Dr DIALLA BASGA EMILE (directeur exécutif du CAPES) : « Que les résultats de nos études soient effectivement consommés »

lundi 25 juin 2012 à 23h33min

L’homme voyage beaucoup. Dans un entretien en son bureau spacieux et où le cadre convient au chercheur (publications compilées par-ci, desquelles il extirpe, d’une fouille enthousiaste, le document de politique nationale de renforcement des capacités, documents exposés par-là), il confie qu’il est attendu à Yaoundé au Cameroun à partir du 28 juin, pour prendre part à une réunion sur la collecte des indicateurs de capacités en Afrique. Le sociologue de formation que nous avons en face de nous, en milieu de matinée du 20 juin 2012, dans l’un des immeubles dont est hérissé le boulevard Charles-de-Gaulle de Ouagadougou, est le Dr Basga Emile DIALLA, directeur exécutif du Capes (Centre d’analyse de politiques économiques et sociales au Burkina).

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Un centre qui joue le rôle de point focal régional couvrant les pays de l’Afrique de l’Ouest francophone. Cet homme pour le moins affable, nous parle du centre qu’il pilote, non sans évoquer ses motifs de satisfaction, voire de fierté, mais aussi quelques raisons d’insatisfaction. Son plus grand souhait : que les résultats des études produites par le Capes à la demande du gouvernement, soient effectivement « consommés » par ce dernier.

« Le Pays » : Qu’est-ce qu’un centre d’analyse de politiques économiques et sociales, comme le Capes ?

Dr Dialla Basga Emile, directeur exécutif du Capes : C’est une unité de réflexion mise en place par le gouvernement, dont les productions devraient servir d’aide à la décision pour les gouvernants. En d’autres termes, ce centre est amené à conduire des études à la demande du gouvernement, mais aussi du secteur privé et de la société civile, sur des sujets de préoccupation du moment. Il peut aussi rédiger des notes de conjoncture. Quand, par exemple, on est face à une situation sociale très marquante, le Capes peut prendre sur lui de rédiger une note de conjoncture à l’adresse, par exemple, du chef de l’Etat, notre structure étant rattachée à la présidence du Faso. On peut aussi rédiger une note de conjoncture sur la hausse des prix des hydrocarbures, comme on en a rédigé également sur la crise en Côte d’Ivoire qui avait conduit à l’opération Bayiri (rapatriement en masse de ressortissants burkinabè de Côte d’Ivoire suite à la crise de 2002), sur la vie chère, etc. Ces notes de conjoncture permettent de poser un problème, de livrer l’analyse que le Capes en fait, et les mesures qu’il suggère pour en atténuer les effets.

Comment est composée cette unité de réflexion et comment travaille-t-elle ?

Le Capes dispose d’une équipe d’experts dont le directeur exécutif que je suis. De fait, le directeur exécutif ne se contente pas seulement de signer des dossiers puisqu’il a, lui-même, une spécialité. En ce qui me concerne, je suis spécialiste des questions sociologiques. Je produis mes documents scientifiques chaque année, au même titre que les experts en économie, en communication, en interface, etc. Nous disposons, à l’heure actuelle, d’une équipe de sept experts. C’est ce noyau-là qui mène les réflexions. Bien entendu, nous avons un conseil d’orientation, une sorte de conseil d’administration qui approuve nos plans de travail, nos bilans, etc. Nous faisons l’objet d’audit, chaque année.

L’un des objectifs du Capes, est de renforcer les capacités humaines et institutionnelles du Centre, pour la formulation et la mise en œuvre de la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) du Burkina Faso. Qu’en est-il exactement ?

Le Capes, se positionnant comme un centre d’excellence, il est de bon ton que les cadres soient au top ; qu’ils soient tout le temps remis à niveau. Pour que nous puissions élaborer des produits de qualité, nous devon, nous-mêmes, être en permanence sûrs que nos ressources humaines sont toujours, vraiment, dans le bain. C’est pourquoi nous cherchons d’abord à renforcer nos propres capacités pour être à même d’appuyer le gouvernement dans la formulation et la mise en œuvre de la SCADD. Et je pense que nous ne devons pas en être peu fiers. La preuve, notre apport a été très déterminant dans la mise en place du dispositif institutionnel qui a vu la rédaction de la SCADD. Je figurais dans le comité technique chargé de sa rédaction et un de mes cadres économiste figurait dans la cellule permanente. Le travail a été si bien fait que lorsque le document a été présenté, à la satisfaction des bailleurs de fonds, le poste de secrétaire exécutif technique de la SCADD a échu aux mains de mon économiste. C’est la preuve qu’on a vraiment été à la hauteur.

