Mélégué Traoré, député CDP et ancien président de l’Assemblée nationale du Burkina : « Les réformes politiques adoptées reflètent fidèlement les options des assises nationales »

lundi 16 juillet 2012 à 00h35min

Mélégué Maurice Traoré, que l’on ne présente plus dans le paysage politique burkinabè pour avoir occupé de hautes et diverses fonctions dans l’administration, a surtout été au cours de ces vingt dernières années un acteur important des processus législatifs au niveau national, régional et international. A ce titre, il fait figure d’inspirateur des réformes politiques consacrées par la récente révision constitutionnelle. Alors, qui mieux que lui pour apporter d’amples éclairages sur ces nouveaux dispositifs institutionnels qui continuent de défrayer la chronique ?

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C’est d’ailleurs lui qui a assuré pendant le Conseil consultatif sur les réformes politiques (CCRP) la communication sur le thème « Analyse du système politique de la IVe République : Quelles leçons en tirer ? ». En le rencontrant ce vendredi 13 juillet dans son bureau d’ancien président à l’Assemblée, nous n’avons pas tardé à nous rencontre compte du rôle important que continue de jouer le natif de Kankalaba au sein du pouvoir, dix ans après son départ du perchoir. Il est constamment sollicité et nous avons dû à plusieurs reprises interrompre notre entretien pour qu’il puisse répondre à des appels insistants.

A 61 ans et après plusieurs mandats de député, le dinosaure du CDP à la veille du double scrutin de décembre prochain, reste plus que jamais actif dans sa région des Cascades. Pour lui, l’heure de la retraite politique n’a pas encore sonné. En tout cas, il espère encore être investi par son parti, même s’il a conscience que les temps ont bien changé et qu’il faut laisser aussi de la place à l’opposition et à la jeunesse. Du haut de sa carrure d’homme d’expériences, de culture et d’intellectuel de haut vol, Mélégué a répondu, souvent avec pédagogie, à nos différentes préoccupations. Au-delà des réformes politiques au Burkina Faso, ses éclairages embrassent bien de systèmes et réalités politiques sur le continent. Grande interview exclusive.

Lefaso.net : Le Conseil constitutionnel vient de valider les propositions de loi relatives aux fameuses réformes politiques, consacrant ainsi la révision de la Constitution. Pour vous, est-ce une suite logique ?

Mélégué Maurice Traoré : Oui, c’est tout à fait logique. Les réformes politiques ont abouti à des conclusions extrêmement importantes. Certaines de ces conclusions doivent être traitées à un niveau qui ne nécessite pas de législation. Par exemple tout ce qui touche aux pratiques dans les ministères ou à des questions qui peuvent être réglées par arrêté ministériel ou par simple gestion administrative. Ces questions évidemment n’ont pas besoin d’une loi. Mais, il y a aussi des questions qui ont besoin qu’on légifère. Elles sont relativement nombreuses telle la chefferie traditionnelle. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Puis, vous avez des questions qui sont tellement importantes qu’elles ne peuvent être prises en charge qu’au niveau de modification de la loi fondamentale. Nombre de ces questions ont donc nécessité que le gouvernement introduise un projet de loi constitutionnelle et c’est dans ce cadre que les modifications dont vous parlez ont été adoptées et dans l’étape normale il fallait que tout cela soit sanctionné par le contrôle de constitutionnalité telle que prévue par l’Administration.

Mais, d’aucuns pensent que certaines dispositions n’ont pas de portée générale. Qu’en dites-vous ?

D’abord, toutes les lois n’ont pas de portée générale. Il y a plein de lois qui n’ont pas de portée générale. Cette histoire de la portée générale est un abus. Si vous votez une loi sur les anciens chefs d’Etat, à combien de personnes s’applique t- elle ? Elle ne s’applique qu’aux chefs d’Etat concernés. C’est également la même chose lorsque dans une Constitution on prévoit une disposition pour amnistier les auteurs d’un coup d’état. Combien de personnes sont-elles à avoir fait le coup d’état ? Ce n’est pas tout le monde. Non, toutes les lois n’ont pas une portée générale.
Donc, pour vous, c’est vraiment les réformes qu’il fallait pour le pays ?
Non, franchement, les réformes telles qu’on les a adoptées, en tout cas, reflètent fidèlement les options qui avaient été prises lors des débats au niveau des assises sur les réformes politiques. Ce n’est évidemment pas suffisamment. Vous savez, on légiféra toujours. Même la Constitution qui est la loi fondamentale a besoin de temps à autres d’être révisée pour s’adapter à l’évolution de la société. La Constitution est comme toutes les lois. Elle est le produit d’une dynamique sociale et de la réalité économique, politique, etc. Ce n’est pas autre chose. La Constitution ne naît pas ex-nihilo.

Vous aviez dit que le Burkina au stade actuel de sa démocratisation, ne pouvait prendre le risque d’opter pour un régime parlementaire pur. Apparemment vous avez été suivi parce que les participants au CCRP et aux assises nationales ont opté pour le maintien du système semi parlementaire….

J’ai toujours pensé qu’on se fait beaucoup d’illusions sur la question. Au fond les problèmes des pays africains ne sont pas liés aux régimes politiques. Le problème, c’est les élites, nous autres. Beaucoup de nos problèmes ne sont pas dus aux textes constitutionnels et autres. Ce n’est pas du fait de la loi que les gens sont corrompus, mais du fait des comportements qui ne sont pas acceptables. Le problème fondamentalement n’est pas le régime politique qu’on a. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, aujourd’hui les systèmes parlementaires purs sont très rares en Afrique. Le plus connu est le régime éthiopien où vous avez vraiment un régime parlementaire quasiment pur où tout dépend du parlement duquel est issu le Premier ministre qui gouverne le pays. Allez-vous me dire que l’Ethiopie est plus démocratique que les autres pays, à moins que ce ne soit de la rigolade ? Donc, ce n’est pas du tout un problème de système politique.

