Problématique de l’Orientation des filles dans les filières scientifiques : Le CIOSPB et ses partenaires sur terrain de bataille

lundi 18 juin 2012 à 01h08min

Le Centre national de l’information, de l’orientation scolaire et professionnelle et, des Bourses (CIOSPB), en collaboration avec la compagnie théâtrale « Le Roseau », a procédé au lancement d’une pièce théâtrale de sensibilisation le jeudi 31 mai 2012 sous le patronage du ministre des enseignements secondaire et supérieur. Intitulé « Le choix de Tina », le projet a été financé par Plan Burkina et a pour objectif de sensibiliser les acteurs afin de réduire l’ampleur de l’inégal accès des filles aux filières scientifiques et techniques.

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« Aujourd’hui, l’orientation scolaire et professionnelle se pose avec acuité », constat d’ensemble du directeur général du CIOSPB, Vincent Tiendrébéogo. Le problème de l’orientation est plus préoccupant du côté des filles, constatent les acteurs. Et pour cette sortie qui veut toucher le maximum possible d’acteurs (élèves, parents d’élèves, partenaires à l’éducation, etc), c’est un théâtre forum qui a été choisi comme canal. Intitulée « Le choix de Tina », la pièce a été produite par le CIOSPB en collaboration avec la compagnie théâtrale « Le Roseau » et avec l’appui financier de Plan Burkina.

« Vous êtes en face des acteurs et vous ne savez pas comment ça va progresser. Dans le théâtre, vous avez vu que ça s’est terminé par un drame ! Vous voyez comment l’orientation peut aller à un drame ? Les parents sont là parce que chaque parent veut que son enfant soi meilleur que soi-même. Ça fait partie de notre culture… », justifie le directeur général du CIOSPB Vincent Tiendrébéogo. La pièce met en relief la problématique de l’orientation des filles vers les filières scientifiques et techniques et a pour objectif de sensibiliser les élèves, les parents d’élèves, les enseignants et autres partenaires de l’éducation. En effet, « Tina » est une élève brillante dans les matières scientifiques. Elle a donc fait le choix de la série C après le BEPC. C’était également la volonté de son père tandis que sa mère sonnait une autre cloche.

Elle brave ce hiatus entre les parents après avoir d’abord surmonté les regards et jugements démoralisants de ses propres amis garçons pour qui la série scientifique était l’apanage du sexe masculin. Tout semblait aller à merveille jusqu’à ce que son professeur de science de la vie et de la terre, profitant de quelques lacunes, voulu utiliser ce canal pour abuser d’elle. Prise désormais en tenaille, Tina n’a pas eu les forces morales nécessaires pour franchir ce cap. Malgré les mauvaises notes dans les matières littéraires, elle s’efforce de se réorienter dans une filière littéraire. La suite est sans commentaire. Au bel avenir pronostiqué par son parcours jusque-là brillant, se substitue une « fin forcée » d’un cursus avec en sus un renvoi. La situation envenime les rapports entre son père et sa mère déjà exécrables.

L’annonce de la nouvelle (le renvoi) au père crée un choc qui conduit à l’irréparable… Tina et sa mère, le corps sans vie entre leurs mains…, sont inconsolables. Dans la salle du CENASA, lieu du lancement, cette fin dramatique laisse nombre de participants entre compassion et révolte. Ils entrent à leur tour en jeu avec pour rôle d’essayer de convaincre les acteurs qui ont marqué négativement la pièce pour un changement positif de comportements. Le tout sous les regards et interventions des conseillers du CIOSPB et l’attention soutenue du secrétaire général du Ministère des enseignements secondaire et supérieur …..représentant le ministre Moussa Ouattara, patron de la cérémonie. Certains élèves participants, « touchés » par la pièce et percevant l’initiative louable invitent leurs camarades à fréquenter le CIOSPB.

