COMMUNE RURALE DE COMIN-YANGA : L’aménagement d’une zone commerciale pollue le climat

mercredi 20 juin 2012 à 00h25min

Dans la commune rurale de Comin-Yanga, une localité située à une vingtaine de kilomètres de Ouargaye, dans la région du Centre-Est, le projet d’aménagement d’une zone commerciale au niveau du marché a du mal à s’exécuter convenablement. Certains commerçants dénoncent un abus de pouvoir de la part des autorités communales et une mise en œuvre opaque dudit projet.

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La rumeur d’un éventuel affrontement entre les autorités communales de Comin-Yanga et une partie de la population, à propos d’une zone commerciale, reste dans l’air. Un séjour dans cette localité a permis d’apprécier l’ampleur de la situation.

Aux abords du marché, nous sommes accueillis par Allasane Salambéré, un doyen des commerçants de Comin-Yanga. Prestement, notre guide d’un jour nous conduit dans le marché, sous un arbre ombragé. En un laps de temps, nous voilà entourés de quelques dizaines de personnes sous l’arbre. Le temps de boire l’eau de bienvenue et M. Salambéré s’impatiente de nous relater la situation qui règne sur place.
Selon lui, du jour au lendemain, il s’est retrouvé dépossédé d’une place qu’il occupait depuis 36 ans sur le site du marché. L’incident s’est produit il y a 2 mois. Il s’en rappelle : "J’étais chez un ami quand on est venu m’informer qu’il y a des gens qui creusent sur le terrain que j’occupe au marché.

Je me suis dépêché d’aller voir ce qui s’y passait. Sur place, j’ai reconnu Georges Segda, un agent à la direction des impôts de Ouargaye et quelques accompagnants qui s’attelaient à repérer les bornes de ma parcelle. Sans ambages, il m’annonça que la place ne m’appartenait plus car elle a été vendue ". Sur ce, M. Salambéré a cherché à savoir comment est-ce qu’on pouvait vendre sa parcelle sans qu’il n’en soit informé. Son interlocuteur lui aurait répondu que « ce qui est fait est fait » et qu’il devrait l’accepter.

La foule de commerçants qui s’était invitée, s’est d’abord étonnée de ce qui arrivait au « doyen », avant de tomber en colère, a-t-on appris. Les plus jeunes, munis de machettes et de gourdins, voulaient en découdre avec M. Segda et ses camarades et il a fallu l’intercession de M. Salambéré pour éviter le drame qu’aurait pu vivre la commune, confie notre source. Toutefois, M. Segda fut chassé par la foule furieuse. Dès lors, explique-t-il, la paix et la cohésion sociale sont menacées, un climat de méfiance et de tension s’étant installé dans la ville.
Afin de comprendre ce qui lui arrivait, M. Salambéré dit s’être rendu à la mairie, en compagnie du chef de Comin-Yanga, Sa Majesté Naaba Sanem Kouanga et de quelques commerçants.

Une démarche qui sera infructueuse pour la délégation. "Le maire nous a renvoyés au motif qu’il ne veut pas discuter du sujet de la zone commerciale et de l’attribution des parcelles à usage d’habitation", a déploré M. Salambéré. Pis selon lui, l’élu local les aurait menacés de faire appel aux forces de l’ordre de Ouargaye pour mater toute résistance.

Sa Majesté Sanem Kouanga confirme, par l’intermédiaire d’un notable, n’avoir pas pu discuter avec le maire. De son avis, une concertation est cependant nécessaire. Lui aussi a estimé que l’attribution des parcelles de la zone commerciale et celles à usage d’habitation, reste opaque à Comin-Yanga.

Absents de la commune pour d’autres raisons, nous n’avons pu rencontrer ni le maire ni son adjoint pour avoir leur version des faits. Mais joint au téléphone, le maire de Comin-Yanga, Lénné Darankoum, réfutera une éventuelle tension dans sa localité. Selon lui, il n’a jamais été question d’un mouvement d’humeur à Comin-Yanga. Il ne reconnaît pas non plus un abus de pouvoir de sa part. « Qu’il ( NDLR : Allassane Salambéré) ait été victime d’abus par rapport à une parcelle dans la zone commerciale, je m’inscris en faux », a-t-il déclaré au téléphone. Selon lui, « M. Salambéré occupait une maisonnette en banco et le service du cadastre est venu le déloger, car se trouvant dans la zone commerciale ». Quand bien même il occuperait cette place depuis 36 ans, il faut reconnaître que c’était une zone non lotie, a poursuivi M. Darankoum. Et d’ajouter que M. Salambéré peut toujours avoir une parcelle à la zone commerciale pour peu « qu’il monte son dossier et en fasse la demande comme les autres ».

