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Jean Félix-Paganon, « l’œil de Paris » sur les affaires sahélo-sahariennes (1/2)

Accueil > Actualités > International • • mardi 3 juillet 2012 à 19h02min

Paris peut bien avoir d’autres priorités en matière de politique intérieure et d’action diplomatique, la détérioration de la situation dans le Nord-Mali et la médiatisation des exactions des « islamistes radicaux » au cœur d’une Afrique de l’Ouest présentée autrefois comme raisonnable pose problème. Entre les « fous furieux » du Nord-Mali et le Sud de la France, il n’y a que l’Algérie et la mer Méditerranée, autrement dit pas grand-chose.

« Le poids des mots et le choc des photos » commencent à peser sur la perception que les Français peuvent avoir d’une communauté qu’ils avaient tendance à chouchouter : les Touareg ; et on en revient aux vieilles antiennes sur le QI des militaires qui s’emparent du pouvoir, l’irresponsabilité et l’indécision des organisations régionales africaines et le « ras-le-bol » d’avoir toujours à se préoccuper des affaires des autres quand nos affaires vont au plus mal. Autant dire qu’à la veille d’une rentrée sociale qui ne sera pas des plus faciles, l’Elysée et le Quai-d’Orsay aimeraient bien qu’on en finisse avec ces islamisques qui déglinguent des… mosquées et des mausolées musulmans. A n’y rien comprendre… !

Pour essayer d’y voir plus clair, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, a désigné le diplomate Jean Félix-Paganon comme son représentant spécial pour le Sahel. Objectif : concocter un plan d’action que Paris pourra faire circuler du côté de Bruxelles (Union européenne) et de New York (Nations unies). Félix-Paganon s’est rapidement rendu sur le terrain : Bamako après avoir rencontré à Paris le chef de l’Etat (sic) par intérim et le premier ministre (sic) maliens, mais aussi les responsables politiques des pays concernés par la « crise malo-malienne ». Alors que les « talibans du Sahel » jouent (un jeu mortel par ailleurs) à faire peur à la communauté africaine, européenne et internationale, la question ne se pose plus de savoir comment on en est arrivé là mais comment on peut en sortir. C’est le job de Félix-Paganon. Et pour cela, il ne manque pas d’atouts.

Né le 10 juin 1951 au Maroc, à Casablanca, fils d’un couple de cadres de société, Félix-Paganon est ancien élève de Janson-de-Sailly à Paris, de l’IEP-Paris et de l’Institut national des langues et civilisations orientales, l’Inalco (arabe littéral). C’est par la voie du concours pour le recrutement de secrétaires des Affaires étrangères (Orient) qu’il est entré au Quai-d’Orsay, le 1er janvier 1979. Il débutera à l’administration centrale, Afrique du Nord et Levant, avant d’être nommé à Amman, en Jordanie (1979-1983). Il rejoindra alors Bruxelles comme membre de la délégation permanente de la France au Conseil de l’Atlantique Nord (1983-1985) puis Stockholm comme membre de la délégation française à la Conférence sur le désarmement en Europe (1985-1986), enfin Vienne comme membre de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, la CSCE (1986-1988).

Il reviendra à l’administration centrale comme délégué dans les fonctions de sous-directeur du Moyen-Orient (1988-1989) avant d’entrer au cabinet de Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Défense, comme conseiller diplomatique (1989-1991). La première « guerre du Golfe », qui entraîne la démission de son « patron » opposé à l’implication de la France dans ce conflit, va le propulser à New York où il sera deuxième conseiller à la mission permanente française auprès des Nations unies (1991-1994).

Ayant quitté New York, il retrouvera Bruxelles où il sera détaché auprès de l’Union de l’Europe occidentale (UEO) comme directeur de la division politique au secrétariat général (1994-1997). Il obtiendra alors son premier poste d’ambassadeur : c’est Koweït-City (1997-1999). Pendant ce séjour, il va épouser en secondes noces (il a une fille, Mathilde, d’un précédent mariage), le 8 octobre 1998, Marie-Hélène Maysounave (un nom qui fleure bon les Pyrénées et la région de Pau, la famille est originaire de Laruns, sur les rives du Gave d’Oloron, non loin du col d’Aubisque). IEP-Paris, titulaire d’une maîtrise de russe, sa nouvelle épouse est également diplomate (elle a été chargée de mission puis conseillère technique au cabinet d’Hubert Védrine lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin) ; c’est à New York puis à Bruxelles, où elle a été également en poste, qu’ils se sont connus.

