ne dois pas l’afficher sur Internet. Je sais aussi que je ne dois pas me mettre en tenue militaire, prendre une photo et mettre sur le net. Je dois être vigilant pour ne pas mettre certaines données comme la date de naissance sur Facebook. Lorsqu’on me demande des mots de passe ou des numéros de compte, je viens de savoir qu’il faut faire très attention.

Yao D. Junior, ivoirien

La sélection sur concours a concerné aussi bien les civils que les anciens enfants de troupe. Je suis content que la situation soit revenue à la normale en Côte d’Ivoire. En tant que futur officier de mon pays, nous allons nous hâter à travailler dans le sens de la préservation de la paix.

Ces conférences très pratiques nous montrent comment nous comporter dans nos corps de troupe et comment agir dans notre profession. En ce qui concerne les réseaux sociaux, nous retenons qu’il faut faire attention parce que les actes que nous posons aujourd’hui peuvent à court terme ne pas avoir d’incident mais avoir un incident plus tard. Il faut bien réfléchir avant d’écrire une publication ou publier une photo qui peut nous rattraper demain.

En vérité, avant d’arriver je ne savais rien de l’Académie militaire Georges Namoano. On avait vu les photos de nos super-anciens sur Internet, c’est tout. La formation est intéressante, elle est complète. On apprend beaucoup de choses importantes dans la vie d’un militaire. Au retour, je compte apporter cette rigueur et cette discipline apprises ici à ma troupe et aussi aux personnes de mon entourage.

Elvis, gabonais

La décision de venir à Pô relève du haut commandement, ce n’est pas un choix qui vient de moi. En tant que militaire, on n’a pas le droit de refuser une mission, on y va simplement et on essaie de tenir. Au Gabon, avant d’être envoyé au cours d’officier, on suit une formation commune de base. Avant d’arriver ici, certains anciens nous disaient que la formation commune de base est certes militaire, mais à la formation d’officier, on verra trois fois plus. Donc, on s’attendait à ce que ce soit dur, c’est la formation qui l’exige. On a donc suivi avec beaucoup de volonté ; ça a été dur mais ce n’était pas impossible. Arrivé, c’était différent de ce à quoi on s’attendait. Mais, ça n’a pas été une surprise désagréable puisque je suis un produit fini qui sort de cette école.

Ces conférences qui constituent un pont entre la fin de la formation et le début de la future carrière que nous allons embrasser dans quelques temps étaient nécessaires. Les réseaux sociaux sont actuellement indispensables dans la vie sociale et professionnelle. Avec la profession que nous allons embrasser, qui a des restrictions très spécifiques, il y a certaines choses à faire et d’autres à éviter. Il faut donc être très prudent en allant sur ces réseaux sociaux afin de ne pas divulguer des secrets qui vont porter atteinte à la sécurité nationale.

Ouédraogo Samiratou Madina, burkinabè

Etant en train de faire nos premiers pas dans l’armée, avec la crise de 2011, on s’est posé beaucoup de questions : qu’est-ce que la population dira de nous ? Est-ce que l’avenir sera vraiment radieux pour nous ? Plein de questions nous trottaient dans la tête. On s’est beaucoup inquiété. Tout est rentré dans l’ordre maintenant. Je ne regrette pas d’être venue dans l’armée.

Lorsque je voyais les femmes en tenue, ça me plaisait. Ces images m’ont inspirée et j’ai pensé que je j’avais une pierre à apporter à cet édifice qu’est l’armée. Auparavant, j’étais étudiant en Anglais à l’université de Ouagadougou. C’est deux mondes différents. Mais, on a juste besoin d’un temps d’adaptation et tout devient familier. Je n’ai pas mis beaucoup de temps pour m’adapter. Il s’agissait de suivre le rythme des autres et ça marche. Je suis arrivée à me confondre à la masse. Donc, je ne sens pas que je suis la seule fille du groupe. Nous faisons la même chose, donc je ne sens pas cette différence et ils ne me traitent pas différemment. Physiquement, j’arrive à faire la même chose qu’eux.

Ces conférences constituent un plus dans notre formation d’autant plus qu’elles nous permettent d’avoir une certaine vision sur certains thèmes comme les réseaux sociaux, ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas faire sur ces réseaux sociaux et les risques que nous courons sur ces nouveaux médias.

Gambo Moumouni, burkinabè

Ces conférences viennent à un bon moment, à notre 2e année, donc pratiquement à la fin de la formation qui nous permettra d’aborder une nouvelle carrière, une nouvelle vie.

D’abord, j’ai fait le prytanée militaire de Saint-Louis au Sénégal, puis l’université de Ouagadougou au département de Maths Physique. C’est donc dire que j’avais déjà porté la tenue. On m’appelait le petit militaire au quartier. Ensuite, enlever ça et mettre la chemise, je ne retrouvais plus ma place. Il fallait que je retourne dans le milieu où je me sens le mieux.
Parlant de la rigueur de la formation, ici, on ne peut rien dire. Même après ma sortie, je ne pourrai rien dire à quelqu’un. Je dirai quelque chose, la personne viendra et découvrira autre chose. L’académie militaire, on la vit.
Vu le niveau de discipline dans l’armée, la crise de l’année dernière m’a vraiment surpris. Comme la plupart, je l’ai vécu difficilement. Maintenant que tout est rentré dans l’ordre, il n’y a plus qu’à tirer les leçons et se projeter vers un avenir meilleur.

Propos recueillis par Moussa Diallo
Lefaso.net

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