Toujours au téléphone, le maire de Comin-Yanga reconnaît avoir reçu la visite de M. Salambéré mais lui a conseillé de prendre attache avec les services compétents à Ouargaye car la mairie ne s’occupe pas de l’attribution des parcelles. « C’est le service des impôts, du cadastre et des domaines qui s’occupe de l’attribution des parcelles en fonction de la carte de la zone de lotissement », a précisé M. Darankoum. Et de poursuivre que l’attribution de parcelles répond à des règles. « Aucun demandeur ne peut dire qu’il demande tel lot, telle parcelle ». Autrement, même si M. Salambéré était demandeur, rien ne garantit qu’après le lotissement, il gardera la même parcelle qu’il occupait, a-t-il expliqué.

Pour le maire, il n’y a pas eu de deficit de communication, dans la mesure où une annonce a été diffusée sur le projet d’attribution des parcelles de la zone commerciale du marché. « Nous avons dit à tous ceux qui souhaitaient avoir des parcelles dans la zone commerciale d’aller prendre des fiches au service des Impôts (de Ouargaye, ndlr) », a-t-il assuré. A l’entendre, la mairie n’a aucune prérogative dans le processus d’attribution.

Sur ces propos, nous nous rendons à Ouargaye pour mieux comprendre. En raison du week-end, aucune présence dans les locaux de la direction des Impôts. Avec l’aide du correspondant local de l’Agence d’information du Burkina (AIB), nous sommes mis en contact avec M. Georges Segda (celui qui aurait été chassé de Comin-Yanga par les commerçants). Nous le rencontrons à Dourtenga, village situé à 12 km de Ouargaye.

Sans détours, celui-ci se dit étonné de la réaction de la population ce jour-là : « Nous avons entrepris le lotissement de la zone commerciale au su de la population qui nous a apporté sa bénédiction. Je suis étonné qu’Allassane Salambéré se dise victime d’abus, d’autant plus qu’il savait qu’il occupait une zone non lotie ».

M. Segda nie avoir "vendu" le terrain qu’occupait M. Salambéré. Son rôle, bien que receveur au service des impôts de Ouargaye, a consisté à indiquer aux attributaires, l’emplacement de leur parcelle, a-t-il précisé. Cela expliquerait sa présence sur les lieux. C’est d’ailleurs le début de cette phase de repérage au profit des acquéreurs ayant rempli les conditions d’acquisition qui a mal tourné, a-t-il déploré. Selon lui, il fallait bien commencer les attributions par un point de départ et le sort a voulu que ce soit la parcelle qu’occupait M. Salambéré qui, du reste, n’est pas demandeur jusqu’à présent.

Il ne s’agit pas non plus, selon lui, de favoritisme au profit du nouvel acquéreur. C’est pour éviter une distribution partisane que les agents distributeurs ont été choisis en dehors de la commune, a-t-il expliqué. Mais de l’avis du conseiller Zongnaba, le volet social peut être pris en compte, tout en évitant l’arbitraire ou l’abus au profit de solutions consensuelles. C’est dans cette dynamique que le Naaba Sanem Kouanga a souhaité la tenue d’une rencontre avec les habitants et les autorités communales pour clarifier une fois pour toute la question de l’attribution des parcelles tant au niveau de la zone commerciale qu’au niveau des habitations.

Les célibataires n’auraient pas droit aux parcelles

Cependant, les choses ne sont pas aussi simples, confie un autre commerçant, sous le couvert de l’anonymat. « J’ai personnellement constitué mon dossier et payé la somme de 325 000 F CFA mais jusque-là, je ne suis pas encore attributaire », a-t-il déclaré. Selon lui, malgré le coût élevé des frais à honorer, beaucoup de commerçants, apeurés, se sont exécutés. Et d’expliquer qu’ « après ce qui est arrivé au vieux Salambéré, chacun craint d’être chassé sans avoir une parcelle ».