Nous avons connu au Burkina Faso tous les régimes politiques. On a connu le régime présidentiel jusqu’en fin 1965, puis il y a eu le 3 janvier 1966. Ensuite, nous avons eu un régime parlementaire entre 70 et 74. On sait comment cela s’est terminé. Cela n’a pas du tout été un modèle. Au contraire, la première vraie crise institutionnelle est née sous le régime parlementaire. Puis, nous en sommes venus au régime semi parlementaire ou semi présidentiel en 1978 et qu’on a repris en 1991.

Quel est l’avantage de l’un ou l’autre régime ?

Dans le régime parlementaire pur le chef de l’Etat ne gouvernant pas, on présume qu’il n’incarne que l’Etat, la Nation, ne promulgue que les lois et ne signe que les traités. En revanche, c’est le Premier ministre qui concentre l’essentiel des pouvoirs. Mais, un Premier ministre peut être aussi dictatorial qu’un chef d’Etat. Mais, l’avantage quand même, c’est qu’au moins nominalement tout est issu de la représentation populaire. Au-delà de cela, les expériences ont montré, y compris l’exemple typique mondial de régime parlementaire pur à savoir celui de la Grande Bretagne, que tout le pouvoir est transféré au Premier ministre qui décide quasiment de tout. En plus dans les régimes parlementaires, généralement, les membres du gouvernement sont souvent issus du Parlement. Ils restent en même temps parlementaires tout en étant membres du gouvernement. Où est la séparation des pouvoirs ? Pourtant, les choses se passent de la sorte en Grande Bretagne.

Et les avantages du régime semi parlementaire ?

Ce régime est à mi chemin entre le régime présidentiel de type américain et le régime parlementaire de type britannique. C’est un régime hybride. Le principal avantage, d’abord c’est que le chef de l’Etat est élu au suffrage universel direct par la population. Ce qui donne une force à la gouvernance du pays. Ce n’est pas seulement au chef de l’Etat puisque dans ce type de régime, habituellement il y a aussi le Premier ministre ou le président du conseil. Dans notre système issu du système français le chef de l’Etat détient de larges pouvoirs. Néanmoins, au Burkina Faso ce n’est pas Blaise Compaoré qui est le chef de l’administration, c’est le Premier ministre ; ce n’est pas lui qui détient le pouvoir règlementaire, c’est encore le Premier ministre.

Mais, c’est quand même le chef de l’Etat qui détient l’essentiel du pouvoir…

Oui, parce que la Constitution dit que c’est lui qui donne les grandes orientations. C’est lui véritablement qui détermine les grandes orientations politiques du pays. C’est son rôle. Et puis vous avez ceux qui conduisent véritablement la politique de la nation : c’est le Premier ministre et son gouvernement. Vous avez aussi le parlement qui joue son rôle qui est de voter les lois, de doter le pays de toutes les lois dont il a besoin. Son rôle aussi c’est de fixer le budget de l’Etat et d’opérer l’allocation de ressources. Troisièmement, son rôle c’est de contrôler l’action de l’exécutif. A côté il y a une fonction non inscrite dans la Constitution mais qui est induite et est extrêmement importante : c’est la fonction sociale de base.

L’avantage du régime semi parlementaire que nous avons, c’est qu’il emprunte donc à la fois au parlementarisme et au présidentialisme. Les choses normalement devraient être équilibrées. Mais, je ne suis pas naïf, j’observe bien. L’expérience a montré que partout où il y a ce régime, le chef de l’Etat est dominant. Cela parce que c’est lui qui est élu, ce n’est pas le Premier ministre.

Mais, concrètement, qu’est-ce que ce système apporte de plus au pays par rapport aux autres systèmes politiques ?

Pour le pays, il assure quand même une certaine stabilité. Parce que l’un des inconvénients du régime parlementaire, lorsqu’il y a un problème à l’Assemblée, il se transfère presqu’automatiquement au gouvernement. C’est ce qui fait que même sans les élections on peut changer le gouvernement. Il suffit que la majorité change à l’Assemblée. Même une crise propre à un parti politique peut se transférer facilement jusqu’au niveau des institutions de la République. C’est ce qui s’est passé en 74 dans notre pays avec la chute de la deuxième République. Dans le système semi parlementaire actuel, l’on n’a pas cet inconvénient d’instabilité. Je pense que le régime tel qu’on l’a est bon. Une fois de plus, je le dis : le vrai problème, ce n’est pas le régime politique. Le vrai problème, c’est les comportements que nous avons, le vrai problème c’est que nous sommes dans des sociétés en transition où l’exécution des politiques publiques est soumise à tellement d’aléas et de contraintes que les citoyens ne voient pas tout de suite les résultats. Quel que soit le système politique considéré.

Vous avez parlé de la stabilité, mais est-ce que cela n’est pas un obstacle à l’alternance politique qui est aussi importante en démocratie ?

L’alternance, ce n’est pas une fin en soi. Je l’ai souvent dit. Mon but, ce n’est pas de créer l’alternance au Burkina Faso. Mon but, c’est de développer le Burkina pour les Burkinabè. Ecoutez : tout le temps nous citons la France quand ça nous arrange, quand ça ne nous arrange pas on ne la cite plus. En France, de 1958 à 1981, il n’y a pas eu d’alternance. Le changement de président n’est pas l’alternance. C’est juste un changement de personne. L’alternance signifie que vous avez un nouveau projet politique qui s’installe grâce à un parti politique. Le jour où vous aurez les Sankaristes au pouvoir au Burkina, vous aurez l’alternance. Cela dit, beaucoup de gens ont l’air de ne pas apprécier à sa juste valeur la stabilité sans laquelle un pays sans ressources comme le Burkina n’a aucune chance d’évoluer. Si nous avons connu des résultats au cours des vingt dernières années, c’est grâce à la stabilité. Si c’était comme avant où chaque lundi il y a un coup d’Etat, on ne pouvait pas faire grand-chose. Des exemples sont autour de nous : dès que vous avez l’instabilité, tout est bloqué du point de vue du développement.

Parce qu’en ce moment, le pays se préoccupe plutôt de gérer ses crises que de faire le développement. Donc, l’alternance est bonne, elle est souhaitable, mais pour moi, ce n’est pas une fin en soi. Personnellement, ce n’est pas mon but.

Vous avez parlé du problème de l’élite. Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour le résoudre ?

