LES TRACES DE LA DÉCENTRALISATION : Commune rurale Pelia, de gros chantiers en suspens

mercredi 27 juin 2012 à 23h37min

A la faveur de la communalisation intégrale, la gestion de la cité se trouve entre les mains des filles et fils de Pella dans la région du Centre-Ouest à une cinquantaine de kilomètre de Koudougou. La plupart des acteurs de développement, rencontrés lors d’une tournée, les 1er et 2 juin 2012, confient que les progrès enregistrés ne comblent pas tout à fait, leurs attentes.

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Les habitants de la commune rurale de Pella aspirent legitimement à un développement accéléré. Sauf qu’ « ils n’ont pas été préparés au processus de décentralisation », révèle le maire, Jean Bernard Kientèga, qui confie que cela contribue à plomber ses actions. De sorte que l’apport de la communalisation, dit-il, est en-deçà des attentes. Et le conseiller municipal de Sarana, Wahabou Sanfo, de dire que le taux d’exécution des projets s’articule autour de 60%. Il cite, entre autres, la construction d’une piste rurale de 16 kilomètres qui part du Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Somassi à Daboala, en passant par Babouli et Kiriguilounga, avant d’évoquer, pêle mêle, des fosses fumières, des diguettes et des cordons pierreux dans tous les villages de la circonscription administrative.

Le secrétaire général de la commune, Modeste Hien, ajoute l’aménagement de neuf hectares de périmètres de maraîchéculture dont cinq à Gouala et quatre à Bissighin. Sur le dernier site, le plus viabilisé, de petits plants d’aubergines, de tomates et d’oignon. Mais aucune présence humaine. Un paysan, en plein labour dans un champ voisin, confie que la superficie s’étend en réalité, sur 2 kilomètres et que la plupart des jardiniers ont été contraints à observer une pause, à cause du tarissement des puits. A en croire M. Hien, le conseil municipal à œuvré à la construction d’une fourrière, de quatre puits à grand diamètre à Gouala et de latrines publiques dans tous les villages de Pella. Sans compter d’importantes réalisations dans le domaine de l’éducation :
« une école de trois classes par village avec un magasin, un logement pour le directeur ». De même, il cite la construction de deux centres de promotion et d’alphabétisation formelle à Pella, l’ouverture en 2010, d’un centre préscolaire pour des enfants de 3 à 5 ans à Sarana. L’intention est d’éveiller les tout-petits, au nombre de 91, avant qu’ils ne soient admis en classe de CPI.

Le hic, c’est que l’infrastructure ne fonctionne pas à merveille. Un des moniteurs a démissionné et il ne reste plus que deux dames qui perçoivent, chacune, la somme de 5 000 F CFA comme salaire mensuel. « Or, il arrive des périodes où nous ne parvenons pas à les payer, car les enfants ne contribuent qu’à hauteur de 200 FCFA par mois », dit le président du comité de gestion du Bissongo, Abdoulaye Kaboré, qui signale que le total de l’argent encaissé ne permet même pas d’assurer le goûter et le déjeuner des pensionnaires du centre.

« Pas de solutions pourle bissongo… »

Abdoulaye Kaboré déclare qu’il a approché plusieurs structures d’appui qui l’ont, pour la plupart, renvoyé vers la mairie qui, affirme-t-il, a fait des promesses qui tardent à venir. Le premier responsable de la commune de répondre : « je n’ai pas de solutions au problème du bissongo. Nous allons discuter avec le ministère de l’Action sociale pour voir ce qu’il faut faire ». Puis de promettre que le conseil municipal va voir s’il peut mettre des vivres à la disposition du centre d’éveil et d’éducation, mais qu’il va être difficile de résoudre la question de déintéressement des encadreurs.

A cette difficulté, se greffe une autre qui touche l’enseignement secondaire. De fait, deux classes construites, en 2011, au Collège d’enseignement général (CEG) de Pella, n’ont pas pu rouvrir leurs portes au titre de l’année scolaire écoulée. La réception n’a pu être effective et il en ressort qu’elle ne va l’être que lorsque la troisième salle de classe va sortir de terre, indique le directeur du CEG, Hervé Guiré. Cependant, M. Guiré renchérit qu’avec les effectifs pléthoriques, il éprouve un besoin crucial de salles. Ce qui fait, révèle-t-il, qu’il ait été contraint de prêter les locaux d’une association, à environ 1 km du CEG, pour la deuxième salle de sixième. L’édile, Jean Bernard Kientèga, explique qu’à la réception de l’établissement, le service des infrastructures de la région du Centre-ouest a fait comprendre qu’il n’est pas conforme au fond de dossier qu’il a reçu et qu’il fallait impérativement construire la troisième salle de classe.