Cette hantise qui n’est pas sans susciter un climat de méfiance aurait pu être évitée pour peu que la communication entre administrés et autorités communales s’opère, a déploré le conseiller municipal, Gérard Zongnaba. Résidant à Ouagadougou, il dit connaître la situation. " Nous avons eu vent par certains ressortissants qu’au niveau de la zone commerciale, des commerçants n’étaient pas contents de l’attribution des parcelles ", a-t-il déclaré. Le problème spécifique que vit M. Allassane Salambéré, le laisse perplexe. « Nous avons appris (…) qu’il doit déguerpir. Pour où ? Je ne sais pas ! » M. Salemberé étant l’un des premiers occupants du marché, il devait être aussi l’un des premiers attributaires, a-t-il estimé. « Si il y a un cahier des charges, il doit être porté à la connaissance des commerçants dont M. Salambéré, quitte à ce qu’il dise qu’il ne peut pas respecter les conditions et là, une autre solution pourrait être envisagée.

Mais déguerpir à tout vent, je me demande à qui on va donner les parcelles ». De son avis, il faut plutôt créer des conditions pour permettre d’abord à ceux qui sont au marché de pouvoir acquérir des parcelles à un coût raisonnable. Dans le cas contraire, on risque de ne pas atteindre l’objectif qui consiste à construire le marché de Comin-Yanga et d’engranger des recettes. Aussi a-t-il conseillé d’« éviter au maximum de créer des situations de frustrations et de conflits entre les différents acteurs de développement et privilégier le dialogue, la concertation ».

En effet, confie Rasmané Ouangré, les jeunes se plaignent aussi du processus d’attribution des parcelles à usage d’habitations. Selon le recensement effectué il y a plus de huit ans, seuls ceux qui sont mariés ont droit aux parcelles, explique-t-il. Pourtant, au fil du temps, nombreux sont les jeunes qui se sont mariés et aspirent du coup à une propriété terrienne. Ils ne comprennent pas pourquoi ils ne sont pas pris en compte dans les attributions et sont de ce fait obligés de demeurer dans la concession familiale, a-t-il déploré.
Pour le maire, le dialogue n’est pas rompu avec la population. Toutefois, il souhaite que les administrés adhèrent au processus de développement de la localité en consentant quelques efforts.

Armel BAILY (armel2f@aol.fr )

Sidwaya

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Vos commentaires

  • Le 20 juin 2012 à 09:02
    En réponse à : COMMUNE RURALE DE COMIN-YANGA : L’aménagement d’une zone commerciale pollue le climat

    Ce qui se passe dans nos communes, n’est pas sans conséquence sur la marchhe de la nation entière, d’où l’interêt que la tutelle s’y interesse (implication réelle) pour résoudre les problèmes à la base avant qu’ils ne s’éclatent au grand jour et contamine d’autres parties du territoire.
    l’erreur fatale de notre processus de décentralisation, est d’avoir ignorer le principe de la progressivité ! L’Etat central semble s’être debarassé de certaines questions brulantes (urbanisme, foncier) en les confiant aux maires. Or, un serieux n’a pas été mis dans le choix des premiers responsables de communes:ceux qui sont competents sont absents parce qu’occupés parallèlement sur d’autres affaires ;ceux qui sont présents n’ont pas le niveau intellectuel suffisant pour aborder les questions.

    Voici le diagnostic :
    - tutelle (administrative et financière) mal assurée parce que les Haut-commissaires et les Gouverneurs n’ont pas les compétences necessaires (mises à jour) pour suivre les communes.Ils se contentent de faire le strict minimum.
    - défaut criard de communication sur les projets communaux par les maires, alors que le coge général des collectivités leur fait obligation de communiquer avec la population sur les projets, le budget, le bilan d’activité, ...etc
    Avant d’approuver les projets, la tutelle devrait s’assurer qu’une bonne communication a été faite autour (AG, réunions, affiches)

    C’est l’oppacité de la gestion des affaires (de proximité) qui révolte les citoyens des communes.

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