Je ne sais pas, je ne peux pas vous dire parce que je fais partie de cette élite comme vous-même. Le problème de l’élite, c’est son indigence, cette espèce de décrépitude c’est-à-dire qu’on a des gens formés, des gens qui ont de gros diplômes, etc. mais qui du point de vue de la gouvernance ne sont franchement pas de modèles souvent. Ecoutez !, moi je cite souvent cet exemple : qu’est-ce que nous faisons avec 150 partis politiques ? Ces 150 partis politiques, ce sont les élites qui les créent, ce n’est pas la population. Précisément, parce que les uns et les autres ne créent pas des partis politiques pour développer le Burkina Faso. Il suffit que quelqu’un soit mécontent dans son parti, il s’en va et crée un autre parti avec sa femme, ses cousines, ses nièces et ses copains. Tout cela traduit l’incapacité des élites et nous sommes tous comptables sur ce plan. Nous avons à faire notre mea culpa et nous devons certainement inventer de nouvelles façons d’agir au niveau de l’élite intellectuelle parce que l’élite est tellement importante pour le pays. Le devenir du pays dépend tellement de l’élite que la qualité de cette élite là est essentielle pour qu’on avance. Or sur la plupart des questions il y a un vrai problème au niveau de l’élite. C’est vraiment ma conviction.
Surtout en Afrique francophone…

Oh ! Bof, croyez-vous que c’est mieux ailleurs ? Mais, vous pouvez effectivement comparer entre francophones et anglophones. C’est vrai qu’au niveau des pays anglophones on a le sentiment que les choses vont mieux mais c’est une illusion. J’étais en Ouganda au mois d’avril. Je n’exagère pas parce que ce sont des chiffres qui m’ont été cités par des collègues de là-bas. Quasiment, plus de la moitié des dirigeants du pays viennent d’une même région. Vous rentrez chez un ministre, même dans les pays voisins du Burkina, eh bien, tout l’entourage du ministre, depuis le directeur de cabinet jusqu’au chauffeur, ils sont de la même région, parfois du même village. Cette réalité n’est pas propre aux pays francophones et je peux vous citer plein d’exemples du genre. Il y a un vrai problème d’élite.

Pour revenir à nos réformes, la Constitution révisée stipule en son article 78 la création d’un sénat. Qu’est-cela va apporter concrètement à notre système politique ?

Personnellement, j’ai été longtemps contre les deuxièmes chambres en Afrique. A l’époque j’ai donné mes raisons. Je me suis même expliqué sur Jeune Afrique en août 2001, lorsque nous étions en tain de préparer la 106e conférence de l’Union interparlementaire à Ouagadougou. Me citant, Jeune Afrique avait titré : « Un pays comme le Burkina Faso n’a pas besoin de deuxième chambre pour voter des lois ». C’était ma position pendant très longtemps. Je me disais que pour de raison de ressources, le Burkina ne pouvait pas se le permettre. Mais, ce n’était pas la seule raison. Créer une seconde chambre qui fait doublon avec la première, surtout que notre deuxième chambre était de nature consultative. Je me souviens bien, j’étais président de l’Assemblée, la deuxième chambre était censée examiner les lois et nous envoyer ses avis et recommandations pour qu’on en tienne compte.

Mais le calendrier parlementaire était fait de telle façon que quand nous recevions les avis de la chambre, la plupart du temps la loi était déjà votée. Ce n’était pas la faute de la deuxième chambre. C’est le système qui n’était pas bon. Beaucoup de gens ont pensé après que c’est moi qui ai fait supprimer la seconde chambre, etc. Mais, là n’était pas la question. Si l’on voulait maintenir la deuxième chambre, il aurait fallu lui donner de vrais pouvoirs législatifs, qu’elle puisse avoir de compétences délibératives. Or, ce n’était pas le cas. Il se trouve qu’en 1996 j’avais créé quand j’étais ministre de l’enseignement supérieur un cabinet de consultants. L’année suivante je suis devenu président de l’Assemblée et j’ai donc mis mon cabinet en veilleuse. Et puis il y a trois ans j’ai repris le cabinet, ce qui me donne l’occasion de voyager parce que mon cabinet s’occupe beaucoup des institutions publiques en générale, notamment les parlements.

En observant comment les choses fonctionnent un peu partout, je me suis d’abord aperçu qu’il y avait une tendance marquée pour la création des deuxièmes chambres, des sénats. Nous avons aujourd’hui entre 20 -25 sénats en Afrique. La plupart des pays qui ont lancé des réformes politiques ont prévu la création d’un sénat. C’est le cas au Burkina Faso. C’était la même chose au Mali avant la crise. Beaucoup de pays sont dans ce cas. Et quand j’interroge les politiques dans tous ces Etats, la réponse est toujours la même : il faut élargir la base du débat délibératif, du parlement. Et cette base n’est pas seulement l’enracinement social. En vérité, lorsque vous avez un sénat, il renforce le caractère représentatif du parlement parce que vous avez toute une catégorie de groupes sociaux qui sans la deuxième chambre n’a pratiquement aucune chance d’être partie prenante à l’adoption des lois, au processus législatif. Dans beaucoup de pays ce sont les minorités qui sont dans ces cas.

Au Niger par exemple, l’on a été contraint de modifier la loi électorale pour prendre en compte les minorités (Gourmantché, Arabes, etc.) de sorte qu’il y ait toujours au moins un élu au sein de ces minorités parce que si l’on appliquait le suffrage universel direct il n’y avait quasiment pas de chance que ces minorités soient représentées au parlement. Deuxièmement, le système de contrôle de l’exécutif est beaucoup plus marqué quand vous avez une seconde chambre. Dans nombre de pays par exemple, pour la nomination aux hauts postes le chef de l’Etat ne peut plus le faire sans l’intervention du sénat. Troisièmement, l’expérience a montré que le processus législatif est de meilleure qualité car, l’Assemblée nationale vote les lois, les transfère au sénat qui les examine et les renvoie à l’Assemblée nationale. Dans certains pays, lorsqu’il y a désaccord sur le texte, une commission mixte se crée pour trancher. Mais, dans plusieurs Etats, le dernier mot revient évidemment aux députés. Ce circuit des textes aboutit incontestablement à de meilleures lois parce qu’il y a une double lecture. Il y a des choses que les députés ne voient pas mais que les sénateurs voient.