Des messages parfois en connaissance de cause. O. E est élève en 2nde C au Lycée Bogodogo. Elle ne cache pas ses sentiments à la fin de la présentation ; elle qui témoigne : « Mes parents voulaient que je fasse la série A et moi je voulais la série C. J’ai choisi de faire cette série parce qu’en 3ème, j’avais les meilleures notes en maths (mathématiques), PC (Physique-Chimie) et SVT (Science de la vie et la terre). Au début de l’année, avec l’influence des parents, j’avais des difficultés. Cette influence a joué négativement sur mon travail.

J’ai failli même changer de série, c’est au 2 nd trimestre que j’ai pu me rattraper ». Si elle conclut avoir aujourd’hui le soutien de ses parents dans son choix, elle dit être redevable à sa grande sœur grâce à l’intervention de laquelle ses géniteurs ont fini par céder. A T. K n’a pas eu cette chance. Elle qui, après le BEPC, s’est vue imposer la série C contrairement à son désir de poursuivre en A. Elle a dû rompre ses études en classe de 1ère. Même si elle confie « comprendre » ses parents, elle ne cache pas : « ça me fait vraiment mal… ».

A en croire les responsables du projet, la pièce fera l’objet d’une large diffusion dans les établissements du Burkina et partout où les acteurs de l’éducation pourraient être touchés.

Kader PALENFO


Propos d’acteurs sur la problématique

Madame Ibouldo née Bouda Aïssata, conseillère en orientation de l’éducation, chef de service information, orientation et conseils : « Il n’y a pas de série destinée à un sexe »

On constate que dans les séries scientifiques, il y a très peu de filles. C’est fort de ce constat qu’une cellule d’orientation des filles a été mise en place et c’est dans le cadre des activités de cette cellule que ce théâtre forum a été initié. Il faut comprendre qu’il n’y a pas de série destinée à un sexe donné. Tout dépend des aptitudes de la personne et non du sexe. Au niveau de la technique également, on n’a plus besoin de biceps pour soulever des machines. A l’endroit des décideurs politiques, nous souhaitons que dans le système éducatif, le volet orientation scolaire et professionnel soit bien pris en compte. L’orientation scolaire et professionnelle ne se passe pas seulement au niveau des paliers (généralement c’est en 3ème ou en terminale on fait le choix), c’est tout un processus qui doit durer du primaire au choix du métier. A travers la construction de l’identité de la personne, de la connaissance de soi, et à travers également la connaissance du monde socioprofessionnel. Les reformes ont jeté les prémisses de cette prise en compte de l’éducation en orientation dans le système éducatif. Nous lançons donc l’appel que ce projet soit effectif.

Adissa Ouédraogo, Conseillère du Programme éducation Plan Burkina : « ce projet du CIOSPB est le bienvenu »

Nous faisons de l’éducation des filles notre cheval de bataille. Nous avons trouvé que ce projet du CIOSPB était le bienvenu pour nous permettre d’atteindre les objectifs que nous visons. Les filles sont l’objet de nombreuses discriminations et sans soutien, sans sensibilisation et sans encouragement, c’est difficile pour elles…
Nous avons constaté que de nombreuses filles échouent par rapport aux garçons et parmi les nombreuses raisons se trouve l’orientation scolaire.

Ce constat est presque général. C’est pour quoi nous pensons qu’il faut vraiment l’intervention du CIOSPB pour pouvoir inverser la tendance. Nous ne sommes pas à notre premier partenariat. Nous en avons déjà demandé, depuis 2 ans maintenant, pour former ce que nous appelons des accompagnateurs (trices) dans les différents établissements de nos zones d’intervention. Ces accompagnateurs (trices) vont aider, dans leurs établissements respectifs, les élèves à une meilleure orientation dans les filières. L’initiative a été lancée après concertation avec les acteurs tels les chefs d’établissements, les directeurs régionaux, le CIOSPB etc et ensemble nous avons trouvé la bonne la stratégie.

Le Progrès

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