« La faute incombe au secrétaire général de la mairie, Modeste Hien, qui a transmis un plan de trois classes au technicien des infrastructures et un autre de deux à l’entrepreneur », martèle le bourgmestre qui met ces écarts sur le compte de l’inexpérience et de la jeunesse. C’est lui, confie-t-il, qui a décoché le marché dont le devis estimatif concerne trois classes. Toutefois, M. Kientèga signale que l’entrepreneur s’est engagé à parachever l’infrastructure, même s’il ne sait pas si les travaux vont prendre fin d’ici à la rentrée prochaine. Il regrette que l’entrepreneur du nom de Jacques Sébégo, souffrant à la hanche, ait été évacué en France d’où il n’est pas encore rentré. « On attend la suite. Sera-t-il pénalisé ? Dans ce domaine, je ne m’y connais pas. J’espère qu’il trouvera une solution », grommèle le bourgmestre qui renchérit que l’absence de service de sécurité et de forces dissuasives constitue un véritable handicap à la réalisation de nombreux projets. A propos, il fait savoir que les collecteurs de taxes éprouvent des difficultés à mobiliser les ressources dans le chef-lieu de la commune : « les commerçants refusent de payer les taxes. Alors, ceux des petits villages des alentours ont décidé d’en faire autant ».

Sabotage des activités par des opposants ?

Le régisseur de la commune, Ousmane Sigué, indique qu’il faut un mois pour collecter 38 000 de FCFA dans le plus important marché de la localité, celui de Pella. Ce faisant, le maire signale que les recettes annuelles propres sont faibles, moins de 5 000 000 de F CFA. D’où le fait, dit-il, qu’il ait fallu faire deux années d’économie pour entamer les travaux de construction du bâtiment du CEG de Pella. Cette infrastructure est l’une des rares réalisations sur fonds propres, estimée à 13 000 000 de F CFA, mentionne le bourgmestre, qui note que la plupart des investissements relève du financement des partenaires. Il s’agit, entre autres, de l’organisation non gouvernementale Respublica, des fonds permanents, du Programme national de gestion des terroirs, phase II (PNGT II) et l’Etat. Jean Bernard Kientèga indique que son équipe aurait pu faire mieux, mais c’est parce qu’il y a des querelles intestines que les choses ne bougent pas.

Le premier adjoint au maire, Bibata Soré/Ouédraogo, avoue que la mairie compte des opposants qui veulent saboter leur travail. Elle évoque l’exemple de certains habitants qui s’étaient insurgés contre la construction des jardins de maraîchéculture et des latrines publiques. Des conseillers ont confié que le conseiller Michel Sébégo en est responsable. Ils s’appuient sur le fait qu’il, après seulement deux rencontres, n’a plus jamais participé à une activité du conseil municipal. Qui est cet homme ? M. Sébégo, un sexagénaire, militant de première heure du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), anciennement secrétaire général du parti dans le département, est celui qui avait conduit les campagnes municipales dans la circonscription administrative. Il estime qu’il a été écarté injustement de la course au pouvoir. Son explication : « quand j’ai été élu, je devais être le maire. Jean Bernard Kinetèga avait obtenu 10 voix et moi 13… Pour moi, il n’y avait pas de problèmes ». C’est là, dit-il, que les responsables régionaux et provinciaux du parti qui prétendent que « je n’ai pas un niveau d’études élevé pour assumer les charges m’ont appelé pour me demander de céder le fauteuil à mon challenger pour me contenter du poste de premier adjoint ». Une proposition rejetée par les élus locaux, mentionne-t-il.

Faux, rétorque Mme Soré qui argue qu’il a été écarté pour son caractère : « il est colérique et palabreur. On lui avait donné des instructions et il s’est entêté à organiser des élections où il avait posté quelqu’un à la fenêtre de sa maison qui a servi de bureau de vote. Et ce dernier faisait comprendre à chaque conseiller que s’il votait Jean Bernard Kientèga, il verrait le lever du soleil, mais pas son coucher ». A l’en croire, c’est parce que les élections ont été irrégulières qu’elles ont été reprises, sans que Michel Sébégo ne se représente à nouveau. L’intéressé répond que c’est parce qu’il a compris que les dés étaient déjà jetés qu’il n’a pas voulu se ridiculiser. Ainsi, M. Sébégo a souligné qu’il s’est mis en retrait des activités du conseil municipal afin de laisser ceux qui veulent travailler, le faire, sans rancune : « aujourd’hui, j’ai pardonné. Je n’en veux à personne, même pas à Jean Bernard Kintèga ». L’édile dit comprendre le sens du combat de Michel Sébégo qui est un ami d’enfance. Il l’invite à joindre ses forces aux efforts du conseil municipal pour œuvrer, dans l’union des cœurs, au développement de la localité. Selon lui, le combat qui vaille la peine d’être mené est celui de la réalisation des aspirations des populations. Il cite en exemple, la construction d’un service de sécurité, une caisse populaire et une maison de la femme.