Enfin, le sénat habituellement améliore l’ensemble du paysage institutionnel. C’est pour toutes ces raisons que les deuxièmes chambres sont généralement créées, mais, à condition qu’elles jouent évidemment leur rôle et qu’on leur donne de véritables pouvoirs. Dans notre système tel que c’est prévu il y aura la double lecture des lois. Certaines lois de toute façon comme celles concernant les collectivités territoriales puisque la chose sur laquelle je n’ai pas encore suffisamment insisté, c’est que le sénat permet la représentativité des collectivités locales en tant que telles. Quand c’est dans un pays fédéral, ce sont les Etats fédérés qui y sont représentés. C’est le cas du sénat américain où chaque Etat est représenté par deux sénateurs. Ce sont là les avantages d’un sénat.

Mais d’aucuns trouvent que ce n’était pas du tout opportun de créer une seconde chambre au Burkina parce que cela va occasionner de charges supplémentaires au niveau de l’Etat…

Toutes les institutions parlementaires coûtent chères. Non, peut-être que le vrai problème, c’est la tendance que l’on a en Afrique de multiplier les structures. Même celles qui n’ont pas besoin d’être des institutions on finit par les baptiser institutions et elles coûtent évidemment cher. Mais, quand il s’agit de la législation du pays, ce n’est pas forcément de trop.

Et que dites –vous de l’augmentation du nombre des députés ?
Vous connaissez ma position sur cette question. Il est vrai que l’augmentation du nombre des députés en quelque sorte m’arrangeait puisque ma province, la Léraba, a maintenant deux députés au lieu d’un député. Mais, pour des raisons de ressources, j’avais dit que ce sera très difficile de justifier l’augmentation du nombre des députés au moment où on veut créer le sénat. Je crois même que mes propos ont été publiés dans un journal de la place. Finalement, la solution retenue a été d’augmenter dans une proportion relativement faible c’est –à-dire de 16 députés le nombre des membres de l’Assemblée. Personnellement, j’étais réservé. Mais, sur le fond, j’étais d’accord. Parce que non seulement ma province était concernée mais parce que rapportés à la population nous sommes l’un des parlements le plus faible de la sous région en nombre de députés. Tous les pays sans exception qui ont la même population que nous ont beaucoup plus de députés que nous.

Mais, tous ces pays n’ont pas de sénat.

Mais, je vous ai aussi dit la tendance qui existe d’en créer.

Il y a aussi cette question de la retraite des députés qui continue de défrayer la chronique…

La retraite des députés est un vieux projet. En réalité, le texte était prévu pour être voté en 2001. Parce l’un des articles du statut du député voté en avril 2000 portait déjà sur la retraite des députés. Il n’y a rien de nouveau. En fin 2000, quand j’étais président de l’Assemblée nationale, j’ai créé un groupe de travail présidé par le député Marie Madeleine Ouédraogo composés de parlementaires de la majorité et de l’opposition. Nous avons pris contact avec la Caisse nationale de sécurité sociale et la CARFO pour qu’elles nous aident à élaborer la fameuse loi qui était prévue par le statut du député. Le groupe de travail a préparé le texte qui était prêt pour être voté en février 2002. De fil en aiguille on est rentré dans l’ambiance des élections législatives et puis le texte est resté en l’état.

Quand la nouvelle législature est arrivée, la question a été reprise mais le nouveau président de l’Assemblée nationale, Roch Marc Christian Kaboré, a tenu à approfondir la question et à dialoguer avec le gouvernement. Dans notre système, comme il s’agit d’une proposition de loi elle doit passer par le gouvernement pour être délibéré en conseil des ministre. Le gouvernement a délivré et nous a renvoyé le texte. C’est à ce stade que nous sommes.

Mais, qu’est-ce qui justifie la proposition de loi ?

C’est pourquoi j’insiste sur l’histoire du texte pour que vous compreniez. Il se trouve qu’en 1999 nous avons créé sur mon initiative d’ailleurs la Conférence des Présidents d’Assemblée de l’Afrique de l’Ouest (CPAO) qui a eu sa première session en mai 1999 à Accra et la deuxième conférence a eu lieu à Ouagadougou en mars 2000. C’est au cours de cette conférence que le nouveau bâtiment de l’Assemblée nationale a été inauguré par le Président du Faso. C’est la seule fois d’ailleurs que le président a mieux pied à l’Assemblée parce que normalement dans notre système le chef d’Etat ne vient pas au parlement pour la séparation des pouvoirs, sauf s’il a un message à délivrer à l’Assemblée.

C’est lors des discussions entre présidents d’Assemblée de l’Afrique de l’Ouest que nous avons établi un tableau comparatif des conditions de vie des députés dans les différents pays, francophones, anglophones et lusophones. Nous avons ainsi passé en revue les règlements des Assemblées, le statut et traitement des députés. On s’est aperçu que quelques pays avaient déjà une loi portant création de retraite des députés. On a essayé de regarder en Afrique et on s’est rendu compte que cela existait un peu partout. Je me suis rendu à Genève à l’Union interparlementaire pour voir comment cela se faisait dans le reste du monde. Et on s’est aperçu que nous étions en retard sur quasiment toutes les autres parties du monde sur cette question là.

C’est de retour de Genève que j’ai fait la suggestion au bureau de l’Assemblée qu’on examine cette question. Parce que partout où nous sommes passés j’ai essayé de comprendre pourquoi les députés ont encore besoin d’une pension de retraite. Les arguments sont nombreux. D’abord, les députés ont, comme Arba Diallo l’a d’ailleurs dit une fois, des conditions extrêmement difficiles, beaucoup plus que ce que vous pensez. Là, vous êtes dans mon bureau parce que je suis ancien président de l’Assemblée. Sinon aucun député n’a un bureau ici, sauf s’il est le président d’un groupe ou de commission parlementaire. Les bureaux des députés sont comme leurs domiciles. Les députés sont vraiment soumis à des contraintes sociales extrêmement difficiles. Je dis toujours dans mes conférences sur les parlements que chaque parlementaire en Afrique, député ou sénateur, est une caisse de sécurité sociale chez lui. C’est la vérité. De tous ceux qui émargent au budget de l’Etat, les députés sont probablement ceux qui sont les plus assaillis par la population. On le vit quotidiennement ici.

