ESCROQUERIE A OUAGA : Un cambiste arnaqué à 26 millions de F CFA

mardi 19 juin 2012 à 01h35min

L’on ne le dira jamais assez. Ouagadougou est une ville qui ne cesse de croître. Les populations devront garder cela à l’esprit et savoir que cette croissance va de paire avec un accroissement du banditisme et de l’insécurité en général. Un cambiste de la capitale a été victime d’une escroquerie : plus de 26 millions emportés. Visiblement, il a été une victime ciblée.

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En rentrant chez lui ce jour-là aux environs de 11 h pour se reposer, François ne s’imaginait sans doute pas que la journée se terminerait comme un enfer pour lui. Le soleil dardait ses rayons sur Ouagadougou et chacun cherchait à se trouver un abri moins chaud. Disons-le ainsi. François faisait partie de ceux-là. L’intensité de son activité et la chaleur infernale de Ouagadougou lui ont fait prendre une décision : rentrer chez lui et se reposer avant de ressortir. Il était environ 11h. En cours de route, il reçoit un coup de fil. « Vous êtes François ? » Il répond par l’affirmative, puisqu’il s’agit bien de lui. Nous tairons ici expressément le nom de famille de la victime.

La personne, à l’autre bout du téléphone, lui fait savoir qu’elle veut acheter des dollars. Le montant, 50 000 dollars. François fait savoir qu’il peut en trouver mais qu’il rentrait se reposer auparavant. L’escroc au bout du fil insiste. François accepte. Le taux est discuté, toujours au téléphone. Le dollar se vendrait à 534 F CFA. Alors, François fait un demi-tour rapide, court chercher les dollars qu’il envoie au service indiqué, le service de « Boss ».

Un change de plus de 20 minutes

Arrivé au sein du service, François a trouvé deux secrétaires en place. Il est annoncé au « Boss ». Ce dernier sort et l’accueille. Il lui fait savoir qu’il est venu avec les dollars. Le boss fait compter l’argent par ses secrétaires. Le compte est bon, font-elles remarquer, comme cela s’entend dans le milieu des affaires. Le « Boss » récupère la mallette avec le bas de laine et entre dans son bureau. Deux minutes passèrent. François fait comprendre à l’une des secrétaires qu’il n’a pas le temps et qu’elle doit frapper à la porte pour interpeller le « Boss ». Elle refuse une première fois, faisant savoir que le « Boss » déteste être dérangé. François insiste une deuxième fois. Cinq minutes sont maintenant passées puis quinze minutes. Il prit même la peine d’expliquer à la secrétaire qu’en matière de change, ça ne traîne pas et que le « Boss » devait sortir lui remettre ses CFA. Les esprits commencent à se chauffer. Avec l’insistance de François, elle finit par ouvrir la porte. Point de « Boss ».

Il a filé par la porte arrière. Tous accourent vers la porte. Là également, pas de « Boss ». Rien que des traces. Le vigile donne les dernières informations sur le « Boss ». « Il est sorti tout de suite, il est allé dans cette direction », leur explique le vigile. Presque vingt minutes après l’arrivée de François au service du « Boss » escroc. François venait d’être victime d’une escroquerie. Les secrétaires tombent en sanglots. François n’a personne à qui se confier et commence à s’en prendre à la secrétaire. La gendarmerie sera son prochain interlocuteur qui, d’ailleurs, n’a pas traîné avant de débarquer sur les lieux.

Dix jours pour ouvrir un service de vente de produits alimentaires

Le service est des plus équipés. Selon les témoignages, le « Boss » entendait faire la promotion d’un produit nouveau au Burkina. A l’intérieur, ce sont des ordinateurs sur des bureaux, tous en marche, des consommables de bureau (chemises, stylos, crayons, feuilles, tables en métallique, fauteuils de directeur, etc. Tout y était pratiquement. C’est le genre de bureau où tous voudraient travailler ou même posséder.

Toutes les commodités y sont. L’électricité, l’eau courante et la climatisation. Pour tout convaincre même les plus incrédules, en haut du fauteuil du « Boss », une photo à l’effigie du président du Faso trônait. Rapidement interrogés, les agents de Boss affirment qu’ils ont tous été recrutés, il y a moins d’une semaine. La secrétaire, par exemple, y travaillait comme agent de nettoyage dans le bâtiment. Elle explique que le « Boss » lui a demandé si elle voulait travailler et si c’était le cas, elle n’avait qu’à apporter une demande avec un CV et une photo d’identité. Ce qui fut fait et la voilà, secrétaire de direction.

Le mode opératoire de « Boss »

Quant au bâtiment, le « Boss » l’a loué à crédit. Les fournitures de bureau et les ordinateurs ont été loués aussi. Le vendeur des ordinateurs témoigne en ces termes. « Un jour, je suis venu trouver mes employés en train de faire des factures pro forma. Je me suis renseigné, ils m’ont fait savoir qu’un client en avait besoin. C’était une grande quantité. Ils ajoutent qu’il souhaite tester le matériel pendant dix jours et qu’il viendrait régler les factures le dixième jour. Je me suis rendu sur les lieux. J’ai été convaincu par l’ampleur du bureau et des installations. Alors, j’ai fait livrer le matériel. » Il en a été de même que le vendeur des fournitures de bureau.

Mais, si le vendeur des ordinateurs n’a pas eu beaucoup de chance, puisque « Boss » est parti avec un ordinateur, le vendeur de fournitures de bureau l’a eu peut-être. Un seul crayon a été retrouvé sur les lieux, seulement taillé. En plus du crayon taillé, le vendeur de l’effigie du président du Faso a confessé que le « Boss » a au moins réglé la facture sur-le-champ. Concernant l’installation de l’électricité et la connexion téléphonique, le « Boss » les a également acquises par des intermédiaires. Le faux achat de dollars est intervenu une semaine après l’acquisition du matériel et avant l’expiration du délai de règlement des factures d’achat du matériel. Au moment où nos tracions ces lignes, la gendarmerie était sur les traces du « Boss » qui a, sans doute, bénéficié de l’accompagnement de complices.

Dorielle POGOBIN

Le Pays

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