Adama BAYALA (badam1021@yahoo.fr)


Les élus locaux se dévoilent

- Jean Bernard Kientèga, maire de Pella :
« C’est le parti qui m’a recommandé, au regard de ce que je faisais au niveau de notre association… Nous avions même un plan d’action que j’ai voulu appliquer dans la commune. Si je viens à un poste que les choses ne bougent pas, je préfère me retirer. Je ne suis plus prêt à m’engager pour les futures batailles électorales. C’est bien pour ma santé et la paix dans la localité ».

- Michel Sébégo, conseiller CDP de Pella :
« Du moment où j’ai été écarté d’office, je me demande s’ils ont besoin de moi. Si on vient me voir, je leur dirais la vérité, carte sur table. Je suis toujours du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Je ne suis pas contre le parti, mais contre les manigances politiciennes… Pour le moment, je suis libre, je n’ai pas rallié un camp et je n’ai pas encore décidé de l’attitude que je vais observer pendant les élections législatives et municipales à venir. ».

- Lassané Sinon, conseiller de l’ADF/RDA :
« Michel Sébégo a rejoint notre parti, mais il n’a pas encore déposé de lettre de démission au CDP. Avec lui, nous pensons déposséder la mairie au CDP. Si nous remportons les élections, il ne sera pas maire. Il le sait et ne se fâchera pas. C’est le conseiller de Pella, Etienne Kientèga, qui occupera le poste. Nous tenons au changement, car le maire, ses adjoints et tous les présidents de commission sont du CDP. Et le bilan est mitigé. En six ans, c’est la fourrière seulement qui a été réalisée sur fonds propres de la mairie ».

A. B.


Les populations exposent leur calvaire

- Francis Kaboré, commerçant à Pella :

« Je pense que le conseil municipal a fait un travail pas tout à fait bien. Il n’y a pas de routes, pas de place au CEG de Pella, pas de pompes dans tout le village. Que la mairie s’active à réaliser ces infrastructures. Si rien n’est fait, nous n’allons pas voter l’équipe sortante. Nous voterons celui qui peut faire notre affaire ».

- Joséphine Ouédraogo, dolotière à Pella :

« C’est un double sentiment qui m’anime. Je suis contente, car la mairie vend des vivres à prix social pour atténuer la famine qui sévit cette année. Je ne suis pas contente, car il n’ y a pas de voies en saison pluvieuse. Puis, les femmes veulent faire le commerce, mais elles ne savent pas où s’installer. Il faut que la mairie procède au lotissement et à l’attribution des parcelles ».

- Amadou Sébégo, cultivateur :

« Je suis satisfait. Nous avons bénéficié de fosses fumières et de salles de classe en remplacement des paillottes… Nous soutenons les autorités municipales que nous sommes disposés à reconduire. Mais nous leur demandons d’attribuer les parcelles et de construire des retenues d’eau pour les cultures maraîchères ».

- Mahamady Kaboré, président du Comité villageois de développement (CVD) de Goala :

« Je pense que le bilan est insatisfaisant. Je ne suis pas content, car le conseil municipal a clôturé le jardin de maraîchéculture, mais il n’a pas encore parcellé le périmètre pour l’attribution. Le comble, c’est que nous avons demandé le soutien de la mairie pour réguler les activités autour du barrage du village, mais elle reste silencieuse. Les gens cultivent jusqu’au bord du barrage. Or dans les normes, il faut observer une distance de 100 mètres ».

- Lassané Sanfo, président du Comité villageois de développement (CVD) de Sarana

 : « Je suis satisfait du bilan du conseil municipal, mais nous voulons qu’il fasse davantage. Qu’il construise des barrages pour les cultures de contresaison et le breuvage des animaux. Présentement, les hommes et les animaux s’alimentent à la même source. Prie, la piste est impraticable en saison pluvieuse, parce qu’il y’a un pont cassé et le cours de la rivière nous coupe totalement du chef-lieu de la commune, Pella. Avec ça, il est difficile de se rendre au CSPS dans la mesure où il y a des femmes qui accouchent au bord de cette rivière. De même que des personnes moins fortunées perdent leur vie, là ».

- Naaba Tigré, chef du village de Pella :

« Je signale que nous travaillons avec le maire. Il nous consulte avant l’exécution de certains projets, mais je pense que le conseil aurait pu faire mieux. Il se débrouille comme il est à sa première expérience. Ce faisant, il doit faire plus. Nous attendons qu’il construise des écoles, des forages, des dispensaires, des pistes et des barrages, car les hommes et les animaux s’alimentent dans le même puits ».

A. B.

Sidwaya

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