Le simple carburant des députés jusqu’à l’instauration des cartes dernièrement, donne souvent lieu à longs fils. D’ailleurs, notre hall était généralement envahi au point que certains cachaient qu’ils avaient pris leurs bons. Il y a tellement de sollicitations qui émanent non seulement des villages et des familles mais également dans l’entourage dans lequel vous êtes à Ouagadougou. Tout cela est lié à la spécificité de la fonction de député. Des anciens députés aujourd’hui roulent en mobylette, s’ils ne marchent pas à pied. Par exemple tous les députés que j’ai connus hommes d’affaires avant qu’ils ne viennent à l’Assemblée sont maintenant ruinés. La fonction bouffe son homme ou sa femme. Il y a plusieurs exemples. Enfin, comme toutes les pensions, les députés cotisent sur leurs revenus.

Justement, ne pouvait-on pas prélever les cotisations sur les revenus des fonctions qu’exerçaient les députés avant leur venue à l’Assemblée nationale ?

Croyez-vous que tous les députés avaient des fonctions avant de venir à l’Assemblée ? Apparemment, vous ne connaissez pas la composition de notre parlement.

D’aucuns pensent comme vous êtes des représentants de populations, vous devriez être aussi pauvres comme ceux que vous représentez…

Ah…bon ! (Rires). C’est un raisonnement extraordinaire. Non, nous devons avons un traitement adapté à la situation du pays. C’est ce qui est juste. Sinon à suivre votre raison, c’est comme si vous demandez de donner 15 000 F à un professeur d’université parce qu’il est d’un pays pauvre, au lieu de lui donner le SMIG.

Ce que vous gagnez n’est-il pas suffisant parce qu’apparemment vous êtes bien traités ?

Les députés burkinabè ont autour de 400 000 F CFA d’indemnité. Cela peut paraître beaucoup mais il suffit de faire deux ou trois tours au village pour que l’on se retrouve sans argent.

Pour ceux qui partent au village…

Ils doivent partir au village. Je présume même si je sais que tous ne partent pas au village. D’abord, tout le monde n’est pas d’un village mais je suis témoin de la vie des députés dans leurs quartiers. Je suis sincèrement bien placé pour plarler de ces questions. Et je pense qu’il ne faut pas exagérer. Les choses doivent être adaptées à notre situation. Le système de cotisation doit être organisée de telle façon qu’effectivement les cotisations soient prélevées sur les indemnités permanentes des députés comme cela se fait au niveau des fonctionnaires. Le débat porte aussi sur le système de gestion. Nombre de personnes pensent qu’il faut que ce soit géré par la CARFO comme les autres agents de l’Etat. D’autres veulent que le système soit géré par la Caisse nationale de sécurité sociale. Mais les expériences que j’ai vues un peu partout dans le monde, il y a trois possibilités parce que l’Assemblée nationale a quelque fois son propre système.

Par exemple, le système peut être logé dans une banque. On a également des systèmes où c’est le gouvernement qui gère la retraite des députés et puis vous avez des Etat où la question est gérée par le système habituel de gestion de la retraite des agents de l’Etat.

Ne craignez-vous pas qu’avec cette affaire de retraite de député vous soyez davantage assaillis par les populations ?

La retraite ne changera rien à la situation. Probablement, cela va certainement amplifier le mouvement parce que nous sommes dans un système distributif de salaire. Même vous qui êtes assis, votre petit salaire, vous savez à quoi ça sert.

Pour revenir aux nouvelles réformes, il semble que le sénat aura une primauté sur l’Assemblée nationale. Vous confirmez ?

Non. Mais, c’est le président du sénat qui aura la préséance sur le président de l’Assemblée nationale en ce sens qu’il sera le dauphin constitutionnel du chef de l’Etat.

Comment expliquez-vous le fait que quelqu’un qui n’est pas élu soit dauphin du chef de l’Etat ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que les fonctions de chaque personnage de l’Etat découlent des dispositions de la Constitution et non des élections. Dans notre système, le Premier ministre a infiniment plus de pouvoirs que le président de l’Assemblée mais il n’est pas élu. Tout simplement, la Constitution dit que c’est lui qui conduit la politique de la nation. Il faut toujours faire la part des choses entre la légitimité institutionnelle tirée de la Constitution et la légitimité populaire qui émane des élections. La désignation du dauphin diffère d’un système à un autre. Et il y a effectivement des systèmes comme en France où le président du sénat est le dauphin constitutionnel du chef de l’Etat. Même pour les préséances au sein de l’Etat, après le Président du Faso, c’est le Premier ministre qui vient même s’il n’est pas élu. Ensuite viennent le président du sénat et celui de l’Assemblée nationale.

Mais, dans le nouveau système, l’on a quand même l’impression que le sénateur est plus important que le député…

Non. C’est justement cette différence qu’il faut bien expliquer aux gens. Le fait que le président du sénat vienne avant le président de l’Assemblée nationale ne veut pas dire que les sénateurs viennent avant les députés. Ce n’est pas vrai parce que l’ordonnancement au sommet de l’Etat est basé sur les individus et non sur les institutions. D’ailleurs, si vous lisez bien la Constitution, vous verrez bien que l’Assemblée nationale a infiniment plus de pouvoir que le sénat.

Comment seront désignés les membres du sénat ?

Dans notre système, le sénat sera partiellement composé par un système d’élection au suffrage universel indirect comme cela existe un peu partout. Chacune des 13 régions du pays sera représentée au sénat. Ces sénateurs seront élus dans leur région au suffrage universel indirect.