Par la suite, Félix-Paganon sera nommé directeur des Nations unies et organisations internationales à l’administration centrale (mars 1999), poste qu’il va occuper jusqu’à sa nomination comme ambassadeur à Pretoria (cf. LDD Afrique du Sud 006/Mardi 18 novembre 2003). A Pretoria, il avait attributions pour le Lesotho. Son profil de carrière ne pouvait que donner satisfaction aux Sud-Africains. Certes, il n’était pas un spécialiste de l’Afrique mais c’était déjà un excellent connaisseur des rouages des Nations unies. Et c’étaient les Nations unies bien plus que l’Afrique stricto sensu qui importaient alors à Thabo Mbeki même si c’était la voix de l’Afrique qu’il voulait y faire entendre.

Félix-Paganon était aussi un bon connaisseur des questions militaires et stratégiques et cela ne manquait pas non plus d’intérêt pour l’Afrique du Sud dont on sait le poids que pèse son industrie d’armement dans son économie et dans ses relations internationales. Le nouvel ambassadeur de France à Pretoria avait donc vocation à être bien plus que cela : il devait permettre à l’Afrique du Sud de s’affirmer aux premiers rangs de la scène internationale grâce au parrainage de la France, partenaire économique et politique privilégié capable de le « coacher » dans le monde occidental développé. De la même façon que le partenariat entre l’Afrique du Sud et le Brésil devait permettre à Pretoria d’affirmer une position de leadership au sein de l’hémisphère Sud.

Le mercredi 26 juillet 2006, lors du conseil des ministres, Félix-Paganon sera nommé directeur Afrique du Nord et Moyen-Orient (cf. LDD Spécial Week-End 0239/Samedi 29-dimanche 30 juillet 2006). Il prenait la suite de Jean-François Thibault promu ambassadeur à Rabat. Moins de deux ans plus tard, alors que Nicolas Sarkozy se prépare à lancer son projet d’Union pour la Méditerranée (UPM), Félix-Paganon se retrouve ambassadeur de France au Caire (cf. LDD Egypte 001/Jeudi 29 mai 2008). En un temps où Sarkozy a fait d’Hosni Moubarak son missi dominici auprès des chefs d’Etat arabes (certains d’entre eux étant réticents à s’installer à la même table que les Israéliens) et qu’il voulait en faire, aussi, le co-président de la nouvelle instance.

Félix-Paganon va débarquer au Caire alors que les relations franco-égyptiennes sont au beau fixe dans un contexte sous-régional difficile marqué notamment par la crise libanaise et la question palestinienne (sans oublier le Soudan, le Darfour et la lutte contre le terrorisme qui restent des classiques). Le Caire, où Sarkozy s’était rendu pour une visite officielle de vingt-quatre heures (à l’occasion de vacances controversées avec Carla Bruni à Louxor et à Charm El-Cheikh) à la fin du mois de décembre 2007, avait un certain nombre de réticences à l’égard du chef de l’Etat français. Sa visite en Egypte, quatre ans auparavant, alors qu’il était ministre de l’Intérieur, avait fait l’objet d’une polémique sur la question de la future loi interdisant le port du voile islamique dans les écoles françaises.

Considéré généralement comme pro-américain et pro-israélien, Sarkozy apparaissait également comme le liquidateur de la « politique arabe » de la France chiraquienne. En faisant du Caire sa première destination moyen-orientale et en adoubant Hosni Moubarak comme le leader de la rive Sud de la Méditerranée (dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée), Sarkozy avait su vaincre les préventions à son égard de ses interlocuteurs. Personne n’imaginant alors que le « printemps arabe » allait balayer les bonnes intentions affirmées et les mauvaises réalisations constatées.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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