Un autre objectif du Capes, c’est de renforcer les capacités des cadres et des preneurs de décisions dans les principaux ministères à caractère économique et social, de manière à faciliter la formulation et la mise en œuvre de la SCADD. Votre commentaire.

Nous organisons, en effet, des ateliers dans le domaine du renforcement des capacités en lien avec des thématiques exprimées en termes de besoin en direction des ministères tels que celui de l’Economie et des finances, de la Promotion de la femme, des Affaires étrangères, des Collectivités territoriales, etc. En outre, des études en lien avec la mise en œuvre de la SCADD sont attendues du côté du ministère en charge de l’Economie. C’est dire que le CAPES, à sa phase III, est à la disposition du Gouvernement pour le pilotage de cet important document, un référentiel à même de mettre en cohérence tout ce qui est projet et programme de développement au Burkina Faso, et de mobiliser la communauté des bailleurs.

Il est aussi question de développer l’interface entre l’administration et les acteurs non étatiques…

C’est un objectif crucial, le Capes, à sa phase III, ayant absorbé un autre projet dénommé Projet de renforcement de l’interface Etat/secteur privé/société civile. Cela a été fait selon le principe de rationalisation des interventions de l’ACBF au Burkina. Le Capes, étant un centre qui marche bien, l’ACBF (Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique) s’est demandé pourquoi ne pas insérer ce projet au Centre. C’est ainsi que ce volet y a été transféré. Du reste, tout le monde est d’accord que tant qu’il n’y a pas ce dialogue fructueux et vertueux entre l’Etat, le secteur privé et la société civile, on n’ira nulle part. La notion d’interface est, en fait, nouvelle ; nous avons été le premier centre à l’expérimenter. Le document y relatif a été produit par le Capes lui-même, en rapport avec l’ACBF.

Ce projet d’interface Etat/secteur privé/société civile, était, en fait, rattaché au ministère en charge de l’Economie pour se voir ensuite transféré au niveau du Capes. Il faut ce dialogue permanent si on veut affronter, de manière conséquente, des questions de développement. La quatrième mission du Capes (ndlr : qui ne ressort pas dans certains documents) est celle d’assurer le suivi de la mise en œuvre de la politique nationale de renforcement des capacités. Un document de politique nationale de renforcement des capacités a été produit par le Capes à la demande du gouvernement. Ce dossier sera piloté par le ministère de l’Economie et des finances qui pilote la SCADD. A propos de ce document de politique, je me suis laissé dire qu’en Afrique, seule l’Ethiopie disposait de ce référentiel-là en matière de renforcement des capacités.

C’est dire si le Burkina peut se targuer d’être en avance, sur ce plan…

En effet, le Burkina est en avance sur les autres, très peu de pays ne disposant pas de ce référentiel. La question de renforcement des capacités, comme vous le savez, est transversale. Même pour la SCADD, et je l’ai toujours martelé devant les bailleurs de fonds et les autorités burkinabè, tant que l’aspect renforcement des capacités n’est pas couplé à sa mise en œuvre, on ne pourra pas faire décoller ce référentiel ni faire vraiment décoller le développement du Burkina Faso. C’est un document crucial si bien qu’on est en train de travailler sur l’élaboration du plan d’action. Le Capes accompagnera le gouvernement dans la production effective de ce plan d’action et sa mise en œuvre.

Le Capes est à sa 3e phase, il a certainement engrangé des acquis. Quels sont-ils ?

En termes chiffrés, je dirai que depuis que le Capes existe, on a produit, bon an mal an, au moins 23 grosses études structurantes, et pas moins de 70 documents de travail. En ce qui concerne les documents, ce sont des articles d’une vingtaine de pages, produits par les cadres experts du Centre (des publications individuelles) dans différents domaines socioéconomiques. Et pour les grosses études, ce sont, entre autres, des travaux sur l’état des lieux du renforcement des capacités au Burkina Faso, croissance et exportation, état des lieux des savoirs locaux, dispositif d’appui aux entreprises, croissance et pauvreté, plus volumineux, qui mobilisent toute une grosse équipe. Il faut donc faire la différence entre les grosses études au nombre de 23, et la soixantaine de documents de travail. Autres acquis : nous organisons, chaque année, la rencontre entre les chercheurs, le gouvernement et les autres acteurs du développement. Celle-ci a été initiée sous l’ère de l’ancien Premier ministre, Tertius Zongo.