Par rapport à la possibilité pour le président du sénat de remplacer le chef de l’Etat en cas de vacance de la présidence du Faso, des observateurs y voient un moyen pour le pouvoir ou le président Compaoré de contourner l’Assemblée nationale au cas où celle-ci tomberait dans les mains de l’opposition et qu’il voudrait assurer ses arrières avant de quitter le pouvoir avant 2015…

Est-ce que ces observateurs savent celui qui sera le président du sénat ? Ce n’est pas Blaise Compaoré qui nommera le président du sénat. C’est les membres du sénat qui vont désigner leur président. Ce n’est pas Blaise… (rires aux éclats)

Et que dites-vous sur l’article 168 portant amnistie des chefs d’Etat du Burkina Faso de 1960 à nos jours dont certains pensent qu’il a été taillé uniquement pour assurer une amnistie au président Compaoré ?

Non, la loi n’a pas été conçue dans ce sens. Je le répète, chaque système politique est le produit de l’histoire. Ce genre de dispositifs quand ils existent, sont toujours le produit d’une histoire. Il y a une histoire politique du Burkina Faso. Et cette loi d’amnistie pour les chefs d’Etat du Burkina ne date pas d’aujourd’hui. C’est une vieille idée, c’est parce qu’elle n’a pas été mise en application assez vite que l’on en parle aujourd’hui. L’idée étant qu’en Afrique on crée des problèmes inutiles après l’exercice du pouvoir c’est-à-dire il vaut mieux dans nombre de cas prévoir l’amnistie pour les anciens chefs d’Etat plutôt que de créer des conditions qu’ils ne veuillent pas quitter le pouvoir. C’est une réflexion qui a été longuement menée dans beaucoup de pays. En tout cas, ce que je peux vous dire, ce n’est pas une loi faite pour Blaise. De toute façon, Blaise ne sera pas éternellement chef d’Etat.

Comme en France, l’autre avantage dont bénéficie le chef de l’Etat avec la révision constitutionnelle, c’est qu’il deviendra après ses fonctions membre du Conseil constitutionnel comme en France…
Ce n’est pas un problème. Il n’y a pas qu’en France. Au Burundi tous les anciens chefs d’Etat sont membres du sénat à vie. Ce n’est pas une question de fond. C’est parce qu’on aime trop focaliser les choses sur les individus. Et c’est aussi un des problèmes des élites c’est-à-dire qu’incapables de résoudre les préoccupations socioéconomiques on se braque toujours sur des questions liées à des individus.

Le problème principal aujourd’hui des Burkinabè n’est pas de savoir quel sera le sort de Blaise Compaoré. Le problème, c’est qu’on n’a toujours pas de bonnes routes etc. Ce sont ce genre de questions qu’il faut chercher à résoudre. Je comprends les débats que nous menons mais, ce n’est pas là l’essentiel. Il ne faut pas confondre l’accessoire avec l’essentiel.

Parlez-nous de vos relations avec le chef de l’Etat ?

Elles sont bonnes. J’étais à Kossyam hier.

Mais, est-ce qu’elles sont aussi bonnes comme du temps où vous étiez président de l’Assemblée nationale, parce que certaines mauvaises langues disaient qu’entre vous le courant ne passait plus après votre départ du perchoir ?

Non, moi je l’ai toujours expliqué. Quand vous êtes président de l’Assemblée nationale, vous êtes en contact presque quotidiennement avec le chef de l’Etat. Une fois que vous n’êtes plus président de l’Assemblée, vous ne pouvez pas objectivement prétendre à avoir le même type de rapports courants avec le président. Ce ne serait pas raisonnable, ne serait-ce parce qu’il y a quelqu’un d’autre maintenant. En dehors de cet aspect, en tout cas, rien de particulier ne s’est passé négativement entre le chef de l’Etat et moi.

Vous êtes du CDP, quelle est la situation dans votre parti à l’heure actuelle ?

La situation est bonne. Quel est votre problème ?

Il nous revient que l’ambiance n’est pas à la cohésion et nous pensons que vous devriez quand même pouvoir nous dire quelque chose là-dessus…

Après chaque congrès il y a toujours des discussions de ce genre. Il se trouve le taux de renouvellement a été extrêmement important cette fois-ci. Certes quelques anciens tels Naboho Kanidoua ou Alain Yoda sont dans le nouveau secrétariat exécutif mais nombre d’anciens responsables n’y figurent pas. Quand vous avez de tels changements dans un groupe, que ce soit un parti politique ou une association, vous ne pouvez pas sérieusement penser que ce changement va se faire sans douleurs. Tous les changements ont leurs douleurs. Et dans le cas d’espèce où la démarche a consisté à injecter au sein du secrétariat exécutif des jeunes et des femmes en nombre suffisant. De toute évidence cela a créé des remous et une ambiance beaucoup moins difficile que ce que les médias disent. Mais, je ne peux pas le nier parce qu’il n’y a pas de doute là-dessus.

Est-ce que ces personnes ont été mises sur la touche comme le disent certains ?

Vous parlez de qui ? Des dinosaures ? Si c’est d’eux que vous parlez, j’en fais partie. Mais est-ce que vous avez l’impression que je suis mis sur la touche ? Bien au contraire, je suis plus qu’actif au sein du parti.
Vous nous assurez qu’il n’existe de risques d’implosion au CDP ?
Non ! Personnellement, je n’ai jamais cru à cette histoire d’implosion. Je me souviens avoir été interviewé par Africa24 à Dakar, où je séjournais en tant que chef de la délégation des observateurs de l’Uemoa à l’élection présidentielle sénégalaise. J’avais déjà expliqué à l’époque qu’il n’y aurait pas d’implosion. Depuis 20 ans on annonce chaque année une implosion du CDP, pourtant il est toujours là. Parce que les gens ont beaucoup plus d’attachement au parti que ce que vous pensez. A mon avis, ce n’est pas la solution aux problèmes que de changer chaque fois de parti. Il faut savoir rester fidèle à ce que l’on est et à ce que l’on a été.

Je suis dubitatif face à ceux qui changent toujours de partis, à ceux qui ont des positions lorsqu’ils sont au gouvernement et qui les changent quand ils quittent le gouvernement. C’est l’indigence des élites. Le CDP est toujours fort. Il y a une bonne adhésion au parti. Mais il ne faut pas le nier, le fait de gérer le pouvoir maintient des gens au sein du parti. Ce que je viens de dire est vérifiable. Ceux qui quittent le parti le font parce qu’ils ne sont plus au pouvoir ou parce qu’ils ne trouvent plus leur compte. Cela me convainc qu’ils n’y étaient pas par conviction.

Le fait d’avoir beaucoup de cadres constitue aussi une force pour le parti. Il ne faut pas oublier qu’une bonne partie de l’intelligentsia du pays se trouve au sein du CDP. Au regard de tout cela, je peux dire que le parti n’implosera pas parce que personne n’y a intérêt. Pris individuellement, personne de nous n’est en mesure de conquérir le pouvoir. C’est parce qu’on est ensemble qu’on est fort. Certains pourraient penser que ça les arrangerait si le parti éclatait, mais c’est une illusion. Pour moi donc, le parti n’implosera pas ou du moins j’espère qu’il n’implosera pas.

D’aucuns pensent comme vous que le CDP n’implosera pas tant que Blaise Compaoré est encore là…

C’est normal ! Le chef de l’Etat fait partie du parti. Ce n’est pas parce qu’il est chef de l’Etat qu’il est venu au CDP. Il est à l’origine du parti.

Dans quelles conditions préparez-vous les élections couplées législatives-municipales ?

Bien. Après le congrès, la nouvelle direction du parti est en train de préparer les textes. Habituellement dans notre parti, il y a des directives sur le choix des candidats, l’organisation de la campagne, etc. On le faisait habituellement plus tôt, mais cela ne saurait tarder. Les textes seront bientôt disponibles.

Pensez-vous pouvoir remporter la majorité à l’Assemblée ?

Nous aurons la majorité. Le mode de scrutin qui est la proportion au plus fort reste n’est pas favorable aux grands partis. On l’a fait en 2001 et on a changé le code électoral pour, on l’avait dit en son temps, permettre à l’opposition d’avoir une représentation significative. Mais le système est injuste puis qu’un candidat peut être élu dans une région avec 100 mille voix alors que celui qui le suit en a deux mille. Où est la justice dans cette manière de faire ? C’est préjudiciable au CDP. Par contre, je sais que le parti va avoir la majorité mais je sais aussi que l’élection sera extrêmement difficile. L’augmentation du nombre des députés qu’on vient de décider va certainement, beaucoup profiter à l’opposition dans nombre d’endroits. Dans un pays comme le Burkina aujourd‘hui, comme dans tous les systèmes politiques modernes il n’est pas nécessaire pour le parti au pouvoir d’être en position écrasante au parlement comme ce fut le cas par le passé. Si on veut vraiment que la démocratie soit dynamique il faut qu’il y ait une représentation significative de l’opposition au parlement. A mon avis, si le CDP gagne 80 députés sur 127, c’est bon.

Il est dit aussi qu’au sein de votre parti, les luttes pour le positionnement sur les listes électorales en vue du double scrutin font rage en ce moment. Qu’est-ce qu’il en est exactement ?

C’est tout à fait normal dans un parti politique. Les choses se passent ainsi dans les formations politiques. Peut-être que cela est encore plus exacerbé au CDP qu’ailleurs. D’abord vous avez tous ceux qui pensent que le moment est venu pour eux de devenir député. Ensuite tous ceux qui pensent que l’heure est venue de bouter hors du jeu les anciens députés. Tout cela est normal dans un parti. Simplement, chacun a le droit d’avoir ses ambitions. Et ceux qui sont déjà députés ont aussi le droit de vouloir rester députés. C’est le parti qui tranchera finalement puisque de toute façon c’est le parti qui investit les candidats.

Personnellement, serez-vous candidat si vous êtes désigné par le parti ?

Je n’ai jamais dit à quelqu’un que je ne serai pas candidat parce que j’entends beaucoup de bruits comme quoi je ne serai pas candidat. C’est tout à fait normal que je sois candidat. A 60-61 ans j’estime que je ne suis pas assez vieux. Et j’estime aussi que je suis assez engagé dans le parti pour prétendre être candidat. Et quand je le dis, je nie pas du tout le droit aux autres dans ma province d’être candidats. Le parti tranche simplement. Si c’est moi qui suis désigné comme candidat, tout le monde devra battre campagne avec moi. Mais, si c’est une autre personne qui est désignée, je vais soutenir la personne et j’irai battre la campagne dans toute la province pour la personne. Vraiment, je peux rassurer les gens sur ce point.

Pendant les législatives de 2007, votre parti a perdu du terrain dans les Cascades. Est-ce que depuis ce temps avez-vous travaillé à redorer votre blason ?

Le blason n’était pas terni. Ce n’est pas l’arrivée du RDB qui a fait que le CDP a perdu du terrain dans les Cascades, mais une scission du CDP. Les militants qui étaient au RDB sont venus du CDP. Il faut dire même que c’est l’aile qui était la plus proche de moi à la Comoé. Cette aile s’était détachée parce qu’il y avait un conflit entre le regretté Ludovic Tou et le regretté Mamadou Koné. C’était en quelque sorte mes fidèles. J’ai beaucoup déploré cette situation car, cette affaire n’a pas du tout été une bonne affaire pour nous. Mais, il y a un mois beaucoup de militants de la Comoé ont demandé à revenir dans le CDP. Il y a par exemple les maires de Banfora et de Soubaga. A la Léraba, la tendance est moins claire. En tout cas tous ceux qui se s’étaient détachés de nous, n’ont pas encore dire qu’ils revenaient.

Mais, aussi bien à la Léraba qu’à la Comoé, il faut compter maintenant avec l’UPC parce que ce parti a récupéré de nombreux militants du RDB et l’UPC a aussi récupéré un certain nombre de militants CDP : tous ceux qui étaient mécontents, qui estiment qu’on a promis des choses qu’on a pas exécutés, tous qui voulaient des places au CDP qu’ils n’ont pas eues, etc. Tout cela est normal. C’est la démocratie et j’estime que nous ne devons pas diaboliser les partis d’opposition. Je n’ai pas diabolisé le RDB en son temps, je ne diabolise pas aujourd’hui l’UPC. Je ne suis pas d’accord avec les méthodes de certains acteurs de l’UPC à Léraba qui ont tendance à nous diaboliser.