L’idée a été lancée par le Capes. Le Premier ministre se l’était si bien appropriée que la rencontre avait fini par être institutionnalisée. Il s’agissait, à travers ce rendez-vous annuel, de valoriser les résultats de la recherche. Les chercheurs pouvaient ainsi se faire l’écho de leurs recherches et amener les gouvernants à s’appuyer sur leurs études afin que celles-ci les éclairent dans leurs prises de décisions. L’expérience a été probante. Un autre acquis, c’est le fait de nous avoir recommandé de produire un document de politique nationale de renforcement des capacités et de nous avoir associé au processus d’élaboration de la SCADD. Ces documents phares indiquent que le Centre n’a pas été inutile. Sans oublier les séminaires grâce auxquels on a pu toucher, depuis que nous fonctionnons, plus de 1000 personnes, à travers des formations sur des thématiques diverses. L’un dans l’autre, et à en juger par le nombre de sollicitations auxquelles le Capes fait l’objet, on peut dire, en toute modestie, que le Capes est utile.

Qu’est-ce qui reste à faire et qu’est-ce qui n’a pas marché ?

On a fonctionné sous un régime de projets, alors que nous voulons basculer vers un registre programme. C’est cela qui devrait marquer la transition entre le Capes phase III de trois ans et le Capes programme pays. Cette nouvelle phase sera beaucoup plus structurante, plus costaude pour parler ainsi, en termes de financements et de durée dans le temps. Le programme pays devrait voir l’équipe s’agrandir pour atteindre une équipe d’experts d’une quinzaine ou une vingtaine de membres. A l’heure actuelle, nous utilisons des ressources hors du Capes alors que l’idéal est d’avoir une masse critique de cadres qui pourrait analyser n’importe quel sujet sans avoir recours à des experts extérieurs.

Quel a été l’impact de ces politiques sur la gouvernance, sur la société civile et le citoyen lambda ?

On peut noter que les pays scandinaves, très à cheval sur la gouvernance, ont confiance au Capes. Par exemple, le Danemark a eu à y loger ses fonds afin que l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) conduise une étude sur l’efficacité de la dépense publique dans l’enseignement de base. En matière de gouvernance, le Capes a été sollicité pour coordonner les interventions des institutions techniques de recherche dans le cadre de la production du rapport du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) du Burkina. Il s’agit du CGD (Centre pour la gouvernance démocratique), de l’INSD et de l’ISSP (Institut supérieur des sciences de la population). C’est à travers l’exercice du MAEP que le Burkina devait se regarder dans le miroir. Quand le Capes, avec les autres institutions techniques de recherche, ont conduit l’étude, ils l’ont faite scientifiquement, en toute objectivité. Je crois qu’on a fait un bon travail. Et je me rappelle qu’à l’époque, certains résultats d’enquête d’opinion assez critiques sur notre processus démocratique rendaient frileux plus d’un, contrairement au président du Faso qui était resté serein, marquant ainsi sa ferme volonté que le Burkina Faso devait se regarder en toute objectivité dans le miroir. Finalement, ce rapport adopté à Cotonou, s’est révélé comme le meilleur rapport que le MAEP ait jamais produit. Voilà, en termes d’impact sur la gouvernance, ce qu’on a pu apporter comme contribution.

Dans quelle mesure le citoyen lambda peut-il ressentir l’impact du travail du Capes ?

L’effet induit n’est pas immédiat. D’ailleurs, j’ai toujours eu pour habitude de dire que le domaine du renforcement des capacités est un processus à long terme.

Au titre de la 4e revue du portefeuille conduite par l’ACBF en décembre 2010, le Capes a été classé « satisfaisant ». Comment avez-vous accueilli cela ?

Un consultant sera là ce soir (ndlr : nous étions dans la matinée du 20 juin 2012) pour la revue à mi-parcours. Il y a quelques années, nous avions affaire à un autre évaluateur. Sur la base de leurs rapports, le Capes ne devrait pas être classé « satisfaisant », mais plutôt, « très satisfaisant ». Et même les évaluations de nos superviseurs à l’ACBF, font du Capes, un centre qui scintille à la Fondation comme l’un de leurs meilleurs si bien que tous les autres centres viennent voir quel est notre secret. C’est vrai que les superviseurs ont des critères tels que, même si un rapport d’audit n’a pas été transmis à temps (avant le 30 juin de chaque année), ça peut vous pénaliser en termes de notation. Mais cela n’a rien à avoir avec la technicité. Toutefois, c’est bon à prendre, parce qu’il y a des centres qui étaient très mal classés. Sur la base exprimée par le gouvernement, nous produisons nos études, comme je l’ai relevé déjà. Que les résultats de nos études soient effectivement « consommés », c’est cela, notre plus grand souhait au Capes.

Propos recueillis par CBS.

Le Pays

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