Mais, moi je ne rentre pas dans leur jeu parce que j’estime qu’ils aiment aussi la Léraba et la Comoé autant que nous. Nous divergeons seulement sur les choix politiques. C’est tout. En tout cas, on va se battre férocement pour avoir les deux députés et je pense qu’on gagnera. Mais, si on se retrouve finalement avec un seul député à cause du Code électoral, on n’en fera pas un drame. A mon sens, il ne faut pas faire comme si ce serait une catastrophe si d’autres personnes émergent dans la région.

Apparemment, avec vous le problème d’élite ne se pose pas. Vous êtes toujours en communion avec la base au village ?

C’est ma façon de faire la politique. Bien que je voyage beaucoup, je suis fréquemment au village. En tout cas, quand je suis au Burkina, j’y vais souvent. La semaine dernière j’étais en tournée à la frontière du Mali et de la Côte d’Ivoire puis que nous sommes sur les trois frontières à l’extrême ouest du Burkina. Cette tournée m’a permis de faire le tour des 17 villages du département. Je serai là-bas, d’ailleurs, encore ce week-end. C’est ma façon de faire la politique.

Que représente la culture pour vous ?

Je vis de culture, moi. Je vis d’abord de ma culture sénoufo. Parce que je suis extrêmement fier de cette culture. Mais je suis encore plus fier de la culture africaine. C’est à cette culture que je m’identifie le plus. C’est même parfois excessif parce que je récuse clairement la déculturation ambiante qui marque les élites africaines actuellement. Il y a certaines personnes qui ne peuvent pas parler la langue de chez lui et d’autres pensent même que l’animisme, c’est de l’arriération parce qu’ils sont musulmans ou chrétiens. C’est la négation de ce que nos ancêtres ont été. C’est à la limite qu’ils diabolisent cela. Et moi j’appelle ça le complexe du colonialisme. Je ne suis pas cependant aveuglé par les traditions. Je reste très lié à elles mais je sais faire le tri. J’ai par exemple toujours été contre l’excision. Elle est très ancrée chez nous mais je la combats. Parce que j’estime qu’on n’a pas besoin d’être excisé ou de faire exciser sa fille pour être un vrai Africain. Puisqu’il y a des ethnies juste à côté de nous qui ne pratiquent pas l’excision. De manière générale donc je m’identifie à ma culture.

Des membres de votre famille suivent-ils votre exemple ?

J’ai trois enfants et aucun d’entre eux ne porte ni un nom chrétien ni un nom musulman. Ils portent tous des noms de chez moi. Ces noms sont généralement tirés des fétiches ou des ancêtres. Mon premier fils s’appelle Gnamanzié. Le nom de ma première fille est Séfion Kankindi et ma deuxième fille s’appelle Wonou Akeza. Mes deux filles ont aussi des noms burundais parce que leur mère est du Burundi. Elle est très catholique et je pense que la question de foi est un choix individuel. Mais je trouve superficiel de croire qu’il n’existe pas de lien entre la religion et la tradition. Le christianisme ainsi que l’islam, bien qu’ils soient des religions révélées, sont devenus largement africains. Présent sur le continent depuis plusieurs siècles, ils sont plus anciens que certaines de nos traditions.

Vous êtes de quelle religion ?

J’ai été baptisé catholique mais mon nom Maurice n’a jamais figuré sur aucun de mes papiers. Certains de mes camarades de classe et ceux qui ont commencé le scoutisme en 1964 avec moi continuent de m’appeler par Maurice. Si vous vous présentez en banque avec Traoré Mélégué Maurice, la banque va vous chasser. Je vous raconte une anecdote. L’année dernière, on a retardé mon vol à Genève, en Suisse, parce qu’il est écrit Maurice Mélégué Traoré sur le billet alors que mon nom sur le passport était Traoré Mélégué. Il a fallu que je téléphone à l’ambassade du Burkina pour qu’elle confirme qu’il s’agissait bien de la même personne. Malgré tout cela, je préfère qu’on m’appelle Mélégué. Comme je sais qu’aucun Français ne s’appellera Mélégué, je n’ai aucune raison de m’appeler Maurice.

Quel est votre quotidien après avoir occupé toutes ces hautes responsabilités ?

Je suis député et je consacre la plupart de mon temps à mes occupations à l’Assemblée nationale. Mais en tant qu’ancien président de cette institution, je suis très sollicité en Afrique et un peu au-delà. Je vais très souvent à Genève parce que sollicité par l’Union Interparlementaire, aussi aux Nations Unies, à la CEDEAO, à l’UEMOA. Ce n’est pas tous les anciens présidents de parlement qu’on sollicite. C’est parce que je suis connu de toutes ces structures. Il y a tellement de présidents de parlements dont on ne parle plus. Et là aussi c’est un problème.

Ces personnes ont occupé ces fonctions qui faisaient d’eux les deuxièmes personnages, constitutionnellement parlant, de l’Etat. Mais aucun traitement n’existe pour eux. Le seul avantage que j’ai en tant qu’ancien président de l’Assemblée nationale c’est le bureau dans lequel nous sommes actuellement. Même là, le bureau m’a été attribué très tardivement. Afin de valoriser ceux qui ont occupé ces postes, certains pays ont voté une loi portant statut d’ancien président de l’Assemblée et d’anciens chefs de gouvernements. Ali Nouhoun Diallo, ancien président du parlement malien et de la CEDEAO, me disait récemment qu’heureusement pour lui qu’il avait sa retraite d’ancien député au Mali, sinon il ne sait pas comment il vivrait.

Et ce mouvement est en train de gagner plusieurs pays. Sinon il n’est pas normal qu’un ancien Premier ministre ou un ancien président d’Assemblée vienne à une cérémonie sans que les gens sachent qu’ils sont venus. Même le protocole n’a aucun égard pour lui. Fort heureusement que c’est en train de changer. Je lis et écris beaucoup. J’ai une très grande bibliothèque de près de 15 milles livres chez moi. Je ne m’ennuie donc pas du tout. J’aime aussi l’agriculture. Je passe donc beaucoup de temps au champ.

Interview Réalisée par Grégoire B. BAZIE

Lefaso.net

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